Hamas : le chef de la diplomatie iranienne au Qatar malgré la mise en garde franco-américaine

Alors que les Etats-Unis le soupçonnent d'aider financièrement et militairement le Hamas et que la France refuse toute « escalade régionale » notamment au Liban, le ministre iranien des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian s'est rendu, ce 15 octobre, à Doha où il a rencontré le chef du Hamas.
L'Iran ne peut pas rester les bras croisés face à cette situation, a martelé Hossein Amir-Abdollahian dans une interview à la chaine qatarie al-Jazeera
"L'Iran ne peut pas rester les bras croisés" face à cette situation, a martelé Hossein Amir-Abdollahian dans une interview à la chaine qatarie al-Jazeera (Crédits : ISSEI KATO)

Depuis l'attaque du Hamas contre l'Etat hébreu, les Etats-Unis soupçonnent l'Iran d'avoir aidé l'organisation terroriste à préparer son attaque contre Israël, allié du gouvernement américain. Des responsables américains et qataris se seraient entendus pour empêcher l'Iran d'accéder à 6 milliards de dollars, qui avaient été bloqués par Washington.

« Nous avons un strict contrôle des fonds, et nous nous réservons le droit de les geler », avait simplement répondu le secrétaire d'Etat américain, Antony Blinken, interrogé par l'AFP lors d'une conférence de presse à Tel-Aviv le 12 octobre.

Impossible selon l'Iran qui a affirmé, ce vendredi, que les Etats-Unis « ne peuvent pas revenir » sur l'accord de transfert. Pour rappel, début septembre, Washington avait, dans le cadre d'un accord conclu en août avec l'Iran sur un échange de prisonniers, débloqué 6 milliards de dollars de fonds iraniens destinés à de l'aide humanitaire, gelés en Corée du Sud. La somme avait alors été transférée vers des comptes détenus au Qatar.

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Mais des craintes d'une utilisation de ces fonds pour aider le Hamas à planifier son attaque, ont émergé de l'opposition américaine. Selon des informations du Wall Street Journal (WSJ), publiées dimanche, des officiers du Corps des Gardiens de la révolution islamique d'Iran ont travaillé depuis août avec le Hamas pour planifier les attaques menées samedi contre l'Etat hébreu. Téhéran aurait donné son feu vert à l'attaque lundi 2 octobre lors d'une réunion à Beyrouth, selon des hauts responsables du Hamas et du Hezbollah, le parti chiite basé au Liban et soutenu par l'Iran, cités par le WSJ.

« Des armes d'Iran sont allées vers Gaza » (Elysée)

Officiellement cependant, l'Iran s'est bien placée en première ligne du soutien à l'offensive du Hamas, mais a rejeté toutes les accusations sur son implication. Il n'empêche: la présidence française a demandé, samedi soir, aux Libanais et au puissant mouvement armé pro-iranien Hezbollah de « rester à l'écart du conflit » entre Israël et le Hamas.

Le Hezbollah et les Libanais doivent « impérativement faire preuve de retenue pour éviter d'ouvrir un deuxième front dans la région », dont « la première victime sera le Liban », a relevé Paris.

« Il ne faut donner aucun prétexte pour que le Liban bascule une nouvelle fois dans la guerre », a insisté l'Elysée, « d'autant plus que le Liban est extrêmement fragilisé par l'absence d'autorités fonctionnelles à sa tête » depuis de longs mois.

Depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas, déclenchée le 7 octobre par une attaque d'une ampleur sans précédent du mouvement islamiste, le sud du Liban est le théâtre de tirs entre le Hezbollah libanais et l'armée israélienne, et de tentatives d'infiltration en Israël depuis le Liban.

« Il est très important que l'Iran s'abstienne d'ajouter aux tensions et s'abstienne de soutien opérationnel au Hamas », a aussi affirmé la présidence française, tout en précisant ne pas disposer d'informations spécifiques sur l'implication de Téhéran dans l'offensive du groupe islamiste.

« Mais nous savons que des armes d'Iran sont allées vers Gaza, que le contrôle de la mer est difficile, et les liens qui unissent le Hezbollah à l'Iran », a souligné l'Elysée.

« L'Iran a un rôle à jouer qui peut être très négatif dans la situation actuelle, il peut avoir aussi un rôle positif, c'est l'abstention » pour « éviter une escalade régionale », a ajouté la présidence de la République, en affirmant qu'Emmanuel Macron allait contacter son homologue iranien pour lui transmettre ce message.

Une rencontre avec le chef du Hamas

En visite au Qatar ce 15 octobre, le ministre iranien des Affaires étrangères a, lui, averti dimanche que « personne » ne pouvait « garantir le contrôle de la situation » si Israël lançait une offensive terrestre dans la bande de Gaza, selon son ministère.

« Si les attaques du régime sioniste contre la population sans défense de Gaza se poursuivent, personne ne peut garantir le contrôle de la situation et la perspective d'un élargissement du conflit », a déclaré Hossein Amir-Abdollahian, selon un communiqué de son ministère.

L'Iranien est à Doha, où il a évoqué « la situation dans les territoires palestiniens » avec l'émir, Cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, a indiqué l'agence de presse qatarie, QNA.

Plus tôt dans la journée, le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, Jake Sullivan, lors d'une interview à la chaîne CBS, avait déclaré craindre une « escalade » du conflit et une possible « implication de l'Iran ».

« L'Iran ne peut pas rester les bras croisés face à cette situation », lui a répondu Hossein Amir-Abdollahian dans une interview à la chaine qatarie al-Jazeera, en affirmant que les Etats-Unis seraient également affectés en cas d'embrasement dans la région.

Le chef de la diplomatie iranienne a par ailleurs indiqué, lors de sa rencontre avec le dirigeant qatari, que les hauts responsables du Hamas, qu'il a rencontrés à Beyrouth et Doha ces derniers jours, considéraient « la question des civils prisonniers » comme « une priorité de leur programme », et que « si les conditions étaient assurées, ils prendraient des mesures appropriées », selon le ministère.

L'agence de presse iranienne Irna a fait état samedi soir d'une rencontre entre le chef de la diplomatie iranienne et le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, qui est basé au Qatar.

La Chine soutient la Palestine

De son côté, le ministre des Affaires étrangères chinois a apporté son soutien à la Palestine au cours d'un entretien téléphonique avec son homologue iranien.

« La racine profonde (...) de la situation entre la Palestine et Israël est que le droit du peuple palestinien à la souveraineté a été mis de côté depuis longtemps », a déclaré Wang Yi lors d'un entretien téléphonique avec Hossein Amir-Abdollahian, selon un compte-rendu officiel chinois.

« Cette injustice historique devrait prendre fin le plus rapidement possible », a ajouté le ministre, précisant que la Chine allait « continuer à se tenir du côté de la paix et à soutenir la juste cause du peuple palestinien dans la préservation de ses droits nationaux »".

Pékin entretient de bonnes relations avec l'Iran, dont les dirigeants soutiennent le Hamas. La Chine n'a pas nommé spécifiquement le Hamas dans ses condamnations de la violence, suscitant des critiques de la part de certains responsables occidentaux.

(avec AFP)

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Commentaires 8
à écrit le 16/10/2023 à 18:46
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la chine qui fait des commentaires sur la palestine alors qu elle meme a annexé le TIbET INDEPENDANT DANS LES ANNEES 50 ON CROIT REVER...PAS DE LECONS A RECEVOIR DU PLOITBURO PEKINOIS

le 17/10/2023 à 10:43
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Nous tout aussi bien que la Chine et cela ne nous empeche pas de faire "des commentaires"

à écrit le 16/10/2023 à 18:46
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la chine qui fait des commentaires sur la palestine alors qu elle meme a annexé le TIbET INDEPENDANT DANS LES ANNEES 50 ON CROIT REVER...PAS DE LECONS A RECEVOIR DU PLOITBURO PEKINOIS

à écrit le 16/10/2023 à 9:50
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Ca représente combien de valises, six milliards de dollars?

à écrit le 16/10/2023 à 8:23
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Il faut vivre dans le bunker élyséen pour croire que la France a encore une écoute. l'Iran tremble devant la menace française je rigole bien-sûr. M.Le Président pourriez vous éviter de nous rediculiser. Les pays du Sahel viennent de montrer que vos c...

à écrit le 16/10/2023 à 8:13
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Nos politiciens dépossédés de tout pouvoir qu'ils ont légué aux marchés financiers n'en sont plus qu'à commenter les commentaires, les images télévisées. Comment lutter contre le terrorisme avec des marionnettes au pouvoir ?

à écrit le 15/10/2023 à 17:02
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Cette nuit j'ai fait un rêve sur les scenarii du pire. Le conflit dégénère en une guerre régionale dans laquelle les États-Unis sont directement impliqués. L'OPEP+ répond par un embargo pétrolier. L'Iran ferme le détroit d'Ormuz. Le prix du pétrole a...

le 15/10/2023 à 19:24
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@Raymond, c'est plus simple, c'est la 3ème guerre mondiale.

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