« Il n'y a aucun problème qui ne puisse être réglé entre nous », la Grèce et la Turquie en route vers la réconciliation

La président turc Recep Tayyip Erdogan a rencontré le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotaki ce jeudi à Athènes. L'occasion pour les deux hommes d'Etat d'afficher leur volonté d'entamer un rapprochement après des relations tendues depuis plusieurs années.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan et le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis ont affiché ce jeudi à Athènes leur volonté commune de chercher des solutions aux différends qui opposent leurs deux pays rivaux.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan et le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis ont affiché ce jeudi à Athènes leur volonté commune de chercher des solutions aux différends qui opposent leurs deux pays rivaux. (Crédits : Reuters)

Après des années de relations tendues, le président turc Recep Tayyip Erdogan et le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis ont affiché ce jeudi à Athènes leur volonté commune de chercher des solutions aux différends qui opposent leurs deux pays rivaux, notamment territoriaux et migratoires.

« Il n'y a aucun problème qui ne puisse être réglé entre nous », a martelé le chef de l'Etat turc à l'issue d'un entretien avec Kyriakos Mitsotakis dans la capitale grecque où il effectue sa première visite depuis 2017. « Il suffit pour cela d'agir avec de bonnes intentions, de se concentrer sur une vision d'ensemble », a-t-il ajouté.

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Des rivaux historiques

Des déclarations inédites par rapport aux relations délétères entre les deux pays qui durent depuis un moment. Ces rivaux historiques, mais partenaires au sein de l'OTAN, ont ainsi connu ces dernières années « des fluctuations qui parfois les menaçaient dangereusement », a admis le chef du gouvernement grec face à Erdogan. Et les tensions ont été particulièrement vives autour de la délimitation du plateau continental des îles grecques en mer Egée, des zones d'exploitation maritimes et du dossier migratoire.

Elles avaient même été ravivées par les tentatives de la Turquie d'explorer des gisements d'hydrocarbures en Méditerranée orientale. En 2022, Erdogan avait également accusé la Grèce « d'occuper » les îles de la mer Égée et avait proféré une menace claire : « Nous pourrions arriver soudainement une nuit ».

La dernière visite du président turc il y a 6 ans avait été marquée par une brouille diplomatique suivie d'une période de tension sur leur longue frontière maritime et terrestre entre 2020 et 2022.  La Turquie avait alors été accusée d'avoir poussé des migrants vers la Grèce pour faire pression sur les Vingt-Sept qui avaient promis de verser une aide financière à Ankara pour la prise en charge de réfugiés syriens sur son sol.

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Politique de l'apaisement

Mais depuis le terrible séisme qui a frappé le sud de la Turquie en février et tué au moins 50.000 personnes, les deux pays, qui partagent une histoire commune de plusieurs siècles, ont amorcé un rapprochement tangible. Une détente entérinée par le président turc et le Premier ministre grec lors d'une rencontre en marge du sommet de l'Otan en juillet.

La rencontre des deux hommes politiques en Grèce confirme les efforts des deux pays dans cette direction. L'important repose sur « la volonté de résoudre ces problèmes », a notamment déclaré Recep Tayyip Erdogan. « S'il peut y avoir des divergences d'opinion même entre deux frères, il est naturel qu'il y ait des divergences d'opinions entre deux voisins », a jugé le dirigeant turc en Grèce. « Nos différences sont connues. Mais nous devons chercher des solutions », a ajouté de son côté le Premier ministre grec, précisant vouloir se rendre à Ankara « au printemps » 2024.

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Déclaration commune de « bon voisinage »

A Athènes, les deux dirigeants en ont alors profité pour signer une déclaration commune de « bon voisinage ». Alors que l'économie turque est engluée dans une grave crise, ils ont émis le vœu de doubler les échanges commerciaux entre leurs deux pays pour atteindre 10 milliards d'euros. Seize accords bilatéraux ont ainsi été signés entre plusieurs ministres des deux pays qui tiennent pour l'occasion une réunion du Haut conseil de coopération, un organe bilatéral. Pour rappel, l'économie turque est prise dans une spirale de dévaluation avec une inflation à deux chiffres depuis fin 2019, rendant le coût de la vie de plus en plus difficile pour les ménages. Rien qu'en novembre, l'inflation atteignait 61,98% sur un an.

Athènes et Ankara veulent aussi relancer un programme de visas pour les Turcs souhaitant se rendre sur dix îles grecques proches des côtes turques, comme Rhodes ou Lesbos et qui pourront séjourner durant sept jours dans ces îles. « Nous avons une bien meilleure coopération en matière d'immigration qui doit être encore améliorée », a noté Kyriakos Mitsotakis assurant que les départs de migrants en quête d'asile dans l'Union européenne, des côtes turques avaient diminué de manière significative récemment.

La Turquie essaye de sortir de son isolement

Un rapprochement avec la Grèce qui intervient alors que la Turquie se retrouve de plus en plus isolée sur la scène internationale. « Vous êtes entièrement isolée. Votre seul véritable ami est l'Azerbaïdjan », a déclaré ce mercredi Nacho Sanchez Amor, lors d'une conférence de presse organisée à Istanbul, lui enjoignant d'abandonner les discours agressifs si elle veut développer ses relations avec l'Union européenne.

Les relations entre l'UE et la Turquie ne sont en effet pas au beau fixe. Le chef de l'Etat turc s'en est à plusieurs reprises pris à l'Occident lors de sa campagne électorale en mai, et a profité d'une visite en Allemagne le mois dernier pour condamner le soutien de Berlin à Israël dans sa guerre contre le Hamas. Fervent défenseur de la cause palestinienne, le président turc, a réitéré ce mercredi ses critiques envers l'Occident.

L'Europe poursuit néanmoins ses efforts. Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell et le commissaire européen en charge des pays voisins de l'UE, Oliver Varhelyi, avaient proposé la semaine dernière de repartir sur de nouvelles bases et d'améliorer le dialogue et la coopération avec Ankara. L'UE veut aussi discuter avec la Turquie de la meilleure façon d'empêcher la Russie de contourner les sanctions décidées par les Occidentaux, avaient indiqué les deux responsables européens.

Les négociations entre l'Union européenne et la Turquie, pays candidat à rejoindre l'UE depuis 1999, sont gelées depuis 2018. Et dans son dernier rapport sur l'état des négociations avec les pays candidats, publié en novembre, la Commission européenne avait constaté que « la politique étrangère unilatérale de la Turquie reste en contradiction avec les priorités de l'UE ».

(Avec AFP)

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