Japon : pourquoi l'attractivité de Tokyo menace la survie des régions

Alors que la population du pays du Soleil-Levant décline, sa capitale continue d'accueillir toujours plus de résidents. Une migration vers Tokyo qui se fait au détriment des régions, en voie de désertion malgré les efforts du gouvernement.
Jean-Christophe Catalon
Selon une étude publiée en 2014, la moitié des municipalités japonaises sont menacées de disparition à terme.
Selon une étude publiée en 2014, la moitié des municipalités japonaises sont menacées de disparition à terme. (Crédits : © Toru Hanai / Reuters)

Des habitants supplémentaires ? La capitale nippone déborde. Alors que la population décline pour la septième année consécutive au Japon, la métropole du Grand Tokyo a accueilli près de 118.000 nouveaux résidents nets en 2016, selon les données du recensement du ministère des Affaires intérieures publiées début février. Un chiffre en léger ralentissement (- 1%) par rapport à la période précédente, mais le solde reste positif pour la vingt-et-unième année consécutive.

"Intra-muros", la capitale nippone a dépassé la barre des 13 millions d'habitants, grâce à l'arrivée de plus de 74.000 résidents nets. La tenue des Jeux olympiques en 2020 ne devrait pas inverser la courbe, au contraire. Ce phénomène inquiète les pouvoirs publics qui, malgré la mise en place de mesures dédiées, n'arrivent pas à l'enrayer.

La moitié des municipalités japonaises menacées de disparaître

Or, cette attractivité pose problème car elle se fait au détriment des autres régions. Des villes d'envergure accusent des soldes négatifs, comme Nagoya et Osaka qui ont perdu respectivement environ 2.400 et 9.300 résidents nets en 2016. Il s'agit pour elles de la quatrième année de baisse consécutive.

Le phénomène est encore plus frappant dans des régions moins peuplées. Selon une étude publiée en 2014, la moitié des municipalités japonaises sont menacées de disparition à terme, rappelle le Japan Times.

Les acteurs de cet exode sont essentiellement les jeunes. Ils se dirigent en masse dans la capitale pour effectuer leur cursus universitaire puis, avec un chômage au plus bas depuis 22 ans, trouvent un emploi et s'installent définitivement sur place.

Confronté au vieillissement de sa population, le Japon voit ses régions désertées et s'éteindre. Les efforts du gouvernement ne sont sans doute pas assez radicaux pour inverser la tendance.

Les efforts de l'Etat sont trop faibles face à l'ampleur du phénomène

Depuis 2014, l'exécutif a mis en place une série de mesures pour dynamiser les régions. Un plan stratégique sur cinq ans a été déployé. L'année suivante, le gouvernement a mis en place des incitations fiscales pour les entreprises qui délocalisent tout ou partie de leur activité en région.

La semaine passée, le Bureau du Cabinet - agence sous le contrôle du Premier ministre et chargée de la gestion des affaires courantes - a effectué un premier versement de 55,64 milliards de yens (465 millions d'euros) aux gouvernements locaux, dans le cadre d'un plan de subventions, indique le Japan Times.

Ces efforts restent faibles face à l'ampleur du phénomène. Dans son pré-budget 2017, le gouvernement n'a inscrit aucune mesure de décentralisation parmi ses priorités. De même que la délocalisation des certains services de l'Etat peine à se réaliser. L'agence des Affaires culturelles est la seule à avoir quitté en intégralité Tokyo, pour s'installer à Kyoto, une autre grande ville qui n'est pas la première dans le besoin.

Jean-Christophe Catalon