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ÉconomieInternational

Joe Biden devient le 46ème président des Etats-Unis

Guillaume Renouard, à San Francisco

Publié le 07 novembre 2020 à 16:54 - Mis à jour le 07 novembre 2020 à 17:16

Biden credite de 205 grands electeurs contre 171 pour trump, selon edison research

Photo d'illustration

BRIAN SNYDER

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Après quatre jours de suspense, le candidat démocrate et ancien vice-président de Barack Obama a été donné vainqueur avec 273 grands électeurs, grâce à un succès dans l'Etat-clé de Pennsylvanie, selon les chaînes CNN, NBC et CBS. Il va devenir le 46e président des Etats-Unis.

>> Retrouvez notre dossier spécial élections américaines

Après plusieurs jours de suspense, Joe Biden a fini par s'imposer d'une courte tête en Pennsylvanie (état dans lequel il est né), remportant ainsi vingt grands électeurs supplémentaires, ce qui porte son total à 273 et lui assure de remporter la présidence, à l'heure où l'Arizona, le Nevada et la Géorgie, où l'écart entre les deux candidats tient dans un mouchoir de poche, doivent encore donner un résultat final. L'ancien vice-président de Barak Obama bénéficie d'une courte avance dans chacun de ces trois états, mais même si Donald Trump parvenait finalement à remporter chacun d'entre eux, il perdrait malgré tout l'élection. Le suspense touche donc à sa fin.

Les démocrates peuvent enfin souffler après une élection qui s'est avérée beaucoup plus serrée que ne l'estimaient les sondages, et a même dans un premier temps semblé tourner en la faveur de Donald Trump, alors qu'il obtenait des succès électoraux en Floride et en Caroline du Nord, et semblait en passe de remporter le Midwest. L'actuel président a en effet réalisé de bien meilleures performances que prévu, notamment auprès des minorités. Si celles-ci ont majoritairement voté pour Joe Biden, Donald Trump a rassemblé une plus large part du vote des non-blancs que tout autre candidat républicain depuis l'élection de 1960, qui avait vu Kennedy s'imposer face à Nixon.

Une élection plus serrée que prévue

Environ un quart des non-blancsont donné leur suffrage à Trump, d'après les estimations actuelles. 18% des hommes afro-américains et 8% des femmes de cette même communauté ont voté pour lui lors de ce scrutin, contre respectivement 13% et 4% en 2016. En 2008, le candidat républicain John McCain, battu par Barack Obama, n'avait obtenu que 5%des voix de la communauté afro-américaine, hommes et femmes confondus. 31% des Latino-Américains et 30% des Asio-Américains ont également donné leur suffrage à Donald Trump. L'actuel président a notamment réalisé de très bons scores auprès de la communauté latino-américaine au Texas et en Floride, ce qui lui a assuré une confortable victoire dans ces deux états traditionnellement ancrés à droite, que les sondages déclaraient cette fois-ci susceptibles de basculer dans le camp démocrate.

Des chiffres qui témoignent d'une réalité bien plus nuancée que le discours faisant de Donald Trump le candidat du suprémacisme blanc, d'autant que son score auprès de l'électorat blanc a au contraire légèrement régressé : 61% des hommes blancs ont voté pour lui, contre 64% en 2016. Ces bonnes performances auprès des minorités se sont toutefois révélées insuffisantes pour lui permettre de l'emporter.

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Plus de 75 millions de voix

Malgré sa victoire, Joe Biden est quant à lui loin d'être au bout du tunnel. L'ancien vice-président de l'administration Obama, qui, à bientôt 78 ans, est à la fois l'homme le plus âgé à entrer en fonction (un record précédemment détenu par Trump, qui avait 70 ans lors de son inauguration), le président à être élu avec le plus grand nombre de suffrages (plus de 75 millions de voix, grâce à un taux de participation record) et l'homme politique avec le plus d'expérience à s'installer à la Maison-Blanche, va devoir composer avec de nombreux défis. Comme l'a montré son discours tenu à la Maison-Blanche jeudi soir, Donald Trump n'a d'abord pas l'intention de jeter l'éponge, considère (sans preuves solides) que l'élection lui a été volée par des méthodes déloyales et entend se pourvoir en justice pour faire entendre sa cause.

Si les cadres du parti républicain se montrent pour l'heure très prudents et sont peu nombreux à reprendre le discours du président, ce qui suggère que ce dernier pourrait rapidement se retrouver isolé s'il persistait dans son refus de s'avouer vaincu, Biden va vraisemblablement devoir composer avec un perdant récalcitrant. Le vainqueur de la présidence a d'ores et déjà évoqué la possibilité que Trump puisse être escorté en dehors de la Maison Blanche s'il refusait de quitter le bureau ovale, ce qui serait un événement sans précédent dans l'histoire de la démocratie américaine.

Rassembler les Américains

À l'heure où de nombreuses rumeurs (reprises par Trump et très souvent erronées) faisant état de tricheries circulent sur les réseaux sociaux, sous la menace d'une enquête judiciaire qui pourrait traîner pendant plusieurs semaines et à l'issue d'un scrutin ultra-polarisé et extrêmement serré, Biden va avoir la lourde tâche de rassembler un pays profondément divisé, ce que son prédécesseur ne s'est jamais efforcé de faire, attisant au contraire volontairement les tensions et la polarisation de la vie publique.

L'ancien vice-président, qui s'est efforcé d'adopter un ton rassembleur et de se doter une stature présidentielle depuis le début de la campagne, va devoir redoubler d'efforts pour asseoir sa légitimité auprès des électeurs républicains, dont beaucoup estiment qu'ils ont été floués, comme en témoignent des manifestations en cours dans plusieurs grandes villes américaines.

Sur sa gauche, il va également devoir composer avec une frange du parti démocrate qui juge son positionnement centriste trop timoré, et qui, derrière des figures comme le sénateur du Vermont Bernie Sanders ou la représentante Alexandria Ocasio-Cortez, ne craignent pas de brandir l'étiquette « socialiste », longtemps taboue aux États-Unis. Ils souhaitent que leur parti promeuve d'ambitieuses réformes, dont des mesures importantes au service de la transition écologique (comme l'abandon de l'exploitation des gaz de schiste et l'adoption de normes environnementales plus strictes), une couverture médicale universelle, une revalorisation des salaires, davantage d'impôts sur les revenus les plus élevés et davantage d'actions pour limiter les violences policières.

Galvanisée par les manifestations qui ont émaillé le pays cet été suite à la mort de George Floyd aux mains d'un policier de Minneapolis et soutenue par un flot de jeunes militants, cette aile gauche du parti démocrate entend bien profiter de la présidence Biden pour se faire entendre et avancer ses pions. Et si le candidat démocrate a bénéficié d'une union sacrée derrière lui pour vaincre Trump, il est fort probable que celle-ci ne lui fasse pas de cadeaux si elle juge que sa présidence manque d'ambitions.

Des crises qui se superposent

Les difficultés qui attendent la présidence Biden ne s'arrêtent pas là, dans un pays où le Coronavirus continue de faire rage : le nombre de nouveaux cas a récemment dépassé les 120 000 en une journée, un record depuis le début de la pandémie. L'Amérique compte à l'heure actuelle 235 000 victimes du virus, un chiffre qui continue de croître de jour en jour.

Corollaire de cette crise sanitaire, le pays connaît également une importante crise économique : le PIB a décru de plus de 31% au second trimestre, et plus de 800 000 Américains s'inscrivent au chômage chaque semaine. Contrairement à son prédécesseur, qui souhaitait donner la priorité à la réouverture de l'économie, Joe Biden a martelé que la lutte contre le virus était un préalable nécessaire à la relance. Alors qu'à la sortie des urnes, 30% des électeurs se disaient préoccupés par l'état de l'économie, contre seulement 10% qui considéraient le Coronavirus comme une priorité, Joe Biden va également devoir convaincre les Américains du bien-fondé de sa stratégie.

S'il souhaite faire de la lutte contre le virus une cause nationale, avec des tests déployés à grande échelle et une production industrielle de vaccins, le candidat démocrate ne laisse cependant pas l'économie de côté, qu'il prévoit de réindustrialiser en investissant notamment dans les énergies renouvelables. À l'heure où le Coronavirus a mis en lumière les faiblesses du système de santé américain, qui laisse 207 millions d'Américains sans assurance maladie, Biden entend également étendre l'Obamacare, que son prédécesseur a tenté sans succès de supprimer.

Pour ne rien arranger à la difficile tâche qui l'attend, le président fraîchement élu va également devoir composer avec un sénat qui a de fortes chances de demeurer républicain, où l'habile tacticien Mitch McConnell, vieux renard de la politique qui, sauf en cas de victoire surprise des démocrates, devrait continuer de diriger la majorité républicaine à la chambre haute du Congrès, va tout faire pour mettre des bâtons dans les roues de son administration et risque de bloquer toute réforme ambitieuse. Une situation similaire à celle qu'avait connue Obama en son temps, qui s'était également trouvé confronté à un sénat républicain vindicatif dirigé par McConnell.

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Et si les démocrates demeurent majoritaires à la Chambre des Représentants, la chambre basse du Congrès américain, leur majorité s'est amenuisée lors de ces élections, qui ont vu plusieurs élus démocrates perdre leur siège au profit de candidats républicains. Grâce aux trois juges conservateurs nommés par Donald Trump (Neil M. Gorsuch, Brett M. Kavanaugh et Amy Coney Barrett) à la Cour Suprême, celle-ci est en outre solidement ancrée à droite (six juges conservateurs contre trois juges progressistes), et pourrait décider du futur de l'Obamacare à l'issue d'un jugement actuellement en cours d'examination. Bref, pour Joe Biden et les démocrates, si la victoire peut sonner comme la fin d'un combat long et difficile, celui-ci ne fait en réalité que commencer.

Guillaume Renouard, à San Francisco

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