À deux jours du Super Tuesday, le soutien du président à la politique israélienne risque de lui faire perdre les voix d'électeurs historiquement démocrates.Le cornet de glace à la menthe semble appétissant. Joe Biden s'apprête à l'engloutir. « Quand pensez-vous qu'un cessez-le-feu prendra effet ? » lui lance alors un journaliste à propos de la guerre à Gaza. Le cornet reste en l'air, sans atteindre la bouche du président-candidat. « Eh bien, j'espère que d'ici le début... Enfin, la fin du week-end... Mon conseiller en matière de sécurité nationale me dit que nous sommes proches... J'espère que nous aurons un cessez-le-feu d'ici à lundi », évacue Joe Biden avant d'avaler enfin son cornet en sortant de chez un glacier de New York. Cette poignée de mots larguée d'un ton égal, il y a une semaine, les Américains ralliés à la cause palestinienne l'attendaient depuis des mois.
Mais la mort jeudi d'une centaine de Palestiniens à l'arrivée de camions d'aide dans la ville de Gaza, certains tués par des balles israéliennes, d'autres lors d'une bousculade, a jeté l'effroi dans le monde entier. Joe Biden a dû reconnaître qu'une trêve n'aurait « probablement pas » lieu d'ici à demain, comme il l'avait espéré.
La menace d'une abstention massive
À deux jours du Super Tuesday, temps fort des primaires où démocrates comme républicains sont appelés à se prononcer dans 14 États pour leurs candidats à la présidentielle, le drame va peser encore plus sur Joe Biden. Chacune de ses prises de parole publiques comme celles de sa vice-présidente est émaillée d'un appel au cessez-le-feu alors que les bombes israéliennes qui pulvérisent Gaza depuis cinq mois sont en partie financées par les États-Unis.
Depuis les attaques terroristes du Hamas le 7 octobre, les exactions commises par l'armée israélienne contre les civils palestiniens et la faiblesse de la Maison-Blanche face à l'intransigeance du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, indignent. Au point qu'une partie de l'électorat bleu songe à abandonner le démocrate. En tête de ce cortège de déçus, les musulmans et les Arabes-Américains. Ces derniers étaient 59 % à soutenir Joe Biden en 2020. Fin octobre 2023, seulement 17 % se disaient prêts à revoter pour lui, rapporte une étude de l'Arab American Institute.
Étienne de Metz, à New York