« Mes enfants me demandent sans cesse quand on va rentrer à la maison et dormir dans de vrais lits », raconte par téléphone Ayman. Le père de famille est exténué, les bombardements résonnent au loin et la ligne est de mauvaise qualité. Mais ce Palestinien d'une quarantaine d'années arrive à trouver un peu de réseau pour raconter son quotidien grâce à une carte SIM égyptienne. Depuis le lancement des représailles israéliennes aux attaques du Hamas du 7 octobre, ses deux enfants, sa femme enceinte de six mois et lui ont été déplacés de force trois fois de la ville de Gaza. Aujourd'hui, ils vivent sous une tente à Rafah, dans l'extrême sud du territoire. Ils dorment sur des matelas posés au sol. Quelques couvertures et seulement les habits qu'ils portaient le jour où ils ont fui.
« Je n'arrive pas à dire à mes enfants que notre maison a été réduite à l'état de gravats, avoue Ayman. Nous avons tout perdu en une fraction de seconde. Tout ce que nous avions construit. En ce moment, c'est comme si on courait pieds nus sur une forêt d'épines. C'est terrible, mais le pire est de ne pas savoir quand cela va s'arrêter, ce qui va arriver ensuite. À Rafah, c'est une angoisse permanente. »