L'économie américaine repart sur les chapeaux de roues

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(Crédits : Sharon Bernstein)
L'efficacité de la campagne de vaccination et la politique de relance adoptée par l'administration Biden génèrent un puissant dynamisme économique outre-Atlantique. Le chômage diminue fortement et les prévisions de croissance pour 2021 dépassent 7%. ors que les autorités sanitaires américaines ont recommandé mardi "une pause" dans l'utilisation du vaccin contre le Covid-19 de Johnson & Johnson, afin d'enquêter sur l'apparition de cas graves de caillots sanguins chez plusieurs personnes aux Etats-Unis, la Maison Blanche ne prévoit "pas d'impact important" sur la campagne de vaccination.

La météo est au beau fixe en cette fin d'après-midi, et les habitants de San Francisco en profitent. Sur Valencia Street, rendue piétonne, comme tous les week-ends, tables et canapés empiètent sur la chaussée, offrant l'occasion de prendre l'apéritif au soleil. Quelques rues plus loin, Dolorès Park est noir de monde. Après de longs mois d'hibernation, la Cité de la Baie retrouve une atmosphère de bourgeonnement et d'hédonisme pré-pandémie. Au-delà de San Francisco, c'est sur toute la Californie que souffle un vent d'optimisme. 141 000 emplois ont été créés en février (qui représentent 37% des emplois créés à l'échelon fédéral), ramenant le taux de chômage du Golden State à 8,5%, contre 10% fin 2020.

Créations d'emplois

Une situation similaire à celle qui touche le reste du pays, lequel connaît une rapide phase de reprise économique à mesure que le programme de vaccination à grande échelle suit son cours. Alors que les États-Unis viennent de passer le cap symbolique des 100 millions de personnes ayant reçu au moins une dose de vaccin, 916 000 emplois ont été créés en mars, battant largement les prédictions des économistes, qui tablaient sur 675 000. Ces emplois viennent s'ajouter aux 468 000 postes créés en février et aux 233 000 de janvier, portant à 1,6 million le nombre d'emplois créés au premier trimestre. À l'heure où les Etats lèvent les uns après les autres la plupart des restrictions mises en place pour lutter contre le virus, les gains les plus importants concernent naturellement les secteurs qui bénéficient particulièrement de la réouverture. En mars, celui des loisirs et du tourisme a ainsi généré la création de 280 000 emplois, auxquels viennent s'ajouter les 176 000 créés par la restauration. Le taux de chômage fédéral est par conséquent descendu à 6%, ce qui reste plus élevé qu'avant la pandémie (3,5%), mais beaucoup moins que le pic de près de 15% qu'a connu le pays en avril 2019.

Une vaccination menée tambour battant

Ce redémarrage express de l'économie est notamment dû à l'efficacité de la campagne
de vaccination. Le pays vaccine au rythme effréné de trois millions de personnes par jour, un quart de la population a reçu une dose complète, et les CDC ont récemment affirmé que les personnes vaccinées pouvaient voyager en toute sécurité. Alors que les autorités sanitaires américaines ont recommandé mardi "une pause" dans l'utilisation du vaccin contre le Covid-19 de Johnson & Johnson, afin d'enquêter sur l'apparition de cas graves de caillots sanguins chez plusieurs personnes aux Etats-Unis, la Maison Blanche ne prévoit "pas d'impact important" sur la campagne de vaccination. Ces doses représentent en effet moins de 5% de celles administrées aux Etats-Unis jusqu'à présent.

Dans ce contexte, d'après les estimations de certains économistes, 700 000 nouveaux postes devraient en moyenne être créés tous les mois durant le deuxième et le troisième trimestres.

« Je ne serais pas surpris si la création d'emplois s'avère encore meilleure que celle que nous avons observée en mars au cours des six prochains mois », estime David Wilcox, senior fellow au Peterson Institute for International Economics, un laboratoire d'idées non partisan. « Des secteurs comme la restauration, l'hôtellerie, le tourisme et l'industrie du loisir, qui sont tous dépendants de la possibilité d'interagir en face à face, vont continuer à gagner en dynamisme à mesure que la vaccination se poursuit. »

Selon les estimations d'Oxford Economics, un cabinet d'intelligence de marché, la
croissance pourrait atteindre 7,2% sur l'année, taux le plus élevé depuis 1984, sous la
présidence Reagan. En 2020, l'économie américaine s'est contractée de 3,5%, pire
performance depuis 74 ans.

Build Back Better


La politique de relance mise en place par l'administration Biden joue également un rôle
dans la reprise. Le président démocrate a présenté le 31 mars dernier un ambitieux plan
d'investissement rooseveltien. Joe Biden a choisi Pittsburgh pour faire son annonce
devant un syndicat ouvrier, lieu hautement symbolique, car situé au cœur de la Rust
Belt, qui avait assuré la victoire de Donald Trump en 2016 et contribué à celle de Biden
en novembre dernier. Ce plan vise à injecter 2.300 milliards de dollars dans les
infrastructures du pays. 621 milliards de dollars seront consacrés aux transports, dont la moitié dans la rénovation, l'entretien et la construction de routes, de ponts, de transports publics, de lignes de trains et d'aéroports. 174 milliards au véhicule électrique, sous forme de crédits d'impôt pour encourager les consommateurs à en acheter, d'investissement dans des stations de recharge et dans le renforcement de la chaîne de valeur locale. 100 milliards serviront à moderniser la grille électrique et 180 milliards à la recherche sur les énergies propres. Enfin, le plan prévoit également de promouvoir les syndicats et de renforcer les salaires.

Bataille en vue au Sénat sur la baisse des impôts sur les sociétés


Celui-ci doit toutefois encore obtenir l'aval du Congrès. Convaincre les élus républicains sera difficile, notamment parce que Biden prévoit de financer le plan en augmentant l'impôt sur les sociétés de 21 à 28% (il était de 35% avant que Trump ne l'abaisse durant
son mandat).

« Cette mesure parle d'infrastructures, mais est en réalité un cheval de
Troie instaurant un accroissement de la dette et d'importantes hausses d'impôts sur tous les secteurs productifs de notre économie », a ainsi dénoncé Mitch McConnell, leader de l'opposition républicaine au Sénat.

Mais la courte majorité des démocrates au Sénat et à la Chambre des Représentants
pourrait bien permettre à la réforme de passer, générant un important stimulus
économique susceptible d'accélérer encore la reprise. Le combat s'annonce
particulièrement serré au Sénat, où les démocrates ne bénéficient que d'une voix
supplémentaire face aux républicains. La moindre défection dans leur camp pourrait
donc entraîner un blocage.

« Les sénateurs démocrates sont des esprits indépendants, parmi lesquels on trouve une large diversité d'opinions. Maintenir l'unanimité dans leurs rangs sera donc un vrai défi », juge David Wilcox.

Grégory Daco, économiste chez Oxford Economics, estime que, si adopté, le plan de
Biden pourrait faire passer la croissance américaine de 3,5% à plus de 4% en 2022.


« Contrairement aux stimuli précédents, qui visaient à subvenir de manière ponctuelle aux besoins des personnes et entreprises affectées par la crise, celui-ci revêt une dimension structurelle. Il s'agit d'investir à la fois dans les capacités de production et la force de travail, et donc d'investir dans l'offre plutôt que dans la demande, le tout
sur le long terme », commente-t-il.


Ce plan d'investissement viendrait en effet s'ajouter à l'American Rescue Plan, stimulus
de 1.900 milliards de dollars passé par le Congrès le 10 mars dernier afin de compenser
les effets du Coronavirus sur l'économie américaine. Selon Oxford Economics, celui-ci,
couplé aux 900 milliards de dollars déjà injectés dans l'économie fin 2020, aura un
impact positif sur la croissance de 4,3% en 2021. L'American Rescue Plan prévoit
notamment un prolongement des allocations chômage exceptionnelles mises en place
pendant la crise et un chèque de 1.400 dollars accordé à chaque Américain. C'est la
troisième fois qu'un paiement direct est accordé aux citoyens américains depuis le début
de la pandémie (les versements avaient auparavant été de 1.200 et 600 dollars), et
l'expérience a jusqu'ici montré que cet argent était principalement utilisé pour la
consommation. Ce nouveau versement devrait donc également contribuer à la
croissance de l'économie américaine.

Les investisseurs se frottent les mains


Autre signe que la reprise américaine est bien amorcée : les fonds d'investissement de la
Silicon Valley font désormais preuve d'un optimisme affiché. À l'aube de la pandémie,
Sequoia Capital, fonds historique de la Silicon Valley localisé sur la célèbre Sand Hill
Road, avait été l'un des premiers à tirer la sonnette d'alarme, écrivant dans un mémo
que le virus était le « cygne noir » de 2020 et suggérant aux acteurs économiques de
s'attendre au pire. Comme s'il souhaitait refermer une sombre parenthèse, le fonds vient
de se fendre d'un nouveau mémo beaucoup plus optimiste, intitulé « Le Covid a accéléré
l'avenir, désormais, il est temps de saisir celui-ci. »

Le fonds, affirmant que les prochains mois s'annoncent prospères en matière
économique, incite les entrepreneurs à « appuyer sur l'accélérateur ».

« Si la pandémie est loin d'être terminée, nous pensons qu'une excellente opportunité se présente. [...] Les États-Unis sont partis pour connaître au second semestre 2021 une croissance supérieure à celle que nous avons connue sur les dernières décennies. Alors que les vaccins précipitent la fin des mesures de confinement, les dettes individuelles ont
baissé, l'épargne s'est accrue et un stimulus supplémentaire se profile. »

Ce qui est bon pour les startups l'est également pour les investisseurs : selon Sequoia, la
crise a permis de trier le bon grain de l'ivraie parmi les jeunes pousses, celles ayant
survécu étant les plus à même de faire preuve de souplesse et de s'adapter au
changement. Miser sur celles-ci offre ainsi l'occasion aux argentiers de générer de
véritables fortunes. Ce phénomène s'est déjà produit par le passé : les années suivant le
crash de l'an 2000 ont consacré le succès de Facebook, Google et Twitter, tandis
qu'après la crise des subprimes ont jailli Uber et Airbnb.

Alors que le pays émerge de la pandémie, beaucoup s'attendent à ce qu'une vague
d'hédonisme gagne le pays, et les comparaisons avec les Années Folles abondent.
L'épargne des ménages a triplé durant la Coronavirus, et cet argent a de bonnes chances
d'être rapidement injecté dans l'économie alors que la population rattrape le temps perdu en loisirs et distractions.

« Le revenu disponible américain est supérieur de 3% à ce qu'il était avant la pandémie », précise Grégory Daco. Conséquence : les dépenses de consommation ont crû de 5% en janvier et pourraient exploser au cours des prochains mois, à mesure que la réouverture de l'économie multiplie les opportunités de dépenses. Les taux d'intérêt, qui demeurent très faibles, n'incitent en outre pas vraiment à épargner.

Si la situation permet d'être optimiste, la crise n'est selon David Wilcox pas encore
terminée. « Si les chiffres de la création d'emploi pour mars sont très encourageants, il
est important de se rappeler le chemin qu'il nous reste à parcourir pour sortir
totalement de la pandémie. De nombreux parents demeureront incapables de
travailler jusqu'à ce que les écoles aient intégralement rouvert et qu'ils penseront
pouvoir y envoyer leurs enfants en toute sécurité, et cet objectif ne sera pas atteint tant
que le programme de vaccination n'aura pas été achevé. »

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Commentaires
a écrit le 14/04/2021 à 17:13 :
Un peu de patience et chez nous aussi ça va partir sur les chapeaux de roue. Mais chez ce seront les impôts, les taxes et le chômage.La dette qu'on roule à la mode du sapeur camembert est elle en accélération permanente.
a écrit le 13/04/2021 à 21:15 :
C'est sans doute vrai, mais sur "les chapeaux de roues" est un tantinet excessif. Dans un Monde " mondialisé", il ne suffit pas d'être fort tout seul, il faut aussi de partenaires en bonne santé.
a écrit le 13/04/2021 à 19:18 :
Dans toute cette avalanche/propagande médiatique, ne pas oublier, qu'aux States, un contrat précaire de trois heures est l'équivalent d'un CDI. Le triomphe des emplois de pauvres corvéables à merci. Comparaison nest pas raison.
a écrit le 13/04/2021 à 18:34 :
L'obèse, lourde et tentaculaire et ruineuse bureaucratie-technocratie FR,
PLOMBE TOUT
Réponse de le 13/04/2021 à 21:00 :
Ce qui plombe tout c'est l'incompétence, voir la bêtise (au sens être bête) de MACRON. Et c'est une caractéristique des MACRONISTESet des libéraux de toujours mettre la faute sur les autres. Tout en s'accaparant les succès des autres....

Et curieusement, un plan de relance (et du déficit) relance l'économie....
Ce qui est le contraire de tout ce que prétendent les libéraux (et pas l'administration, qui ne fait que ce qu'on lui demande de faire...)
Réponse de le 14/04/2021 à 19:16 :
@ René Monti : ce qui plombe tout c'est le déficit permanent depuis 40 ans. Si relancer l'économie en s'endettant suite à une pandémie est une absolue nécessité, s'endetter en permanence uniquement pour satisfaire les dépenses courantes, c'est de l'incompétence et de la bêtise (au sens bête) comme vous dites. Il est grand temps d'arrêter la gabegie des dépenses publiques.
a écrit le 13/04/2021 à 17:41 :
Et, oui. Aux usa ils n'ont pas le millefeuilles européen avec un centre de décision parasité par des états nations qui ne sont pas prêts de lacher leur Pseudo souveraineté. Nous sommes certes un géant économique mais un nain politique comme la dernière visite en Turquie le prouve....hélas, cela conjugué à un programme de vaccination piano piano, l Europe sortira bonne dernière.
Réponse de le 14/04/2021 à 2:17 :
Un geant economique !
Bien sur.
Pas foutu de fabriquer des semis conducteurs. Vous etes endoctrine.
Réponse de le 14/04/2021 à 8:33 :
On vous remet les images de ses files d'attente interminable de gros pickup et 4/4 pour aller quémander 1 colis alimentaire parce que nos "bons" amis américains n'avaient rien à bouffer au bout d'une seule semaine de chômedu ?
Du vent que tout cela.
a écrit le 13/04/2021 à 16:10 :
Moralité : il nous manque deux vaccins en France, un contre le principe de précaution, et un autre contre les délires médiatiques.
Qui ne sont pas que dans les médias sociaux.
Incidemment.
Réponse de le 13/04/2021 à 18:33 :
Justement aux USA ils appliquent le principe de précaution en ordonnant une pause avec le vaccin car il y a apparemment quelques doutes.
a écrit le 13/04/2021 à 14:24 :
Disons plutôt humblement que l'économie américaine repart, vous êtes certainement européen et donc faites tacitement la comparaison avec notre vieux continent qui n'a jamais porté si bien son nom vous incitant à ajouter "sur les chapeaux de roues" tandis qu'il ne faut pas oublier les ravages de la crise économique générée par cette crise sanitaire. Par ailleurs, il faudrait comparer avec les pays avec lesquels c'est comparable comme la Chine, le Japon ou la Corée du Sud voir la Russie ou l'inde, bref avec des puissances économiques qui tiennent la route car ayant une réelle souveraineté politique, notre vieux continent dorénavant fossilisé ne fait plus référence au sein des pays dévelloppés, notre marché, nos consommateurs donc, les interessent, les quelques bons qui arrivent à émerger ou pas aussi, vu que pour émerger économiquement en UERSS empire prévu pour durer mille ans il faut redoubler d'efforts, un miracle, mais selon la règle des probabilités il y en a forcément, et c'est tout. Notre vieux continent n'étant plus une référence en matière de dynamisme économique depuis longtemps maintenant, depuis la dictature financière à mon avis même à savoir Maastricht, depuis nous nous enfonçons.
Réponse de le 13/04/2021 à 15:34 :
Vrai pour partie, car tant qu'on sera divisé, morcelé, avec des egos et des nationalismes chauffés à blanc par les autres, on restera à la traîne et on sera dirigé par la finance...voir les sangsues comme Peugeot qui pompe ici,et qui se gave en Chine.
Réponse de le 14/04/2021 à 9:31 :
@ multipseudos:

Tu dis pas grand chose là, c'est quoi la partie de mon commentaire que t'aimes pas stp ? Merci.

ET si je peux pas et-c... j'espère que depuis le temps maintenant vous le voyez arriver hein, merci.

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