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ÉconomieInternational

L'Iran, rose avec quelques épines pour les PME ?

Photo de Sarah Belhadi

Sarah Belhadi

Publié le 10 février 2016 à 06:00 - Mis à jour le 10 février 2016 à 18:18

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Infrastructures, technologies, biens de consommation : l'Iran est présenté comme l'un des derniers marchés émergents aux multiples possibilités. Les grands groupes français ont d'ores et déjà fait connaître leurs ambitions, et les PME veulent aussi leur part de gâteau. Mais l'euphorie des premières heures pourrait s'essouffler.

Airbus, Total, PSA... : pour les grands groupes français, la levée des sanctions internationales en Iran est une aubaine. A peine quelques jours après son officialisation le 16 janvier, la visite du président iranien, Hassan Rohani, en France, s'est soldée par une récolte foisonnante. Au total, 15 milliards d'euros de protocoles d'accords sont signés entre Paris et Téhéran. Si les mastodontes de l'automobile ou de l'aéronautique se ruent en Iran, les PME veulent aussi leur part de ce marché.

"Il y a la force des grands groupes, mais il y a aussi la réactivité des PME qu'il ne faut pas négliger. On va apporter les services complémentaires",assure François Turcas, vice-président en charge de l'international à la CGPME.

Les PME "n'auront peut-être pas les gros marchés", mais peuvent miser "sur leur inventivité et leur réactivité", justifie François Turcas.

Mission d'exploration

En septembre, une délégation du Medef composée de 150 chefs d'entreprise -dont la moitié de patrons de PME- s'est envolée pour Téhéran. Fin mai (du 21 au 25), la CGPME pilotera également un voyage en Iran dont les contours restent à définir.

"À ce stade, on est en pleine construction de la mission", prévient Marion Bérard en charge du projet, qui comptabilise pour l'instant "une douzaine d'entreprises intéressées",dans plusieursdomaines : "urbanisme, architecture, mais aussi des startups".

Le marché iranien offre peut-être de multiples possibilités mais la CGPME préfère refréner son appétit et "cibler deux ou trois secteurs", assure François Turcas. "Nous avons la prétention d'occuper le terrain, et si on fait 10 à 15% d'exportations par les PME et PMI ce sera très bien", résume-t-il. Selon lui, les petites entreprises "peuvent s'adapter" contrairement aux "grands groupes qui ont des stéréotypes".

Marchés multiples

Si les embargos multiples ont rendu les infrastructures du pays obsolètes, nécessitant des investissements prioritaires, les PME pourraient néanmoins se positionner également dans des secteurs de prime abord plus inattendus. Par exemple, plusieurs médias anglo-saxons, à l'instar de CNN, voient dans les sommets iraniens (qui culminent à 4.000 mètres d'altitude et se trouvent aux portes de Téhéran) la future destination prisée pour les sports d'hiver.

Une étude publiée en 2015 indique qu'à peine 1% des quelque 500.000 skieurs qui arpentent les pistes iraniennes chaque année seraient étrangers. "L'équipement sportif comme la location de skis ou encore la création de restaurants à la mode" sont des possibilités sérieuses pour François Turcas. C'était d'ailleurs une entreprise française, Poma, qui avait décroché en 1969 en Iran ses premiers gros contrats internationaux pour la construction de télécabines.

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Si l'industrie hôtelière est une manne potentielle, les investisseurs devront toutefois se fondre dans la culture locale. L'avocat d'affaires franco-iranien, Ardavan Amir-Aslani, l'admet "à cause des restrictions religieuses". "Nous n'aurons pas Djerba à Téhéran", avertit-il. Dont acte.

À la recherche du temps perdu

Officiellement, le monde de l'entreprise et la diplomatie économique répètent à tue-tête le même refrain.

"Tous les secteurs de nos deux économies sont intéressés par des projets communs", martelait encore Mathias Fekl, le secrétaire d'État au commerce extérieur, devant la délégation iranienne au Medef, le 28 janvier.

Mais pour la France, l'Iran n'est pas une terre vierge. Il fut même un partenaire commercial de premier plan avant les différentes sanctions : 3,7 milliards d'euros d'échanges commerciaux en 2005, puis 514 millions d'euros en 2014, détaille une note du Trésor de décembre 2015.

La conquête iranienne, aux airs de déjà vu, pose évidemment des questions, concède le vice-président en charge de l'international à la CGPME.

"La stabilité des accords sera-t-elle respectée ? A-t-on une visibilité sur le long terme ou est-ce un coup de pub qui va retomber demain ?".

Pour Thierry Coville, professeur à l'école de commerce Novancia et spécialiste de l'Iran, ce type d'inquiétudes doit être relativisé, car "les sanctions ont été levées".

Il reconnait toutefois que des porosités existent. "Oui, il y a beaucoup de bureaucratie, de corruption, mais il y a des circuits de distribution qui fonctionnent bien", explique le chercheur. La CGPME ne fait pas non plus d'angélisme, et sait qu'elle a un important travail de sensibilisation à faire "pour rassurer les entreprises", rappelle Marion Bérard. "Il y a une adaptation aux coutumes locales (...), il faut s'imbiber du pays. Pour diminuer le risque, il faut des partenaires susceptibles de travailler avec nous", explique de son côté François Turcas, qui a travaillé en Iran pour le compte d'Eiffage, au début des années 1970, avant d'en être chassé par la Révolution islamique.

En Iran, les PME représentent à elles seules le secteur privé

Si le secteur privé ne représente que 15 à 20% de l'économie, il est composé à 99% de petites et moyennes entreprises, dans des secteurs variés comme l'agroalimentaire, la construction, le textile. Pour la plupart, il s'agit d'entreprises familiales qui comptent  une dizaine de salariés. Mais ce paysage de l'entreprise a vocation à évoluer, rappelle Thierry Coville : "Le président Rohani veut attirer les investisseurs étrangers en Iran et faire grossir le secteur privé".

A l'exemple de Charging Phone, une startup lyonnaise à l'origine d'une borne qui permet de recharger plusieurs appareils en même temps (smartphones et tablettes), qui voit dans le marché iranien une opportunité à saisir.  La startup vise un premier export de marchandises en septembre, mais veut aussi des garanties. Ainsi, pour se protéger d'un éventuel risque, les termes du contrat vont être durcis :  au moment de la commande, un acompte de 70% devrait être exigé.

Car, les questions du financement ou d'assurance, indispensables à une reprise des activités économiques avec Téhéran, restent problématiques.

Flou autour des sanctions, les États-Unis cultivent l'ambiguïté

Officiellement, les banques sont autorisées à s'implanter en Iran depuis l'entrée en vigueur de l'accord le 16 janvier, mais les craintes des établissements n'ont pas disparu, rappelle maître Amir-Aslani, car "les Américains maintiennent les ambiguïtés". En Europe, les banques craignent d'être mises à l'amende par les États-Unis. Les 8,9 milliards de dollars, infligés en juin 2014 à BNP Paribas par la justice américaine pour viol de l'embargo, les ont rendus frileux. Sans oublier HSBC et Deutsche Bank également épinglées.

"Tant que la clarification américaine n'est pas faite, les Européens ont peur. Et comme toutes les banques travaillent aux États-Unis et qu'elles ont besoin du marché américain, ça bloque", analyse l'avocat d'affaires parisien.

Le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammed Javad Zarif, a demandé aux autorités américaines de faire une déclaration pour mettre un terme à ce flou, rappelle maître Amir-Aslani. "Le gouvernement français a aussi demandé à l'OFAC (le trésor américain) qu'il se prononce".

Les sanctions concernant les assurances-crédits (qui permettent aux entreprises d'être protégées contre les impayés) ont également été levées. Le 29 janvier, la Coface a officialisé un accord permettant d'apporter les garanties publiques nécessaires aux investissements en Iran. "Cet accord ouvre la voie au rétablissement et au développement des affaires entre les deux pays", indique un communiqué. Mais la frilosité persiste. "Aujourd'hui, personne ne finance en Iran", observe l'avocat d'affaires parisien.

Clarification laborieuse

De surcroît, malgré un plan d'action global commun (JPCOA) "qui permet une levée des sanctions afférant à la poursuite du programme nucléaire iranien", Téhéran demeure "sous le coup d'autres sanctions internationales réprimant le financement du terrorisme et la violation des droits de l'homme", rappelle la Coface. De quoi introduire une certaine confusion dans les esprits :

"La multiplicité des régimes de sanction et les différences entre les régimes de sanction européenne et américaine risquent de rendre difficile l'accès des entreprises étrangères au marché iranien et de limiter les effets attendus d'une reprise du commerce", détaille La Compagnie française d'assurances pour le commerce extérieur.

Business versus droits de l'Homme ?

Enfin, PME, TPE ou startup pourraient être réticentes à l'idée d'être associées à un régime qui pratique les exécutions publiques, et dont le nombre est en augmentation.

« Le recours à la peine de mort est toujours odieux, mais il suscite des préoccupations supplémentaires dans un pays comme l'Iran, où les procès sont régulièrement iniques. », indiquait Said Boumedouha, directeur adjoint du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d'Amnesty International, en juillet 2015.

Officiellement, l'Iran rapporte 289 exécutions en 2014 (314 en 2012), Amnesty International avance le chiffre de 743 (544 en 2012). À titre de comparaison, l'Arabie saoudite a officiellement exécuté 90 personnes en 2014. Les 27 et 28 janvier, lors de la visite de Hassan Rohani à Paris, ce sujet a été soigneusement évité.

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Au regard de l'ensemble de ces éléments, l'Iran est-il un miroir aux alouettes ? Les chefs d'entreprises, qui sont déjà peu à exporter vers la zone euro, et encore moins vers les destinations "exotiques", croient-ils à un possible mirage iranien ? Il sera très certainement instructif de consulter les détails des prochaines statistiques douanières.

Sarah Belhadi

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