La Fed abaisse fortement sa prévision de croissance pour 2021, l'inflation revue à la hausse

Des 7% de PIB attendus cette année, flirtant avec le record de l'année 1984 sous la présidence Reagan, la Banque centrale américaine table désormais sur un chiffre post-Covid à +5,9%. "La réouverture continue de se heurter à des goulets d'étranglement", a déclaré Jerome Powell à la tête de la Fed. L'institution annonce aussi un resserrement de sa politique monétaire, tout en restant accommodante pour rassurer les marchés.

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La Fed envisage une première hausse de taux plus tôt que prévu, neuf de ses 18 principaux responsables jugeant que le coût du crédit pourrait devoir augmenter en 2022.
La Fed envisage une première hausse de taux plus tôt que prévu, neuf de ses 18 principaux responsables jugeant que le coût du crédit pourrait devoir augmenter en 2022. (Crédits : Kevin Lamarque)

Les Etats-Unis viennent, certes, de renouer avec un niveau de croissance d'avant-crise au second trimestre, mais la vigueur de la reprise pourrait être moins forte que prévu.

La banque centrale américaine vient en effet de revoir fortement à la baisse sa prévision de croissance pour 2021, avec un produit intérieur brut (PIB) attendu à 5,9%, contre 7% en juin, corroborant les estimations du FMI (Fonds monétaire international) qui visait aussi un record depuis 1984 sous la présidence Reagan.

Le risque sanitaire persiste et ralentit la reprise

Pour 2022, l'institution table désormais sur une croissance de 3,8%, de 2,5% en 2023 et de 2% en 2024. Parmi les causes avancées par la Fed, la persistance du variant Delta du Covid-19 aux Etats-Unis alors que le taux de vaccination (deux doses) a ralenti pour stagner à 54,1% au 21 septembre, selon les données de Our World in Data.

"Les secteurs les plus fortement affectés par la pandémie se sont redressés ces derniers mois, mais l'augmentation des cas de Covid-19 a freiné la reprise", constate le Federal Open Market Committee (FOMC) dans son communiqué. Résultat, pour 2022, sa prévision est aussi bien inférieure à celle attendue à 5% par les services du budget du Congrès américain (CBO) à la fin juillet.

Ce scénario revu à la baisse contraste d'ailleurs avec les anticipations faites de l'autre côté de l'Atlantique, dans la zone euro. Début septembre, pariant sur les effets de la vaccination contre le Covid-19, son homologue européenne, la Banque centrale européenne (BCE), relevait, elle, sa prévision de croissance à 5% en 2021, contre 4,6%. Pour 2022, les experts de la Banque centrale européenne l'ont toutefois légèrement abaissé de 4,7% à 4,6%.

L'inflation, elle, va continuer de croître

Aux Etats-Unis, cette croissance moins forte est à prendre d'autant plus en compte que l'inflation risque dans le même temps d'être plus élevée que prévu. Tandis que des dirigeants de la BCE, ont admis récemment que l'inflation présentait un risque, la Fed a intégré cette hausse des prix. Désormais, elle s'attend à ce que la hausse culmine à 4,2% cette année, contre 3,4% prévu en juin, soit un niveau plus de deux fois supérieur à son objectif.

"La réouverture continue de se heurter à des goulets d'étranglement, aux difficultés d'embauche et à d'autres contraintes, qui pourraient s'avérer plus importantes et plus durables que prévu, posant des risques à la hausse pour l'inflation", a déclaré Jerome Powell, le patron de la Fed.

En 2020, l'économie américaine s'est contractée de 3,5%, pire performance depuis 74 ans.

Un resserrement monétaire plus tôt que prévu

Aussi, pour éviter le déséquilibre monétaire, entre une injection massive de capitaux dans l'économie et une croissance moins vigoureuse que prévu, l'institution a déclaré qu'elle pourrait "bientôt" réduire ses achats d'obligations sur les marchés. Elle envisage une première hausse de taux plus tôt que prévu, 9 de ses 18 principaux responsables jugeant que le coût du crédit pourrait devoir augmenter en 2022.

Concrètement, cette réduction va concerner les 120 milliards de dollars de bons du Trésor et autres titres que la Fed achète chaque mois depuis le début de la crise. Elle va ainsi progressivement les diminuer, jusqu'à atteindre zéro. Le président de la Fed, Jerome Powell, a d'ailleurs déclaré qu'il serait "approprié" que ce processus débute "bientôt" pour s'achever d'ici à la mi-2022.

Une hausse des taux dès 2022 plutôt que 2023

En revanche, les taux directeurs, maintenus mercredi dans la fourchette de 0% à 0,25% dans laquelle ils avaient été abaissés en mars 2020, devraient y rester encore un moment.

A noter que le détail des nouvelles prévisions de la banque centrale montre aussi que deux membres du Federal Open Market Committee ont modifié leurs estimations en matière de taux en prévoyant désormais une hausse dès 2022 au lieu de 2023.

Lorsqu'elle opérera le relèvement des taux, celui-ci renchérira le coût du crédit - au final pour les entreprises américaines -, qui est actuellement historiquement bas.

La Fed va rester accommodante, même après la baisse des taux

Jerome Powell a ajouté que les conditions financières resteraient accommodantes même après l'arrêt des achats de la Fed et il a souligné que les décisions en matière d'achats d'actifs étaient distinctes de celles concernant les taux.

La hausse des taux d'intérêt devrait toutefois être relativement lente puisque le taux des fonds fédéraux ("fed funds"), qui reste pour l'instant fixé entre 0% et 0,25%, ne devrait atteindre que 1% en 2023 puis 1,8% en 2024, un niveau qui resterait considéré comme accommodant.

Durant cette période, la Fed laisserait l'inflation dépasser légèrement son objectif de 2%, conformément à la nouvelle stratégie adoptée l'an dernier.

A la clôture de Wall Street mercredi soir, les investisseurs ont digéré sans difficultés l'annonce d'un prochain resserrement monétaire de la Fed.

De même, la Bourse de Paris a progressé de 0,81% à l'ouverture jeudi au lendemain de cette réunion, profitant également d'un soulagement sur le dossier Evergrande, géant immobilier chinois qui croule sous le poids d'une dette colossale.

Lire aussi 6 mnL'inflation confirmée à 3% en zone euro, et après ?

(avec agences)

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Commentaire 1
à écrit le 24/09/2021 à 4:05
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Ca y est on rentre dans le dur. Ca va saigner.

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