Dans le sillage de la Fed, la BCE gardera le cap de sa politique accommodante

Afin de ne pas casser la croissance, la Banque centrale européenne ne devrait modifier que très légèrement le rythme du PEPP - ces rachats de dette publique et privée sur les marchés mis en place en début de crise -, lors de la prochaine réunion du conseil des gouverneurs le 9 septembre.

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Aucune grande décision de la BCE sur sa politique monétaire ne sera prise avant plusieurs mois, estiment les observateurs.
Aucune grande décision de la BCE sur sa politique monétaire ne sera prise avant plusieurs mois, estiment les observateurs. (Crédits : Kai Pfaffenbach)

Tout l'art de la communication des banques centrales est de ne surtout pas créer le moindre effet de surprise sur les marchés. C'est donc sans surprise que la banque centrale européenne (BCE) va annoncer, lors de la réunion des 25 membres du conseil des gouverneurs, le jeudi 9 septembre, une réduction de son programme d'achat dans le cadre du PEPP - ce gigantesque programme de 1.850 milliards d'euros mis en place l'an dernier en pleine crise sanitaire.

Philip Lane, l'économiste en chef de l'institution, avait déjà bien balisé le terrain fin août. Il avait en effet laissé entendre que la réduction du programme serait au menu de la prochaine réunion des gouverneurs compte tenu de la reprise économique en zone euro mais que la BCE maintiendrait sa politique de soutien face notamment au risque de la propagation du variant Delta du coronavirus.

Ajustement plutôt que tapering

Ainsi, le consensus des économistes table sur une réduction, d'ici la fin de l'année, des achats à 60 ou 70 milliards d'euros par mois, contre 80 milliards d'euros actuellement. « Il s'agit davantage d'un ajustement qu'un véritable tapering (réduction des achats, NDLR) », estime ainsi Saïdé El Hachem, gérant obligataire chez Vega Investments Managers.

Mieux, le consensus anticipe également le lancement par la BCE d'un nouveau programme relais de rachat d'actifs, à l'échéance du PEPP en mars 2022, et qui serait davantage investi en obligations privées que le PEPP (97% des achats portent sur la dette souveraine). Ce qui serait un élément fort de soutien du marché obligataire, notamment sur les compartiments les plus risqués.

« La BCE n'a aucun intérêt à s'engager sur la fin du PEPP six mois avant la fin prévue du programme d'urgence, alors que l'incertitude reste élevée concernant les effets du variant delta », confirme à l'AFP Frederik Ducrozet, stratégiste chez Pictet Wealth Management.

Débats sur l'inflation

Certes, la montée de l'inflation en zone euro à 3 % en août - un plus haut depuis 10 ans- suscite bien des débats sur la question du resserrement monétaire. Y compris au sein même du conseil des gouverneurs. Certains banquiers centraux, hostiles à la politique monétaire ultra-accommodante, comme Robert Holzmann, gouverneur de la banque d'Autriche ou Jens Weidmann, président de la Banque fédérale d'Allemagne, plaident pour un changement de cap pour enrayer l'inflation (voire la hausse du prix des actifs).

D'autres, la présidente de la BCE Christine Lagarde en tête, estiment toujours que cette inflation est temporaire (goulets d'étranglements liés à la forte reprise, hausse du prix des matières premières...) et que les facteurs déflationnistes structurels sont toujours à l'œuvre (mondialisation, vieillissement de la population...). C'est également le point de vue de la Réserve fédérale, malgré quelques voix divergentes.« Il faudrait que la perspective d'inflation ou la vision d'une spirale d'augmentation prix-salaires change pour que la BCE modifie significativement son cours », estime ainsi Carsten Brzeski, économiste chez ING, auprès de l'agence AFP.

La ligne dovish toujours à l'ordre du jour

Les messages des banquiers centraux sont en effet tout aussi dovish (priorité donnée à la croissance) d'un côté que de l'autre de l'Atlantique. « La Fed a clairement indiqué, notamment lors de la réunion de Jackson Hole, que le tapering aura lieu cette année mais aussi que le tapering n'est en aucun cas un signal de hausse des taux, qui n'interviendra pas avant 2023 », souligne Saïdé el Hachem. En revanche, le président de la Fed, Jerome Powell, n'a donné aucune indication sur les modalités de la baisse des rachats d'actifs, qui s'élèvent aujourd'hui à 120 milliards de dollars par mois.

Le message a d'ailleurs été reçu cinq sur cinq par les marchés. Après un point bas atteint par le 10 ans américain le 19 août dernier, les taux ont certes remonté à des niveaux plus conformes à la réalité de la reprise, tant aux Etats-Unis qu'en zone euro, tout en restant très bas. Du coup, cette hausse a finalement été interprétée comme un signal positif pour les marchés, comme un retour à une situation « plus normale ».

Preuve de la grande sérénité du marché, l'indice composite iTraxx Main (qui mesure l'écart de rendement entre un actif risqué de bonne qualité et un actif sans risque) oscille autour de 45 points de base, soit le niveau historiquement bas d'avant crise (il avait grimpé jusqu'à 145 points de base au plus fort de la crise du printemps 2020).

Cette inflexion prudente annoncée des politiques de quantative easing des banques centrales devrait donc s'engager sans à-coups. Chacun se souvient des communications maladroites qui avaient créé de sérieux remous sur les marchés obligataires en 2018. Aujourd'hui, la prudence est de mise et la BCE ne prendra aucun risque susceptible de gêner le rebond de la croissance et son financement par les marchés.

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Commentaires 3
à écrit le 06/09/2021 à 18:33
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"Dans le sillage de la Fed, la BCE gardera le cap de sa politique accommodante" toujours a copier ceux là, à se demander si la BCE a une pensée autonome ?

à écrit le 06/09/2021 à 15:56
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Les mégas riches sont dorénavant bien trop dépendants de tout ce cash devenu came tandis que ce sont eux qui l'ont anéanti le cash du fait de leurs paradis fiscaux.

à écrit le 06/09/2021 à 15:05
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Mais oui, c'est la faute au variant delta, continuez donc à nous prendre pour des ...

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