La « Global Britain » de Theresa May face au scepticisme de Davos

 |   |  1053  mots
Theresa May a prononcé une allocution très attendue à Davos, le 19 janvier.
Theresa May a prononcé une allocution très attendue à Davos, le 19 janvier. (Crédits : Reuters)
Dans un discours assez incantatoire, deux jours après celui dans lequel elle a tenté de redéfinir une stratégie mondiale pour la Grande Bretagne post-Brexit sur une posture de négociation dure avec l'Union européenne, Theresa May n'a pas convaincu à Davos sur la pertinence de ce pari qui ressemble à un chantage.

Brexit Time à Davos, jeudi 19 janvier, avec une intervention très attendue de la Première ministre britannique Theresa May, venue faire le service après-vente de la "Global Britain" énoncée deux jours plus tôt. Sur la forme, le contraste était saisissant entre le show man David Cameron, qui l'an dernier avait fait un stand-up seul sur scène, lançant lui-même le jeu des questions avec la salle, pour tenter de convaincre que finalement, le Royaume-Uni finirait par se rallier au Yes au référendum sur son maintien dans l'UE. Un an plus tard, patatras, c'est la gueule de bois, encore renforcée par la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine, et Theresa May a eu du mal à convaincre, bien sagement debout derrière son pupitre, que la Great Britain était en mesure de devenir la Global Britain qu'elle aspire à construire.

Sur le fond, de fait, Theresa May est restée dans l'incantation, se contentant de positionner son pays comme le champion de la globalisation, dont la mission est de défendre « les forces du bien » du libre-échange face aux partis populistes qui en Europe veulent le remettre en cause. "Le libre-échange a eu un impact positif sur le monde et permis à des millions de gens de sortir de la pauvreté", a-t-elle rappelé appelant à ne pas revenir aux erreurs des années 30. Pour autant, reconnaît Theresa May, des millions de gens sont désormais convaincus du contraire. Pour répondre à ce défi, la Première ministre britannique a proposé un manifeste en faveur d'une autre globalisation, plus inclusive, pour "restaurer la confiance de la population dans le marché libre". En clair, selon Theresa May, il faut changer la mondialisation pour mieux la préserver, une formule inspirée sans doute du comte de Lampedusa dans Le Guépard : "Tout changer pour que rien ne change". Theresa May n'est pas conservatrice pour rien !

"Prendre la maîtrise de notre destin"

S'affirmant "Premier ministre d'un pays qui regarde l'avenir avec confiance", Theresa May promet donc que la Grande-Bretagne jouera à l'avenir "un nouveau rôle pour défendre le marché libre", et voit une "chance unique" pour son pays dans la période qui va s'ouvrir. Une "route hardie et ambitieuse" dans lequel elle espère que le pragmatisme l'emportera. Après avoir indiqué mardi que "l'Europe ne doit pas s'affaiblir pour punir la Grande-Bretagne", elle assure que son pays ne veut pas "tourner le dos" à l'Europe et qu'il est "dans l'intérêt du Royaume-Uni que l'Union européenne soit un succès".

Sur la stratégie à venir, Theresa May est néanmoins sans ambiguité : Une « Global Britain », c'est "notre histoire et notre culture", celle d'un pays qui a toujours regardé "au-delà de l'Europe, vers des horizons plus larges". Le vote du Brexit "nous invite à prendre la maîtrise de notre destin". C'est le retour des rêves de l'empire britannique, avec la volonté de signer des accords de libre échange bilatéraux avec tous ceux qui le voudront bien : l'Union européenne, certes, mais aussi l'Australie, la Nouvelle Zélande, le Canada, la Chine, le Brésil, les pays du Golfe etc...

Par décence pour l'auditoire, elle n'a pas cité les Etats-Unis mais Donald Trump l'avait fait pour elle en affirmant dans sa récente interview à des journaux européens que la Grande-Bretagne avait pris une décision « intelligente » en quittant une Union européenne qui fonctionne dans "le seul intérêt de l'Allemagne". Et Trump d'annoncer un prochain accord de libre-échange entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni, là où Barack Obama avait au contraire indiqué vouloir attendre les résultats de la négociation avec l'Union européenne.

Repositionner le pays dans le monde

"Ce que nous voulons, c'est adopter le libre-échange authentique" (sic), a souligné Theresa May, une sorte d'hyper libre-échangisme global, dans le cadre d'un système multipolaire, mais avec des règles nouvelles, à définir, de "fair trade". Theresa May a ainsi promis de prendre la tête d'une croisade pour lutter contre ceux qui pratiquent "l'esclavage moderne".

Cette stratégie offensive, qui vise à positionner la Grande Bretagne comme la plateforme, le « hub », reliant le monde à l'Europe, une sorte de super-Singapour ou de super Hong Kong, aura aussi des conséquences fiscales. Après avoir déjà commencé à réduire l'impôt sur les sociétés, il est probable que la Global Britain devra, pour attirer les investisseurs et maintenir la place financière de Londres en dépit du Brexit, s'appuyer sur une stratégie de "paradis fiscal". L'Allemagne l'a bien compris et a averti la Grande-Bretagne à ce sujet.

Nouvelle stratégie de la Grande-Bretagne

Theresa May a aussi insisté sur la nécessité de mener des réformes sociales internes à son pays afin de répondre aux inquiétudes de ceux qui ont le sentiment que la mondialisation les laissent au bord du chemin. "La mondialisation doit profiter à tous"... Après dix ans pendant lesquels les Conservateurs ont mis en avant l'individu avec la "nouvelle société" axée sur la responsabilité de chacun, Theresa May incarne un tournant, qu'elle a appelé de "la société partagée". Le gouvernement va "engager des programmes sociaux actifs" afin de s'assurer que le libre-échange soit "bénéfique pour tous" en Grande Bretagne, a-t-elle indiqué.

Une nouvelle "stratégie industrielle moderne" sera mise en œuvre afin non seulement de continuer à attirer les investissements étrangers, mais aussi de soutenir l'emploi en Grande-Bretagne. Pas de chance pour Theresa May, son discours entre en contradiction avec les faits et n'a pas vraiment convaincu l'auditoire. En optant pour un Brexit dur, dans une forme de chantage à la Trump, elle risque de durcir encore les positions de l'Union européenne qui n'accordera guère de concessions dans la négociation à venir. Illustration, intervenue le jour même de sa venue à Davos, des conséquences de la perte plus que probable du « passeport financier » (qui a fait la fortune de la City), deux grandes banques ont annoncé qu'elles allaient transférer des équipes de Londres vers le continent : 1000 emplois à Paris pour HSBC, et autant à Francfort pour Goldman Sachs. La Global Britania ne pouvait plus mal commencer...

___

[ REPLAY ] Le discours de Theresa May, à Davos le jeudi 19 janvier 2017 >>

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 20/01/2017 à 10:19 :
Je ne suis vraiment pas sûr que Mme LePen qui est une grande admiratrice du Brexit et prône le Frexit envisage de faire une "global France" ouvrant son économie sur le grand large comme les Anglais vont le faire ! Ce sera plutôt le repli général à l'ombre protectrice du clocher du village...
a écrit le 20/01/2017 à 10:17 :
sacré theresa may, c el'art de dire tout et son contraire: sortir de l'UE et proclamer que le RU ne tourne pas le dos à l'UE, il faut oser le dire.
Quand on regarde ses propositions, c'est du grand n'importe quoi: en gros elle voudra avoir accés au marché commun sans y contribuer mais être capable de dicter seule les tarifs extérieurs. Bref, si on comparait avec un coupe, ils veulent divorcer, toujours manger à midi et le soit mais sans payer évidemment, profiter de son ex le samedi soir mais le reste de la semaine, pouvoir convoler avec n'importe qui, bref, le libertinage n'existe pas en économie de marché..Et quand à sa menace de ne pas avoir de deal, chiche !! Ils s'imagent vraiment en position de force alors qu'ils sont à poil complet, prétendre l'inverse est un déni de réalité donc ça va faire mal quand ils vont s'en rendre compte mais vous comprenez dans ce cas là, ils diront que ce sera aussi de la faute de l'UE s'ils n'obtiennent pas d'accords favorables...Quelle bande de gros naifs.
a écrit le 20/01/2017 à 9:39 :
je fais le pari que dans 5 ans la GB sera devant l Europe dans tous les domaines !!n en déplaise à tous les pleureurs du moment !!!ceux qui vont reculer en se regardant le nombril c est l Europe !!!
a écrit le 20/01/2017 à 8:03 :
L équivalent Briton de Bygmalion travaille à plein régime: Global Britain (trop classe!), société partagée (j'en pleure d'émotion)...Mme May fait ce qu'elle peut, c'est respectable, mais pas grand chose. Mais que faire au fond quand on est la leader de lemmings ayant choisi de se jeter d une falaise?

On entend parler que de la City, mais je pense que notre pays (et l UE) devrait tout faire pour attirer un grand nombre de gens parmi les 48% des Britanniques qui ont voté remain. Quand on voit les études sur le vote et les profils sociologiques ce serait vraiment gagnant/gagnant. Red carpet and welcome.
a écrit le 19/01/2017 à 22:04 :
Voilà, les intentions de Theresa May sont claires.
Le Royaume-Uni veut devenir un "hub" autrement dit servir de rampe d’accès au marché européen après avoir quitté l'UE en baissant les charges sur les entreprises.
Tout cela est d'une naïveté déconcertante.
a écrit le 19/01/2017 à 19:17 :
Soeur Theresa croit aux miracles certainement...May be or not May be that is a great question....
a écrit le 19/01/2017 à 17:39 :
cette dame est foncièrement optimiste ou pratique la méthode Coué. Le brexit risque à mon sens de lui procurer plus d'ennuis que d'avantages. Elle promet d'engager des programmes sociaux actifs qui ne peuvent se faire sans bourse déliée et le seul petit problème est que la situation financière de la GB risque de se trouver affectée par son nouveau statut, et je crains que les investissements étrangers ne seront pas aussi importants qu'elle le souhaite.
Réponse de le 19/01/2017 à 18:33 :
Elle a des armes.La planche a billets,employée jusqu'ici, qui n'a pas l'air d'entamer la crédibilité de la Livre.La City qui reste encore la première place financière,qui peut nuire aux économies faiblardes de beaucoup de pays européens.L'appui des "five eyes" dont les USA sont le chef de file et première puissance militaire mondiale,et économique avec un Dollar réplicable ad volontam, qui peut détruire n'importe quelle économie.La guerre économique donne, avec ce brexit, toute sa signification.
Réponse de le 19/01/2017 à 21:28 :
@onc
Je ne pense pas que la City soit une arme entre les mains de Theresa May. La City est une machine à fric et non pas un instrument au service du gouvernement britannique. Et même au contraire, l'avenir de la city dépend de ce que vont décider les dirigeants de l'UE. Après tout, l'UE n'a-t-elle pas intérêt à ce que la City transfère une partie de ses activités en Europe?
Quant à Trump, il n'est pas l'allié le plus fiable dont on puisse rêver...
a écrit le 19/01/2017 à 17:37 :
Discours incantatoire sur fonds de méthode Coué. Je pense qu'on oublie une donnée fondamentale: la monnaie, l'Euro. Le RU a conservé la livre anglaise et pourtant on a accordé à ses Banques le "fameux" passeport européen qui a permis à la City et plus globalement au RU de s'enrichir par la finance...Finance dont on sait qu'elle ne finance pas l'économie réelle, que la spéculation, la fraude fiscale, le blanchiment sont ses principales activités. C'est en priorité ce qu'il faut leur retirer, le Passeport européen.
a écrit le 19/01/2017 à 17:03 :
"Programmes sociaux actifs", "stratégie industrielle moderne", la Grande Bretagne aura sans doute plus besoins d'énergie nucléaire que de ressources financières.
a écrit le 19/01/2017 à 16:54 :
Ceux qui voient un chantage dans sa déclaration c'est qu'il se sente en état d'infériorité car qu'il y ait consensus ou pas les Britanniques redeviendront pleinement souverain!
a écrit le 19/01/2017 à 16:07 :
En faisant lanterner l'UE depuis 7 mois, May espérer bien profiter de dissensions entre les 27 pour tenter de conserver un accès au marché unique tout en réduisant la contribution britannique au budget de l'UE, en s'affranchissant de ses règles et normes, en ne respectant pas la liberté de circulation des ressortissants de l'UE. Bref c'était "retenez moi en acceptant mes caprices ou je fais un malheur", le chantage de Maggie "I want my money back" à la puissance 10000. Le bluff n'a pas fonctionné car :
1) il existe des précédents d'accès au marché unique pour des non-membres de l'UE. Il a fallu qu'ils respectent la liberté de circulation, l'application des normes et règlements de l'UE et qu'ils participent au financement de l'UE (à environ 90% du montant par habitant de l'actuelle contribution nette britannique). On voit mal comment le RU qui sort pourrait obtenir un traitement plus favorable que la Norvège (qui applique même Schengen) sans risquer immédiatement des revendications du même ordre de celle-ci.
2) May comptait sans doute sur les dirigeants eurosceptiques d'Europe de l'est (en Pologne et Hongrie par exemple) pour enfoncer un coin entre les 27. C'était ne même pas se rendre compte que ces pays sont très bénéficiaires (en financements mais aussi en développement économique) de leur appartenance à l'UE ; la Pologne s'est même offert le luxe de ne connaître aucune récession depuis 2007 malgré la crise, et par ailleurs ce sont les ressortissants des pays de l'Est qui sont le plus visés par la volonté britannique de supprimer la liberté de circulation pour les ressortissants de l'UE (le Royaume-Uni ne croule pas sous les allemands qui voudraient s'y installer).
Bref le Brexit dur et le global Britain de May ne sont qu'une mise en scène pour masquer le fait que le roi est nu. La globalisation n'a pas eu besoin du Royaume-Uni pour s'imposer à tous, dans et hors l'UE.
Réponse de le 19/01/2017 à 16:59 :
@Bruno_bd: pas faux du tout et point de vue respectable. Toutefois, May doit respecter le vote du Brexit sous peine d'éclatement du pays et ses choix sont donc restreints. Les Britanniques ont toujours voulu le beurre, l'argent du beurre et la crémière et c'est une reaction normale dans la mesure où chaque devrait défendre ses intérêts. Je sais, en France, les politiques défendent leurs propres intérêts au détriment de ceux du pays. Les pays de l'Est ont en effet largement profité de l'argent de l'UE pour se développer et je leur tire mon chapeau. Leurs migrants ont aussi fortement contribué aux transferts de fonds qui ont été une manne supplémentaire pour leurs économies. Bravo donc à ces pays. A long terme, et dans la mesure où les pays membres de l'UE ont du mal à se mettre d'accord sur des sujets simples, je ne crois pas que tout le monde agira d'un élan commun et c'est probablement sur cela que compte les Britanniques pour leurs échanges commerciaux. Prenons la Pologne par exemple, don't l'ennemi principal est la Russie et qui a de nombreux ressortiissants au Royaume-Uni. Les Américains veulent sortir de l'OTAN. Quels seront donc les nouveaux alliés de ce pays ? Que faire si leurs migrants sont viré du R.-U. ? Et les Allemands vont-ils faire ressurgir leurs vélléités face à ces pays somme toute mineurs ou les protéger contre les Russes. La situation est beaucoup plus complexe qu'elle ne le semble, et je crois que le moment venu, chacun verra midi à sa porte. Le mariage à vie est un concept d'une autre époque, quand les femmes étaient financièrement ou brutalement liées à leur mari :-)
Réponse de le 19/01/2017 à 19:49 :
@Patrickb : la Pologne se porte maintenant assez bien économiquement pour reprendre ses ressortissants partis au Royaume-Uni ; elle fera simplement venir un peu moins de plombiers ukrainiens.
a écrit le 19/01/2017 à 15:43 :
On n'a pas empêché le UK de faire tout ce qu'elle annonce maintenant.
Ca rime à rien son discours.
Bon vent.
Pauvres écossais et irlandais ...
a écrit le 19/01/2017 à 15:43 :
Les maitres du monde ne sont pas "convaincus" par le brexit donc, signe évident qu'il faut continuer dans ce sens.
Réponse de le 20/01/2017 à 14:54 :
Les "maîtres du monde" ne sont pas non plus convaincus par l'intérêt de se jeter du haut d'un pont. Ils ont forcément tort ?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :