LA TRIBUNE - En décembre, la Chine a stoppé net sa politique « zéro Covid ». En janvier, les autorités ont annoncé un taux de croissance économique de 3% pour 2022, sa progression la plus faible depuis quatre décennies (hors 2020). Est-ce pour cette raison qu'il y a eu ce changement de politique sanitaire?
NATHAN SPERBER - Ce choix résulte de plusieurs facteurs, économiques avec les difficultés du secteur immobilier, mais aussi politiques, après les manifestations de la population contre les confinements en novembre. L'apparition du variant Omicron, difficile à contrôler, obligeait à confiner de plus en plus de localités, de villes, de quartiers, de provinces, pour maintenir l'objectif de zéro infection. Tôt ou tard, Pékin devait donc abandonner cette politique pour tout un faisceau de raisons: économiques, sociales, et diplomatiques pour ses relations internationales alors que le reste du monde laissait l'épidémie derrière lui. La stratégie « zéro Covid », appliquée depuis 2020, avait dans un premier temps fait ses preuves face au risque d'infection, mais aussi d'un point de vue économique puisqu'il n'y a pas eu de confinement généralisé de tout le pays après février 2020, comme ce fut le cas en Europe de l'Ouest. En 2020, la Chine a enregistré une croissance de 2%, quand la zone euro était en récession entre - 5% à -10%. Et en 2021, son PIB continuait à progresser à un taux de 8%, alors que les pays occidentaux ne faisaient que rattraper la chute de 2020 dans les meilleurs des cas.
L'immobilier reste un problème pour l'économie chinoise?
Comme le secteur pèse près d'un quart du PIB, la corrélation est forte entre son évolution et celle de la croissance. C'est une menace si la construction et les transactions immobilières chutent, mais un pilier de l'activité économique dans le cas contraire. Néanmoins, ce secteur ne représente pas vraiment une menace exogène pour l'économie, car il est soumis à des contrôles multiples de la part des autorités politiques, ce que l'on semble ignorer en Occident. Les baisses et les expansions sont pour une bonne part des ajustements résultant de choix politiques.