La Russie revendique 1,2 million de kilomètres carrés de plus en Arctique

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La zone arctique est également un enjeu géostratégique majeur pour tous les pays limitrophes, Etats-Unis et Russie en tête.
La zone arctique est également un enjeu géostratégique majeur pour tous les pays limitrophes, Etats-Unis et Russie en tête. (Crédits : reuters.com)
La région polaire attise les convoitises avec ses vastes gisements de pétrole et, notamment, de gaz. Sa première requête rejetée en 2001, Moscou revient devant les Nations Unies après avoir mené plusieurs expéditions scientifiques dont les résultats sont censés prouver son droit à une plus grosse part du gâteau.

Mardi 4 août, la Russie a revendiqué auprès des Nations Unies la souveraineté sur plus de 1 million de kilomètres carrés de la zone Arctique, zone qui recèle de vastes réserves d'hydrocarbures. La Russie revient ainsi à la charge avec de nouvelles preuves près de quinze ans après le rejet d'une première requête.

Cette demande devrait accélérer la course aux revendications dans cette région inhabitée mais riche en ressources naturelles, que se disputent depuis des années la Russie, les États-Unis (avec l'Alaska), le Canada, la Norvège et le Danemark (avec le Groenland).

Dans sa requête déposée devant la Commission de l'ONU travaillant sur les limites du plateau continental, Moscou fait valoir que, au vu de ses recherches scientifiques, elle devrait avoir la souveraineté sur 1,2 million de kilomètres carrés supplémentaires dans l'Arctique.

La Russie invoque des arguments géologiques

En 2001, après une première demande des autorités russes jugée recevable, l'ONU avait réclamé à Moscou d'apporter davantage de preuves pour appuyer sa revendication.

Le droit de la mer fixe actuellement la zone économique exclusive d'un pays à 200 milles marins (environ 370 km) de ses côtes, lui donnant la souveraineté dans cette zone pour en exploiter les ressources. Au-delà, les eaux sont considérées juridiquement comme étant internationales.

Un pays a toutefois le droit de revendiquer l'extension de sa zone économique exclusive au-delà des 200 milles traditionnels, et jusque dans une limite de 350 milles, en faisant entrer en ligne de compte, études géologiques à l'appui, les limites de son plateau continental qui s'étend sous les eaux.

La Russie a ainsi mené plusieurs expéditions scientifiques polaires d'envergure pour collecter des données afin de prouver que les limites du plateau continental russe dans l'Arctique s'étendent bien au-delà de ses limites officielles actuelles.

Et en 2007, une expédition a effectué une plongée record dans les profondeurs de l'océan Arctique, plantant symboliquement à cette occasion un drapeau russe en titane au fond des eaux polaires, à la verticale exacte du pôle Nord géographique.

Les revendications de Moscou s'étendent jusqu'au pôle Nord et comprennent une partie de la dorsale de Lomonossov, également revendiquée par le Danemark et le Canada, ainsi que celle de Mendeleïev, considérée par la Russie comme étant partie intégrante du continent eurasiatique.

L'Arctique regorge de ressources naturelles

Si sa demande était reconnue comme légitime, elle donnerait potentiellement à la Russie l'accès à des réserves d'hydrocarbures d'un total de 4,9 milliards de tonnes, selon le gouvernement russe. Selon une étude américaine de 2008, 13% du pétrole et 30% du gaz naturel non découverts de la planète se trouvent dans le sous-sol du Grand Nord.

En outre, la fonte des glaciers pourrait ouvrir de nouvelles routes maritimes pour le commerce pendant l'été dès 2050, selon certaines études scientifiques.

Le Canada, la Norvège et le Danemark ont eux aussi organisé au cours des dernières années des missions scientifiques dans l'Arctique pour cartographier les fonds marins et étayer leurs revendications, déposées devant la commission des Nations unies.

"La fonte des glaciers dans l'Arctique met à nu une mer nouvelle et vulnérable, mais certains pays comme la Russie et la Norvège veulent la transformer en future Arabie saoudite. A moins d'agir, cette région pourrait se voir remplie de plateformes pétrolières et de flottes de navires de pêche", a dénoncé mardi l'ONG Greenpeace.

En effet, la région regorge de ressource halieutique, et d'espèces économiquement intéressante comme le précisait Didier Schmitt, conseillers scientifiques, en janvier 2014.

La zone a une grande importance stratégique et militaire

Mais au-delà de ses revendications territoriales, la Russie met l'accent depuis plusieurs années sur cette région stratégique, tant du point de vue économique que militaire.

Vladimir Poutine a ainsi ordonné en début d'année la mise en place d'une commission spéciale pour développer les projets économiques dans l'Arctique, tandis que des manoeuvres militaires d'ampleur s'y sont multipliées.

La doctrine militaire navale russe a également été modifiée en juillet pour mettre l'accent sur l'importance stratégique de la zone, avec notamment le développement de la Flotte du Nord. Dès 2008, le Kremlin avait validé une stratégie pour faire de la Russie "la principale puissance de l'Arctique" d'ici à 2020.

Selon Viktor Pospelov, un des scientifiques russes qui a participé à la préparation du dossier présenté par Moscou, la demande russe a un statut prioritaire puisqu'elle s'appuie sur une requête déjà déposée en 2001 et devrait être examinée en février. Les données fournies par Moscou seront ensuite étudiées pendant au maximum trois ans.

Un porte-parole de l'ONU a confirmé à l'AFP que la requête russe sera examinée en février ou mars 2016.

(Avec AFP)

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Commentaires
a écrit le 05/08/2015 à 22:53 :
pourquoi on ne laisse pas la nature comme elle est au mieux d'essayer de trouver une nouvelle façon de s'enrichir.
Certains slogans comme "l'énergie est notre avenir, économisons là" me fais bien rire quand on voit ce qui se passe dans le monde ... Essayez plutôt de trouver une façon d'améliorer les voitures électriques serait une chose plus judicieuse au mieux de pourrir la terre et son écosystème.
a écrit le 05/08/2015 à 20:22 :
AMHA, l’histoire sans importance. Avec la meme rhétorique du côté russe pendant des annees, la Norvege a eu quelques dizaines de milliers km2 de littoral de Mer de Barentz en 2010 (on dit avec beaucoup de ressorces divers). De plus l’exploitation des gisements en mer n’est pas trop bien devellopée en Russie.
Réponse de le 06/08/2015 à 8:15 :
@ex-moscovite: il s'agit pour l'instant de revendiquer la propriété du terrain. De toute manière, l'exploitation dans ces contrées est actuellement extrêmement difficile sans aller sous l'eau. Quand les conditions s'amélioreront, il sera facile de trouver des chaouches ou d'acheter les technologies adéquates pour l'exploitation.
a écrit le 05/08/2015 à 15:39 :
Consternant. Le monde SE TUE lui meme par sa voracité insatiable. La planète va de déséquilibres en déséquilibres. Les catastrophes " naturelles " vont s'amplifier. Les écosystèmes disparaitre, et l'etre humain sombrer. La Russie redevient l'U.R.S.S.S à l'intérieur et à l'extérieur. C'est ainsi, nous ne pouvons que subir.
a écrit le 05/08/2015 à 15:11 :
"certains pays comme la Russie et la Norvège veulent la transformer en future Arabie Saoudite" parce que je suppose que le Canada et les US veulent le terrain pour assurer la protection des champignons de Paris :-)

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