Impact du variant Omicron, difficultés d'approvisionnement, inflation..., l'économie mondiale traverse une nouvelle zone de fortes turbulences en cette fin d'année 2021. Après deux longues années de pandémie, les moteurs de la croissance risquent toujours d'être grippés par les variants du Covid en 2022, craint l'économiste en chef de l'OCDE Laurence Boone. Invitée le 15 décembre par le Cercle des économistes à un dialogue avec La Tribune, elle s'inquiète du déséquilibre entre les économies avancées et les pays émergents en raison du faible taux de vaccination dans certains Etats. "Il...... 50 milliards de dollars pour vacciner le monde entier", rappelle-t-elle. Pas si énorme pour espérer se débarrasser du risque Covid, au regard des dégâts économiques du virus.
LA TRIBUNE - Comment se caractérise la reprise économique heurtée par le variant Omicron à l'échelle mondiale ? A quoi faut-il s'attendre en 2022 ?
LAURENCE BOONE - La reprise continue mais il y a beaucoup de déséquilibres partout dans le monde, que ce soit entre les pays et à l'intérieur des pays. Ces déséquilibres peuvent se manifester dans les chaînes de production et dans l'inflation. Cette année 2022 va être un exercice d'équilibre. En 2021, le rebond du PIB a été très fort au niveau mondial à 5,6%. La croissance devrait passer à 4,5% en 2022 et 3,2% en 2023. Si des déséquilibres existent entre les différentes régions du monde, la dynamique est globalement la même à cet horizon.
La croissance rapide du variant Omicron nous rappelle qu'on est loin d'être sortis de la crise sanitaire. Néanmoins, avec la vaccination qui progresse, le soutien de la politique monétaire et budgétaire dans le monde, la reprise se poursuit et devrait atteindre un pic au tournant de 2021, puis revenir de manière assez graduelle au type de croissance d'avant crise. D'ici fin 2023, le monde devrait être revenu sur le sentier de croissance que l'on connaissait avant cette crise sanitaire. On est prudemment optimistes.
Quelles sont les principales divergences entre les Etats-Unis et la zone euro dans cette reprise ?
Il y a un certain nombre de déséquilibres à commencer par la façon dont les pays ont reconquis la croissance. La reprise est contrastée entre les Etats-Unis et la zone euro. En zone euro, beaucoup d'efforts ont été faits pour maintenir les personnes dans l'emploi et pour soutenir l'emploi. Cela se traduit par une situation sur l'emploi qui est revenue à son niveau d'avant-crise. Elle devrait continuer de s'améliorer dans les mois à venir.
Aux Etats-Unis, le taux d'emploi est à la traîne et ne devrait pas retrouver avant fin 2023 son niveau d'avant-crise. Le recul du PIB a été un peu plus limité en 2020 aux Etats-Unis par rapport à l'Europe. Et le rebond a été fort outre-Atlantique. Ce qui signifie qu'en cas de choc, l'emploi risquerait de souffrir aux Etats-Unis alors qu'en Europe, c'est plutôt la croissance.
Propos recueillis par Philippe Mabille et Grégoire Normand