Le Brésil en renfort de l’Opep+

Le pays sud-américain veut développer sa production pétrolière pour financer sa transition énergétique.
Plateforme d’exploitation et de stockage flottante gérée par Petrobras.
Plateforme d’exploitation et de stockage flottante gérée par Petrobras. (Crédits : © REUTERS/Ricardo Moraes)

Drôle de moment pour annoncer adhérer à l'Opep+. C'est pourtant ce que vient de faire le Brésil en déclarant rejoindre dès le 1er janvier l'alliance qui regroupe 23 pays producteurs et exportateurs de pétrole, alors que ce cartel, critiqué pour donner la priorité à sa manne financière plutôt qu'à la lutte contre le dérèglement climatique, est sous pression de la communauté internationale.

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Lors de sa venue à la COP28 la semaine dernière, le président brésilien Lula a prudemment justifié cette décision par la volonté de « convaincre les principaux pays producteurs de pétrole » de préparer la transition énergétique « sans combustibles fossiles ». Le pays, qui se veut pro-climat, n'aura qu'un statut d'observateur et ne sera pas soumis à des quotas de production. Mais il s'agit surtout d'unir le camp des pays du Sud pour se poser en alternative aux pays développés occidentaux. « Cette adhésion montre que le Brésil est prêt à soutenir le jeu des autres producteurs, explique Alexandre Kateb, économiste, fondateur du cabinet The Multipolarity Report et spécialiste des Brics. Elle s'inscrit aussi dans le rapprochement des agendas des Brics+ et de l'Opep+, qui offre à Brasília une plus grande visibilité. » En effet, la Chine et l'Inde sont des importateurs majeurs de pétrole et de gaz, et comptent parmi les principaux clients des membres de l'Opep+.

Passer du neuvième au quatrième rang mondial des producteurs

Avant de se vouloir le porte-parole des énergies renouvelables au sein de l'Opep+, le Brésil veut aussi participer à la politique de contrôle des prix du baril sur le marché international. « L'alliance Opep+ a en effet assuré la stabilité des marchés pétroliers », a expliqué Alexandre Silveira de Oliveira, le ministre brésilien des Mines et de l'Énergie, lors d'une réunion avec les autres ministres de l'alliance le 30 novembre, stabilité dont « le Brésil a bénéficié significativement ».

Le pays doit également investir massivement dans l'exploration et l'exploitation. « Cela va lui permettre d'avoir accès à d'autres sources de financement pour son développement, notamment à ceux des pays du Golfe, au moment où de plus en plus de banques et de fonds d'investissement en Occident se désengagent du secteur des hydrocarbures pour se conformer aux exigences de la lutte contre le dérèglement climatique », détaille Alexandre Kateb.

Le Brésil a pour ambition de passer du 9rang de producteur mondial de pétrole au 4d'ici à 2030, en augmentant de 80 % sa production par rapport à 2021. Un objectif porté principalement par la compagnie pétrolière publique Petrobras. Jean-Paul Prates, un Franco-Brésilien qui en a pris les rênes en début d'année, a précisé vouloir augmenter la production du géant pétrolier de 60% d'ici à 2030. Ce proche du président Lula, membre du Parti des Travailleurs (PT), prévoit même d'investir 102 milliards de dollars d'ici à 2028 pour développer la production et l'exploration. 70% seront affectés aux seules productions et explorations, pour développer l'exploitation en offshore profond au large des côtes de Rio de Janeiro et dans les gisements prometteurs près de l'embouchure du fleuve Amazone. Sur le restant, 11,5 milliards de dollars seront investis dans des projets bas carbone.

L'activité pétrolière et gazière pèse déjà 10% du PIB du pays

Le Brésil est en effet l'un des pays où le secteur énergétique est le moins carboné au monde. « Il a toujours vanté la décarbonation », rappelle Alexandre Kateb. Contrairement à d'autres pays producteurs d'hydrocarbures, le géant sud-américain peut se targuer de couvrir sa demande d'énergie primaire à presque 45% par les énergies renouvelables. Ainsi, en 2022, il n'a représenté que 1,3% des émissions mondiales de COcontre 30,7 % pour la Chine, 14 % pour les États-Unis, 1,8 % pour l'Arabie saoudite et 0,8 % pour la France, selon le Statistical Review of World Energy.

C'est en partie grâce à la production hydroélectrique de ses barrages, qui permet de couvrir 80 % de ses besoins en électricité. Et il poursuit ses investissements dans le solaire voltaïque, l'éolien et la bioénergie. En 2023, l'énergie solaire est devenue la deuxième source de la production d'électricité devant l'éolien.

Par ailleurs, le Brésil a la particularité d'avoir un parc automobile qui utilise massivement l'éthanol, extrait des déchets de la canne à sucre, dont il est le premier producteur mondial. Les autorités encouragent cette consommation en projetant de l'augmenter de 29 % d'ici à 2030 en portant sa part dans les modèles hybrides de 33% à 66%. Avec à la clé une réduction des émissions d'équivalent dioxyde de carbone de l'ordre de 11,6 millions de tonnes.

Pour poursuivre cette politique, le Brésil compte sur les revenus de l'or noir. Aujourd'hui, l'activité de l'industrie pétrolière et gazière pèse déjà 10 % du PIB du pays. « Le Brésil a besoin, à l'exemple d'autres pays producteurs comme la Norvège, la référence, ou encore l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, de se doter d'un fonds souverain abondé par les revenus des hydrocarbures qui puisse investir dans d'autres secteurs pour crédibiliser son engagement en faveur de la décarbonation et orienter les recettes pétrolières vers cet objectif », explique Alexandre Kateb. Ce serait dans la logique de la politique « pro-business » du président Lula.

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Commentaires 2
à écrit le 10/12/2023 à 10:30
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L'Opep+ ne cherche pas plutôt à réduire sa production?

à écrit le 10/12/2023 à 7:57
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Aucune manif de gauche pour s'indigner???????????? une bonne manif, comme avec TOTAL, et des politiciens d'ultra neo gauche qui viennent hurler le sauvetage de la planete et les superprofits?? ha ben non, quand on est d'extreme ultra gauche, pas d'in...

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