Le chef de l'OMC, bête noire de Trump, démissionne en pleine crise économique mondiale

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Roberto Azevedo, président de l'OMC (au flou, à dr.), lors d'un discours à Davos (Suisse) le 22 janvier 2020, sous le regard de Donald Trump qui n'a eu de cesse de critiquer les décisions de l'Organisation mondiale du commerce depuis le début de son mandat.
Roberto Azevedo, président de l'OMC (au flou, à dr.), lors d'un discours à Davos (Suisse) le 22 janvier 2020, sous le regard de Donald Trump qui n'a eu de cesse de critiquer les décisions de l'Organisation mondiale du commerce depuis le début de son mandat. (Crédits : Reuters)
Ce départ prématuré du Brésilien en septembre intervient au moment où l'économie mondiale enregistre son plus violent coup de frein depuis la Grande Dépression des années 1930. L'OMC traverse depuis des mois une crise profonde: en attaquant régulièrement les décisions de l'organisation, l'administration Trump a réussi à durablement entraver son action, sinon à la mettre hors service.

[Article publié le 14 mai 2020 à 17h49, mis à jour avec décision effective à 18h10]

La démission du directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), le Brésilien Roberto Azevedo, a fait l'effet d'une bombe jeudi, alors que la pandémie de coronavirus a mis l'économie mondiale à terre. Le chef de l'OMC a annoncé qu'il quitterait ses fonctions le 30 août, un an avant la fin de son second mandat, assurant ne pas nourrir d'ambitions politiques.

"Il s'agit d'une décision personnelle - une décision familiale - et je suis convaincu que cette décision sert au mieux les intérêts de cette organisation", a-t-il déclaré lors d'une réunion virtuelle de tous les membres de l'OMC.

Plus tôt dans la journée, alors que la confirmation officielle de l'OMC était attendue, Roberto Azevedo lui-même a justifié son départ au journal Valor en affirmant que "si ce n'était pas maintenant, ce serait pire" car "le processus normal de succession commencerait en décembre et se poursuivrait jusqu'en mai 2021, juste avant la préparation de la conférence ministérielle".

"Il faut profiter du temps que nous avons maintenant, alors que notre organisation est pratiquement à l'arrêt en raison de la pandémie, et utiliser ce temps de façon productive, pour choisir le nouveau directeur-général", qui prendra "probablement" ses fonctions en septembre, a-t-il expliqué.

L'annonce officielle de l'OMC est attendue à l'issue d'une réunion en cours entre Roberto Azevedo et les diplomates.

Ce départ prématuré du Brésilien en septembre intervient au moment où l'économie mondiale enregistre son plus violent coup de frein depuis la Grande Dépression des années 1930. Le commerce international est frappé de plein fouet par la pandémie de nouveau coronavirus qui a fait s'effondrer la production et les échanges.

L'OMC traverse quant à elle depuis des mois une crise profonde, le tribunal réglant les litiges commerciaux entre ses membres ne pouvant plus compter sur son organe d'appel, bête noire de Washington.

Cette démission "tombe à un bien mauvais moment pour l'institution", estime ainsi Sébastien Jean, directeur du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII).

"Le système commercial est profondément déstabilisé à la fois par les tensions préalables, notamment les critiques acerbes du président américain, les entorses multiples aux accords, la guerre commerciale US-Chine et la paralysie de l'organe d'appel, et par les mesures commerciales prises en réaction à la crise, notamment les restrictions aux exportations diverses et variées", explique-t-il à l'AFP.

Un fin négociateur

Diplomate de carrière, Roberto Azevedo, qui a pris la tête du gendarme du commerce mondial en 2013 en succédant au Français Pascal Lamy, a commencé son second mandat de quatre ans en septembre 2017. Son mandat devait en principe s'achever fin août 2021.

Avant d'être le patron de l'OMC, il était depuis 2008 le représentant permanent du Brésil auprès de cette organisation où il s'était forgé une réputation de fin négociateur. Il avait ainsi été chef de délégation dans des litiges clés remportés par le Brésil à l'OMC: dans le cas des subventions pour le coton contre les États-Unis et des subventions à l'exportation de sucre contre l'Union Européenne.

Lors de sa première candidature, il avait d'ailleurs mis l'accent sur le fait que son élection débloquerait les négociations commerciales qui étaient au point mort depuis des années.

Et en 2014, après six mois de blocage, les Etats membres de l'OMC avaient donné leur feu vert au lancement d'un accord douanier historique (TFA) visant à dynamiser le commerce mondial, en simplifiant les procédures douanières.

Sous haute pression américaine

Mais les pays peinent depuis à conclure de nouveaux accords, et n'arrivent même pas à trouver une entente pour interdire les subventions favorisant la surpêche. La conclusion d'un accord à ce sujet a échoué lors de la 11e ministérielle de l'OMC à Buenos Aires fin 2017, et la 12e ministérielle, qui devait se tenir du 8 au 11 juin à Nur-Sultan au Kazakhstan et sur laquelle l'OMC avait fondé tous ses espoirs, a dû être reportée en raison de la pandémie de Covid-19.

Malgré ses tentatives de discussions, Roberto Azevedo n'a pas non plus réussi à empêcher les Etats-Unis de tordre le bras juridique de l'OMC. L'instance d'appel de l'organe de règlement des différends (ORD) de l'OMC, dont la nomination des juges est bloquée par Washington, n'est en effet plus opérationnelle depuis le 11 décembre, faute de magistrats suffisants.

Depuis l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, l'organisation internationale et son patron assistent par ailleurs, impuissants, aux hostilités commerciales entre les Etats-Unis, la Chine et l'Union européenne.

Les États-Unis pressent d'ailleurs l'OMC de réviser le statut de la Chine, qui selon Washington usurpe son statut de pays en développement pour en tirer un avantage économique.

Le successeur ? Ni chinois ni américain

Reste à savoir qui pourrait reprendre la tête de l'OMC. A Genève, les regards se tournent vers l'Afrique, selon plusieurs sources diplomatiques.

"Il y a un consensus (...) pour que la succession ne revienne pas à une grande puissance économique, et ça ne peut être ni un Chinois ni un Américain" compte tenu de la guerre commerciale que se livrent les deux puissances, indique une source diplomatique à l'AFP.

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VIDÉO

En juillet 2018, en pleine guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, voici comment le patron de l'OMC expliquait à la chaine américaine CNBC que l'OMC "n'était pas cassée"

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