"Les cours du blé devraient augmenter de plus de 40 %" et atteindre un niveau record en valeur nominale cette année, "ce qui pénalisera les économies en développement qui dépendent des importations, notamment en provenance de Russie et d'Ukraine",...
La guerre en Ukraine va amplifier la tendance haussière sur les marchés de l'énergie, des métaux et des produits agricoles, qui devrait perdurer jusqu'à 2024, affirme la Banque mondiale dans un rapport. L'institution critique certaines décisions politiques de court-terme qui ne font que nourrir l'inflation et ralentir la transition énergétique, et préconise de prendre des mesures qui s'inscrivent davantage dans le long terme.
Les conséquences de la guerre en Ukraine déclenchée par la Russie le 24 février 2022 vont "provoquer un choc majeur sur les marchés des produits de base et modifier la physionomie des échanges, de la production et de la consommation dans le monde", alerte la Banque mondiale, dans la dernière édition de son rapport Commodity Markets Outlook. Les prix des matières premières avaient déjà fortement augmenté avant février 2022 en raison du fort rebond de la demande mondiale à l'issue des confinements imposés par la pandémie du Covid-19. L'offre réduite en raison de la perturbation des chaînes d'approvisionnement et des années de sous-investissements dans ces secteurs ont créé des tensions sur ces marchés qui vont perdurer jusqu'en 2024.
"Le spectre de la stagflation"
Cette conjoncture a d'ailleurs amené le FMI a révisé à la baisse ses perspectives de croissance, publiées la semaine dernière. Le Fonds table désormais sur une progression du PIB mondial de 3,6% cette année, soit 0,8 point de moins que son estimation de janvier, et 3,6% également pour 2023 (-0,2 point). L'année dernière, l'activité avait progressé de 6,1%.
« Globalement, il s'agit du plus grand choc sur les produits de base que nous ayons connu depuis les années 1970. Comme c'était le cas à l'époque, ce choc est aggravé par une recrudescence des restrictions au commerce des denrées alimentaires, du carburant et des engrais », explique Indermit Gill, vice-président de la Banque mondiale pour le pôle Croissance équitable, finances et institutions, qui ajoute que « ces phénomènes ont commencé à faire planer le spectre de la stagflation. »
A titre de comparaison, la hausse des prix de l'énergie de ces deux dernières années « a été la plus importante depuis la crise pétrolière de 1973 », précise le rapport, en projetant qu'ils vont probablement grimper de plus de 50 % en 2022 avant de baisser de 12,4% en 2023.
Concrètement, le cours du baril de Brent, la référence du pétrole brut en Europe, devrait coter une moyenne 100 dollars le baril en 2022, soit son plus haut niveau depuis 2013, ce qui représente une appréciation de plus de 40% par rapport à 2021. Il devrait baisser à 92 dollars en 2023, ce qui restera largement au-dessus des 60 dollars, la moyenne des dernières années.
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