Le choc de la guerre en Ukraine entraîne une flambée durable des prix des matières premières

La guerre en Ukraine va amplifier la tendance haussière sur les marchés de l'énergie, des métaux et des produits agricoles, qui devrait perdurer jusqu'à 2024, affirme la Banque mondiale dans un rapport. L'institution critique certaines décisions politiques de court-terme qui ne font que nourrir l'inflation et ralentir la transition énergétique, et préconise de prendre des mesures qui s'inscrivent davantage dans le long terme.
Robert Jules
Les cours du blé devraient augmenter de plus de 40 % et atteindre un niveau record en valeur nominale cette année, ce qui pénalisera les économies en développement qui dépendent des importations, notamment en provenance de Russie et d'Ukraine, indique la Banque mondiale dans son rapport sur les perspectives des marchés des matières premières.
"Les cours du blé devraient augmenter de plus de 40 %" et atteindre un niveau record en valeur nominale cette année, "ce qui pénalisera les économies en développement qui dépendent des importations, notamment en provenance de Russie et d'Ukraine", indique la Banque mondiale dans son rapport sur les perspectives des marchés des matières premières. (Crédits : Reuters)

Les conséquences de la guerre en Ukraine déclenchée par la Russie le 24 février 2022 vont "provoquer un choc majeur sur les marchés des produits de base et modifier la physionomie des échanges, de la production et de la consommation dans le monde", alerte la Banque mondiale, dans la dernière édition de son rapport Commodity Markets Outlook. Les prix des matières premières avaient déjà fortement augmenté avant février 2022 en raison du fort rebond de la demande mondiale à l'issue des confinements imposés par la pandémie du Covid-19. L'offre réduite en raison de la perturbation des chaînes d'approvisionnement et des années de sous-investissements dans ces secteurs ont créé des tensions sur ces marchés qui vont perdurer jusqu'en 2024.

"Le spectre de la stagflation"

Cette conjoncture a d'ailleurs amené le FMI a révisé à la baisse ses perspectives de croissance, publiées la semaine dernière. Le Fonds table désormais sur une progression du PIB mondial de 3,6% cette année, soit 0,8 point de moins que son estimation de janvier, et 3,6% également pour 2023 (-0,2 point). L'année dernière, l'activité avait progressé de 6,1%.

« Globalement, il s'agit du plus grand choc sur les produits de base que nous ayons connu depuis les années 1970. Comme c'était le cas à l'époque, ce choc est aggravé par une recrudescence des restrictions au commerce des denrées alimentaires, du carburant et des engrais », explique Indermit Gill, vice-président de la Banque mondiale pour le pôle Croissance équitable, finances et institutions, qui ajoute que « ces phénomènes ont commencé à faire planer le spectre de la stagflation. »

A titre de comparaison, la hausse des prix de l'énergie de ces deux dernières années « a été la plus importante depuis la crise pétrolière de 1973 », précise le rapport, en projetant qu'ils vont probablement grimper de plus de 50 % en 2022 avant de baisser de 12,4% en 2023.

Concrètement, le cours du baril de Brent, la référence du pétrole brut en Europe, devrait coter une moyenne 100 dollars le baril en 2022, soit son plus haut niveau depuis 2013, ce qui représente une appréciation de plus de 40% par rapport à 2021. Il devrait baisser à 92 dollars en 2023, ce qui restera largement au-dessus des 60 dollars, la moyenne des dernières années.

De même, en raison des perturbations du commerce et de la production consécutives à la guerre, les cours du gaz naturel en Europe devraient être deux fois plus élevés en 2022 qu'en 2021, tandis que les prix du charbon devraient être supérieurs de 80%. Dans les deux cas, il s'agit de pics historiques.

Les produits alimentaires devraient s'apprécier de 22,9%

Quant à la hausse « des matières premières alimentaires — dont la Russie et l'Ukraine sont de grands producteurs — et des engrais, dont la production dépend du gaz naturel, (elle) n'ont jamais été aussi forte depuis 2008 », constate l'institution internationale. Les produits agricoles - comme les métaux - devraient ainsi voir leurs prix augmenter de près de 20% en 2022. De même, les produits alimentaires devraient augmenter de 22,9% cette année, avant de baisser de 10,4% l'année prochaine. En 2021, ils avaient déjà bondi de 31% (voir graphique ci-dessous) !

« La forte hausse des prix des intrants tels que l'énergie et les engrais pourrait provoquer une baisse de la production alimentaire, notamment dans les économies en développement. L'utilisation réduite d'intrants pèsera sur la production et la qualité des aliments, ce qui affectera les disponibilités alimentaires, les revenus des populations rurales et les moyens de subsistance des pauvres », avertit John Baffes, économiste senior au sein de la division Perspectives de la Banque mondiale. Avec le risque pour les gouvernements d'être confrontés à une explosion sociale, notamment dans les pays émergents.

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produits agricoles

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En détail, « les cours du blé devraient augmenter de plus de 40 % » et atteindre un niveau record en valeur nominale cette année, « ce qui pénalisera les économies en développement qui dépendent des importations, notamment en provenance de Russie et d'Ukraine ».

Les prix des métaux en hausse de 16%

Les prix des métaux devraient pour leur part progresser de 16% en 2022 avant de s'atténuer en 2023, mais en se maintenant à des niveaux élevés. En cas de guerre prolongée ou de nouvelles sanctions contre la Russie, « ils pourraient devenir encore plus élevés et plus volatils que ce qui est actuellement prévu », avertit la Banque mondiale.

Ces projections de la Banque mondiale résultent d'une analyse comparée de l'impact des guerres sur les marchés des produits de base, dont il ressort que « les répercussions de la guerre pourraient être plus durables que celles des chocs précédents ».

L'institution avance deux arguments pour l'expliquer. D'abord, aujourd'hui, il est difficile de substituer une source d'énergie fossile par une autre, car les prix du pétrole, du gaz naturel et du charbon atteignent des niveaux historiquement élevés. Ensuite, l'augmentation des prix de certaines matières premières se transmet à d'autres produits. Ainsi, celui du gaz naturel rend plus cher le prix des engrais, qui eux-mêmes renchérissent les coûts des produits agricoles qui se répercutent sur le consommateur final.

Sur ce point, la Banque mondiale critique les décisions politiques qui, selon les pays, ont consisté à alléger la fiscalité des hydrocarbures ou de subventionner les ménages ce « qui aggravent souvent les insuffisances de l'offre et les pressions sur les prix ». Des décisions politiques de court-terme, qui n'appliquent pas des « mesures à long terme visant à réduire la demande d'énergie et à favoriser d'autres sources d'approvisionnement ».

« La hausse des prix des denrées alimentaires et de l'énergie qui en résulte a un coût humain et économique considérable et risque de freiner les progrès en matière de réduction de la pauvreté. En outre, cette augmentation des prix des matières premières exacerbe les pressions inflationnistes déjà élevées partout dans le monde », souligne Ayhan Kose, directeur de la division Perspectives de la Banque mondiale, qui produit le rapport. Aux Etats-Unis, l'inflation est au plus haut depuis 40 ans, s'affichant à 8,5% sur un an au mois de mars. Dans la zone euro, elle atteint 7,5%, son plus haut niveau depuis la création de monnaie unique.

Aussi, s'adressant aux décideurs politiques, le rapport préconise « de recourir à des dispositifs de protection sociale ciblés, tels que les transferts en espèces, les programmes de repas scolaires et les chantiers de travaux publics, plutôt qu'à des subventions aux denrées alimentaires et aux carburants ».

L'institution souligne également l'importance des circuits commerciaux, dont le coût va augmenter, en raison de la plus grande distance entre le fournisseur et le consommateur, par exemple pour le charbon « encombrant et coûteux à transporter », tout comme pour le gaz naturel et le pétrole, comme il apparaît en Europe avec la nécessité de construire des infrastructures pour recevoir le GNL.

La transition énergétique perturbée

Autre conséquence, et non des moindres, la hausse des prix perturbe la transition énergétique pour décarboner les activités économiques. Les prix élevés poussent les pays producteurs d'énergie fossile à augmenter leur production pour répondre à la demande. De même, le prix élevé des métaux comme l'aluminium ou le nickel, fait grimper le coût de production des énergies renouvelables, notamment les batteries pour véhicules électriques, l'éolien et le solaire.

Selon l'institution, face au choc d'offre, la priorité est d'investir dans l'efficacité énergétique, notamment celle des bâtiments, tout en accélérant le développement "de sources d'énergie neutres en carbone, à l'image des énergies renouvelables". Et il y a urgence pour la Banque mondiale.

Robert Jules

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Commentaires 9
à écrit le 28/04/2022 à 14:25
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Le boomerang dans la figure des euro-béats!

à écrit le 28/04/2022 à 0:32
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Tiens pas de commentaires de @ la chose, @ britannicus, @citoyen blasé., @bah, etc… eux si prolixe habituellement étrange? @ gedeon toujours aussi incorrigible toujours le ménage discours .. ouvrez vos chakras , respirez profondément … regardez comm...

le 28/04/2022 à 13:02
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@Brett : mais non, Brett, vous n'êtes pas seul, courage...

à écrit le 27/04/2022 à 20:24
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Gurdial. Moissons indiennes comme quoi on est pas obligé d'avoir de la peinture fraiche sur de la tôle a plusieurs centaines de milliers d'euros dans la cour pour arriver a faire quelque chose. Un pays tellement riche qu'ils se payent le luxe d'avoi...

à écrit le 27/04/2022 à 20:07
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Demandez aux américains qui pilotent l' opé ukraine via l' état profond us, et ensuit revenez vers Macron le young global leader, sujet des américains. Il faut coller au plan Schwab du great reset et donc, quoi de mieux ...

à écrit le 27/04/2022 à 19:40
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C'est du flan ! Vos arguments ne sont rien d'autre que les éléments de langage distillés par le monde de la finance pour cacher la cause majeur de cette inflation : l'accaparement méthodique par spéculation sur ces matières 1ères créant une pénurie a...

le 27/04/2022 à 22:27
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Eh bien on va moins manger, de toutes façons on est trop gros, on va moins rouler en voiture, moins prendre l'avion, utiliser une huile autre que de tournesol, moins utiliser le gaz et on va d'adapter. Forcément. Au passage, ça ne fera pas de mal à ...

le 28/04/2022 à 0:06
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La « grande démission » présente aux usa ( salariés ayant démissionnés pendant et après le covid) touchent deux. Millions de salar d’us plutôt diplôme ou bien formé . La France dans une moindre mesure connaît le même phénomène mai sur des secteurs p...

le 28/04/2022 à 0:08
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La « grande démission » présente aux usa ( salariés ayant démissionnés pendant et après le covid) touchent des Millions de salaries d’us plutôt diplômes ou bien formés . La France dans une moindre mesure connaît le même phénomène mais sur des secteu...

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