Le Doge d'Elon Musk pourrait accéder aux outils du fisc
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La création du Doge a été ordonnée par Donald Trump qui en a confié la direction à Elon Musk (photo d'archive).
Benoit Tessier
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La création du Doge a été ordonnée par Donald Trump qui en a confié la direction à Elon Musk (photo d'archive).
Benoit Tessier
[Article publié le lundi 17 février 2025 à 10h19, mis à jour à 11h22] Le département de l'Efficacité du gouvernement américain (Doge), pilotée par Elon Musk, n'en finit pas de s'immiscer dans les affaires des différents ministères. Dernier projet en date d'après le Washington Post : accéder aux outils du fisc. Le quotidien américain affirme avoir eu accès à un projet d'accord pour permettre à un employé du Doge de travailler pendant 120 jours à l'Internal Revenue Service (IRS), l'administration fiscale américaine.
Cela inquiète ce service, toujours d'après le journal qui cite trois sources proches du dossier sous couvert d'anonymat. Car, si cet accord se confirme, l'employé pourrait accéder aux différents systèmes et bases de données, notamment l'IRS, particulièrement sécurisé et restreint. Ce dernier permet un « accès visuel instantané à certains dossiers de contribuables », selon un document interne au service cité par le média Axios.
Un responsable de l'administration Trump a justifié auprès du Washington Post que le Doge avait besoin d'accéder à l'IRS pour « éliminer les gaspillages, fraudes, abus et améliorer les performances du gouvernement ». Il a par ailleurs assuré que cela était fait dans un cadre « légal et avec les accréditations de sécurité appropriées ». Harrison Fields, un porte-parole de la Maison Blanche, interrogé par NBC, a appuyé ces propos en expliquant qu'il « faut un accès direct au système pour identifier et régler » les problèmes.
Pour rappel, la création du Doge a été ordonnée par Donald Trump lors de son accession au pouvoir fin janvier. Son objectif est de réformer en profondeur l'appareil d'État américain pour réduire les dépenses publiques. Le président américain en a confié les manettes à l'homme d'affaires Elon Musk - patron du réseau social X, de Tesla ou encore de SpaceX -, qui vise pas moins de 1.000 milliards de dollars d'économies.
Et les premières démarches n'ont pas tardé à se mettre en place. Depuis l'investiture du républicain, plusieurs dizaines de jeunes informaticiens du Doge, sans expérience du fonctionnement de l'État fédéral, fouillent les bases de données des ministères pour y trouver des sources d'économies potentielles. Ainsi, certains d'entre eux ont obtenu accès au système de paiement fédéral, un logiciel du Trésor américain qui assure tous les versements effectués par le gouvernement et ses entités. Ils ont également contribué à la suspension des aides de l'Agence américaine pour le développement international (USAID) ou mis fin à des dizaines de programmes et financements initialement prévus par le département de l'Éducation (DOE).
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Dans le viseur également du Doge : les fonctionnaires fédéraux. Le gouvernement américain a proposé fin janvier à nombre d'entre eux de... démissionner. En contrepartie : un salaire et des avantages sociaux conservés jusqu'à la fin septembre. Et ceux qui restent ont été prévenus que ni « la pérennité » de leur poste ni celle de leur administration n'est garantie. Une initiative qui vise à réduire les effectifs de 5 à 10 %, permettant ainsi, selon les projections, une économie de 100 milliards de dollars.
Une coupe drastique qui pourrait concerner l'administration fiscale américaine. Le Washington Post a affirmé vendredi, en citant six sources proches du dossier sous couvert d'anonymat, que l'administration Trump pourrait mettre un terme au contrat de près de 9.000 employés de l'IRS, actuellement en période d'essai, travaillant spécifiquement sur la collecte de l'impôt. Le journal rappelle que les Républicains dénoncent de longue date l'effectif trop important selon eux de ce service, passé d'environ 90.000 personnes à près de 100.000 en 2023.
Ces initiatives ont fait l'objet de recours en justice. Plusieurs dizaines d'anciens fonctionnaires ont en effet saisi les tribunaux, accusant Elon Musk et le Doge d'avoir accédé illégalement à des données confidentielles relatives à des résidents américains.
Outre l'accès à des données personnelles, les inquiétudes portent sur la sécurité informatique. Car, dans plusieurs cas, l'intervention des ingénieurs du Doge coïncide avec la mise à l'écart de fonctionnaires chevronnés, habitués de ces systèmes numériques et de leurs vulnérabilités. Et l'arrivée de ces ingénieurs a été si rapide et marquée par si peu de collaboration avec les équipes en place que certains s'inquiètent quant à la préservation de l'étanchéité des données publiques, consultées et manipulées par des informaticiens extérieurs au gouvernement, parfois en utilisant des serveurs privés.
« À chaque fois que vous introduisez un nouveau système informatique dans un ancien, si la sécurité n'est pas une priorité dans votre démarche, cela ouvre la porte au renseignement étranger et à des cybercriminels », a récemment averti Eric O'Neill, ancien du FBI et consultant du cabinet spécialisé NeXasure. Et Michael Daniel, ancien coordinateur cybersécurité de Barack Obama, aujourd'hui à la tête de l'organisation Cyber Threat Alliance, d'abonder : « Les Chinois, les Russes ou d'autres services de renseignement mettent leurs meilleurs éléments sur des projets qui visent le gouvernement américain et ils tireront parti de toute opportunité. »
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Dans une tribune intitulée « Doge pirate l'Amérique », publiée sur le site Foreign Policy, Bruce Schneier, expert en sécurité à Harvard et Davi Ottenheimer d'Inrupt, un gestionnaire de données, résument ainsi la situation : « En l'espace de quelques semaines, le gouvernement américain vient de s'exposer à la faille de sécurité la plus conséquente de son histoire. » L'avenir confirmera, ou non, ce mauvais présage.
(Avec AFP)
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