ENTRETIEN. Florence Pisani, cheffe économiste du gestionnaire d'actifs Candriam, analyse pour La Tribune comment les promesses de Donald Trump pourraient être rattrapées par la réalité économique aux États-Unis.
LA TRIBUNE - Fitch s'attend à voir la croissance américaine ralentir à cause de la politique de Trump en matière de droits de douane. Quelles conséquences cette dernière pourrait-elle avoir sur l'économie américaine selon vous ?
FLORENCE PISANI - Pour l'instant, Donald Trump a décidé une hausse des droits de douane de 10 % sur la Chine et de 25 % sur l'acier et l'aluminium. Cela reste relativement modeste. Les droits moyens étaient de l'ordre de 3 % et vont approcher 4,5 %. La vraie question, c'est : jusqu'où va-t-il aller ? Pour le Mexique et le Canada, qui sont des partenaires historiques, il a menacé de mettre en place 25 % de droits de douane, mais il les a suspendus pendant un mois.
S'il appliquait ces droits de douane sur ces deux pays, le choc serait important. S'il fait ce qu'il a promis durant la campagne (60 % sur la Chine et 10 à 20 % sur le reste du monde), le choc sera plus violent encore : l'inflation montera de deux points et pèsera fortement sur le pouvoir d'achat des ménages américains.
Si, en même temps, il tient ses promesses sur l'immigration, cela tendra le marché du travail et renforcera encore les pressions inflationnistes. La Réserve fédérale sera contrainte de monter ses taux... poussant l'économie américaine vers la récession.
Les baisses d'impôts sont-elles également de nature à faire repartir l'inflation américaine ?
Tout dépend à nouveau de ce qui sera effectivement mis en œuvre. Trump a fait plusieurs promesses. Il veut prolonger les baisses d'impôts mises en place en 2017, le fameux TCJA [loi sur les réductions d'impôts et les emplois]. Ce volet, le plus coûteux, augmentera le déficit public de 5 000 milliards de dollars sur dix ans, mais ne stimulera pas l'activité, car ces baisses d'impôts sont déjà en place.
Donald Trump a par ailleurs promis de nouvelles baisses d'impôts à destination de la classe moyenne : exonérations des heures supplémentaires, des pourboires et des retraites de sécurité sociale. Ces trois mesures coûteraient au budget américain 2 300 milliards de plus sur dix ans, mais pourraient stimuler l'activité à hauteur d'un point de PIB.
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