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ÉconomieInternational

Ukraine : les pays européens continuent d’importer massivement du gaz russe

latribune.fr

Publié le 15 mars 2022 à 16:02 - Mis à jour le 15 mars 2022 à 16:02

Gazoduc Yamal-Europe, pipeline, gaz

Le Gazoduc Yamal-Europe est l'une des principales infrastructures qui permet de faire transiter le gaz russe en Europe. Il fonctionne à plein régime.

Reuters

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Piégée par le gaz russe, l'Europe tente de se détacher de cette source d'approvisionnement essentielle à son activité économique. Mais alors que les Américains et les Britanniques ont décidé d'un embargo sur les hydrocarbures, les livraisons de gaz russe aux pays européens ont flambé depuis le début du conflit. Après une hausse de plus de 900% l'an dernier, les prix commencent même à reculer, selon le TTF néerlandais, la référence du marché du gaz naturel européen. De quoi continuer, pour le moment, à financer la guerre de Vladimir Poutine.

C'est pour le moins surprenant. Alors que le prix du baril de pétrole est toujours à un niveau élevé, notamment depuis l'embargo américain sur l'or noir russe annoncé la semaine dernière, les prix du gaz naturel sont en chute libre en ce début de semaine, alors que la guerre entre la Russie et l'Ukraine se poursuit. Surtout, les livraisons à destination de l'Europe sont au plus haut. Contrairement au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, l'Union européenne a refusé de décréter un embargo sur les hydrocarbures russes en représailles à l'intervention militaire du Kremlin.

Les prix du gaz naturel européen ont ainsi chuté de plus de 66% en une semaine, par rapport au sommet historique à 345,00 euros le mégawattheure (MWh). La référence du marché du gaz naturel européen, le TTF néerlandais, évoluait lundi à 114,52 euros le MWh. Toutefois, sur un an, les prix ont bondi de... 930%.

Les livraisons à destination de l'Europe au plus haut

Cette chute des prix intervient alors que les livraisons de gaz russe à l'Europe coulent à flot. Elles ont augmenté de 3% par rapport à la semaine dernière, "les niveaux les plus élevés depuis décembre 2021", souligne Kaushal Ramesh, analyste pour Rystad Energy.

Selon le chef économiste de l'assureur Allianz, Ludovic Subran, les importations de gaz russe via les terminaux à destination de l'Europe ont bondi depuis le début de l'invasion, comme le démontre ce graphique ci-dessous.

"Aux prix actuels, c'est un beau butin pour le Kremlin", a commenté sur Twitter Javier Blas, analyste influent des matières premières et éditorialiste chez Bloomberg, notant que les flux sont élevés également aux points d'arrivée de Velke et de Nord Stream 1.

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Le géant gazier russe Gazprom - pourtant proche du défaut de paiement selon les agences de notation anglosaxonne - a en effet affirmé que ses livraisons transitant par l'Ukraine étaient "régulières" et remplissaient ses obligations contractuelles de livrer un peu plus de 109 millions de mètres cubes par jour par ce biais. A Mallnow, un point d'arrivée en Allemagne du gazoduc Yamal-Europe, les livraisons - perturbées pendant quelques jours après l'entrée de troupes russes en Ukraine le 24 février - ne font qu'augmenter depuis et ont atteint ces derniers jours leurs plus hauts niveaux depuis cette date. Selon le portail Gascade, elles sont tombées à zéro le 24 et le 27 février et ont ensuite fluctué. Mais elles n'ont fait qu'augmenter depuis le 7 mars.

Dépendance européenne au gaz russe

"Cela pourrait avoir pour objectif de renflouer les réserves de gaz de l'Europe, qui seront nécessaires si l'UE renforce les sanctions dans les prochaines semaines/mois", a commenté sur Twitter Charlie Robertson, économiste principal de Renaissance Capital.

Ce phénomène n'est pas sans explication. Contrairement au Royaume-Uni, aucune alternative ne permettait de se passer "pour le moment" de ces importations "essentielles", a averti récemment l'Allemagne. Confrontés au double défi de l'approvisionnement énergétique et de la flambée des prix, plusieurs Etats membres continuent ainsi de s'opposer à tout embargo, contrairement aux Etats-Unis et Londres qui ont annoncé se passer des hydrocarbures russes.

L'Europe est en fait extrêmement dépendante du gaz russe. En 2021, selon les données de l'Agence internationale de l'énergie (IAE), l'Union européenne (UE) a importé 140 milliards de m3 de gaz de Russie par gazoduc et 15 milliards de m3, sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL). Ces 155 milliards de m3 représentent 45% des importations totales de gaz de l'UE, et presque 40% de sa consommation totale.

A LIRE AUSSI | Gaz russe : pourquoi l'Europe est piégée

Concernant l'Allemagne, Moscou lui fournit presque 60% de ses importations de gaz, avec quelque 50,2 milliards de mètres cubes reçus par Gazprom en 2021. Ce dernier approvisionne aussi l'Italie, la Turquie, la Bulgarie, la Serbie, le Danemark, la Finlande et la Pologne... Et l'Autriche, où ce chiffre grimpe même à 100%.

A l'instar de l'Allemagne, l'autre grande économie européenne qui rechigne à se sevrer du jour au lendemain du gaz russe, l'Italie verrait, selon des sources diplomatiques, d'un mauvais œil un embargo européen sur les hydrocarbures russes, similaire à celui annoncé mardi dernier par le président américain Joe Biden. L'Italie importe 95% du gaz qu'elle consomme, dont environ 45% provient de la Russie.

L'objectif affiché par Rome : réduire "au plus vite" sa dépendance. "Ce n'est pas évident comme tâche, mais il faut le faire", a reconnu M. Draghi mercredi dernier devant les députés. "Il y va de notre sécurité et de notre liberté", a ajouté le chef du gouvernement italien.

La France, elle, reste moins exposée, mais la Russie représente tout de même 20% de ses importations en gaz. Et le patron de TotalEnergies annonçait au début du conflit qu'il n'était pas possible de se passer du gaz russe à l'heure actuelle.

Remplir les stocks

Dans ce contexte, et au vu de la dépendance, "le plus raisonnable est de continuer d'en importer", estimait fin février dans La Tribune Jacques Percebois, expert énergétique. Par forcément pour assurer la sécurité d'approvisionnement sur le très court terme, puisque les réserves de l'Europe lui permettront de passer la fin de l'hiver. Mais la décision sera primordiale pour l'année 2023, étant donné que les stocks devront être reconstitués dès cet été. Les flux actuels pourraient donc viser à reconstituer les réserves.

A LIRE AUSSI | Trois questions sur le choc énergétique, après l'embargo américain sur le pétrole et le gaz russe

En somme, gagner du temps, alors que l'Union européenne a annoncé à plusieurs reprises vouloir réduire sa dépendance au gaz russe. Bruxelles a dévoilé début mars son plan pour réduire de deux tiers les importations de gaz russe du continent dès cette année, sans mettre en péril l'économie des pays les plus exposés. Et ce, en diversifiant les approvisionnements en gaz fossile (Norvège, Etats-Unis, Qatar, Algérie), en coordonnant l'utilisation des terminaux méthaniers et gazoducs en Europe, ou encore accélérant sur l'hydrogène bas carbone et le biométhane, entre autres.

« D'ici la fin de l'année, nous pouvons trouver des moyens de substitution à 100 milliards de m3 de gaz russe, soit les deux-tiers de nos importations actuelles [...] Ce sera sacrément dur, mais c'est possible », a fait valoir le vice-Président de la Commission, Frans Timmermans.

Aussi, l'Allemagne avait annoncé conclure un accord pour la construction d'un premier terminal méthanier important de gaz liquéfié (GNL) situé à l'embouchure de l'Elbe, selon le ministère de l'Economie et du Climat. Un marché européen que compte d'ailleurs bien disputer les Etats-Unis aux Russes. La future infrastructure, financée à 50% par la KfW et opérée par Gasunie, aura une capacité annuelle de regazéification de 8 milliards de mètres cubes afin de livrer directement le marché allemand en gaz naturel.

Des solutions proposées par l'AEI

De son côté l'AEI a proposé dix pistes pour réduire la dépendance européenne au gaz russe. Selon ses calculs, se sont donc potentiellement 63 milliards de m3 de gaz naturel qui pourraient être retranchés des importations de gaz en provenance de Russie, soit quelque 40%. Autrement dit, l'hiver prochain, l'Europe dépendra encore pour 92 milliards de m3 du gaz russe, toutes choses étant égales par ailleurs.

Mais pour certains alliés occidentaux, les positions des Etats-membres de continuer d'importer autant de gaz est problématique dans la guerre économique qu'ils livrent face à la Russie, dans l'objectif de faire plier Vladimir Poutine.

Dans une tribune parue dans le Daily Telegraph ce jour, le Premier ministre britannique Boris Johnson a déclaré que les dirigeants occidentaux avaient commis une "terrible erreur" en laissant le président russe Vladimir Poutine "s'en tirer" après l'annexion de la Crimée en 2014 et en devenant "plus dépendants" du gaz et du pétrole russes.

À lire également

  • Défaut de paiement probable de Gazprom et d'autres entreprises russes d'hydrocarbures, selon l'agence Fitch
  • Trois questions sur le choc énergétique, après l’embargo américain sur le pétrole et le gaz russe
  • Europe : les prix du pétrole et du gaz s'envolent, celui du carbone s’effondre

"Quand il a finalement lancé sa guerre cruelle en Ukraine, il savait que le monde aurait beaucoup de mal à le punir. Il savait qu'il avait créé une addiction", a poursuivi le dirigeant conservateur. "Le monde ne peut pas être soumis à ce chantage continu", a souligné M. Johnson appelant à "mettre fin maintenant" à cette dépendance.

latribune.fr

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