Europe : les prix du pétrole et du gaz s'envolent, celui du carbone s’effondre
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Leon Kuegeler
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La guerre en Ukraine va-t-elle aussi chambouler la stratégie de l'Union européenne en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre ? De fait, alors que la tarification du carbone, ce mécanisme qui impose aux entreprises énergo-intensives de couvrir leurs émissions par l'achat de « droits à polluer » (ETS), reste la pierre angulaire de la politique climatique menée par Bruxelles, les variations du prix de ces quotas depuis l'offensive russe interpellent. Elles pourraient rendre le charbon, un combustible si polluant qu'une grande partie de son tarif dépend de ces prix du carbone, un peu plus compétitif que le gaz.
Et pour cause, après être monté en flèche ces derniers mois (jusqu'à flirter avec 100 euros la tonne début février), la valeur d'une tonne de CO2 s'est effondrée depuis le début de l'invasion de l'Ukraine par la Russie le 24 février, passant hier sous la barre des 60 euros, soit la plus forte baisse depuis 2014.
Un phénomène paradoxal puisque son prix était habituellement corrélé à celui des combustibles fossiles lesquels, dans le même temps, ont continué d'exploser. Et notamment ceux du gaz naturel, qui ont atteint 267 euros le mégawattheure (MWh) ce mardi, après être temporairement montés jusqu'à un sommet historique de 345 euros/MWh du fait de la menace russe de freiner son approvisionnement. Pour rappel, ils ne dépassaient pas les 45 euros/MWh à l'été dernier.
A priori, les raisons de ce découplage sont directement liées au conflit en cours. Car beaucoup d'industriels « anticipent peut-être une baisse des activités économiques, donc par là-même des émissions de CO2, et vendent donc leurs quotas », explique Emmanuel Fages, associé chez Roland Berger et expert des sujets climatiques.
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Mais « il est difficile de dire si c'est cet effet fondamental qui est à l'œuvre aujourd'hui ou si les ventes suivent une logique différente, par exemple pour récupérer des liquidités, de la part d'acteurs d'origine variée », poursuit-il. Car la flambée des prix des matières premières a nui aux flux de trésorerie de certains producteurs, qui se débarrassent désormais d'une partie de ces permis à polluer pour générer du cash. Et ce phénomène conjoncturel a pu être accentué par les comportements spéculatifs de certains acteurs, qui avaient acheté des tonnes de CO2 en avance, afin de les revendre au moment où leur prix serait au plus haut. Accentuant par là-même la baisse du prix, dans un effet boule de neige, en gonflant l'offre.
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