Le Japon reporte (encore) la hausse de la TVA

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Il s'agit du deuxième report du passage à 10% de la TVA. La hausse de cette taxe de 5% à 8%, décidée en avril 2014, avait fait plonger en récession la troisième économie mondiale.
Il s'agit du deuxième report du passage à 10% de la TVA. La hausse de cette taxe de 5% à 8%, décidée en avril 2014, avait fait plonger en récession la troisième économie mondiale. (Crédits : TORU HANAI)
Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, a annoncé mercredi devant des parlementaires qu'il avait décidé de reporter de deux ans et demi, à octobre 2019, l'augmentation prévue de la TVA, une décision sans surprise adoptée face à la morosité de la conjoncture économique.

L'annonce d'un report de hausse de la TVA était attendu. Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, a annoncé mercredi un deuxième report de hausse de TVA, une volte-face qui apparaît comme un constat d'échec de la stratégie de relance "abenomics" (en référence aux "reaganomics" de la période Reagan dans les années 1980) selon des analystes.

"J'ai pris la décision de repousser l'augmentation de taxe de deux ans et demi", a déclaré M. Abe aux membres de sa formation, le Parti libéral-démocrate (PLD), selon des propos diffusés à la télévision.

Afin de contribuer à enrayer la colossale dette d'un archipel vieillissant, confronté à des dépenses sociales exponentielles, la taxe sur la consommation devait initialement être relevée de 8% à 10% en octobre 2015. Mais face aux difficultés économiques, M. Abe l'avait repoussée à avril 2017. Rebelote donc, avec comme nouvelle échéance la date d'octobre 2019.

Pourtant, il avait écarté ce scénario à maintes reprises, à moins d'un choc similaire à la crise financière internationale de 2008 ou d'une catastrophe comparable au tsunami qui a frappé le Japon en mars 2011. Rien de tel ne s'est passé, mais Shinzo Abe invoque la menace d'une "crise profonde" sur la planète pour reporter cette impopulaire mesure avant des élections sénatoriales en juillet. Son analyse catastrophiste a eu beau laisser sceptiques les autres dirigeants du G7 réunis la semaine dernière au Japon, M. Abe n'en démord pas.

Échec du plan de relance

Pour le chef de l'opposition, Katsuya Okada, "le Premier ministre rejette le blâme sur l'économie mondiale. Il s'expose à la risée du monde et nuit gravement aux intérêts du Japon", a-t-il lancé devant le Parlement. Il "devrait reconnaître l'échec de sa politique abenomics, s'excuser auprès du public pour avoir trahi ses engagements et démissionner aussitôt", a-t-il insisté, avant de déposer une motion de défiance qui a été rejetée. Ces critiques sont également partagées par certains économistes: "Il est difficile de dire que les abenomics ont été un succès tout en repoussant une hausse de taxe", a réagi Masamichi Adachi, de JP Morgan.

Cette stratégie à trois flèches pour sortir de la déflation - largesses budgétaires, assouplissement monétaire et réformes structurelles - avait initialement fait naître des espoirs dans une troisième économie mondiale assoupie depuis des années, mais une première hausse de TVA (de 5% à 8%) en avril 2014 a cassé la reprise et, depuis, le Japon affiche une petite forme.

"La consommation des ménages stagne, tel est le problème principal du Japon. Etant donné qu'elle représente 60% du PIB, le moment n'est pas venu d'augmenter la TVA", a expliqué mardi le ministre des Finances, Taro Aso.

Dette publique colossale

La dette publique, héritage de programmes de soutien massifs lancés par les autorités après l'éclatement d'une bulle financière au début des années 1990, s'élève à près de 250% du Produit intérieur brut.

A la différence de celle de la Grèce, elle est, à plus de 90%, détenue par des investisseurs japonais, en particulier par la Banque du Japon (BoJ), ce qui garantit pour l'heure des taux d'intérêt bas, mais les agences de notation financière et organismes internationaux, comme le FMI ou l'OCDE multiplient de longue date les mises en garde.

"M. Abe ne doit pas être tenu par sa promesse, c'est la bonne décision de repousser la taxe", estime cependant Takuji Okubo, analyste de Japan Macro Advisors. "Assainir les finances publiques par la TVA est souvent un chemin périlleux, mieux vaut que le Japon y parvienne via la croissance et la fin de la déflation".

"En ne s'attaquant pas aux nombreux problèmes structurels du Japon - rigidité du marché du travail, manque de compétitivité de certaines industries -, les abenomics ont échoué à changer la perception que le Japon est, et restera, une économie stagnante".

(Avec AFP et Reuters)

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Commentaires
a écrit le 01/06/2016 à 17:07 :
La TVA est un hold-up et surtout pas une solution miracle comme on le croit souvent à tort. Ne pas augmenter la TVA est une sage décision car la TVA ruine les entreprises. Ce qui était encore plus ou moins acceptable à tous les états avec des marges de 40% et une croissance à deux chiffres, devient insupportable lorsque ces variables descendent. Si l'on peut critiquer fortement la politique économique du Japon, la question TVA ne doit pas en être une. Une bonne économie est une économie sans TVA!

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