Le marché du platine commence à se tendre sur fond de restrictions de l'offre russe

Le marché du métal précieux devrait connaître encore un excédent en 2022, mais en baisse de 10% par rapport à 2021, à 970.000 onces, selon le WPIC. Car si l'offre mondiale devrait se contracter de 8%, à 7,5 millions d'onces, la demande enregistre également un recul, en dépit de la résilience du secteur automobile (+14%). Reste l'inconnue russe. Si le deuxième producteur mondial continue ses livraisons, ses clients pourraient néanmoins se tourner vers une autre source d'approvisionnement lors des renouvellements de leurs contrats, estime WPIC.
Robert Jules
Lingots de platine (pur à 99,98 %) stockés sur le site de Krastsvetmet, dans la ville de Krasnovars en Sibérie.
Lingots de platine (pur à 99,98 %) stockés sur le site de Krastsvetmet, dans la ville de Krasnovars en Sibérie. (Crédits : Reuters)

« Malgré la résilience des secteurs de l'automobile, de la joaillerie et de l'industrie, combinée à une baisse de l'offre minière et de recyclage ainsi qu'à une réduction des fonds indiciels cotés et des actions en bourse, l'excédent de platine au 2ᵉ trimestre 2022 a été de 349.000 onces (une once = 31,1 grammes), et l'excédent prévu pour 2022 a augmenté, atteignant 974.000 onces », résume dans son rapport trimestriel le World Platinum Investment Council (WPIC) publié ce lundi. Néanmoins, cet excédent sur l'année 2022 devrait être en recul de 10% comparé à celui de 2021.

En effet, l'offre de métal primaire baisse de 8%, à 5,8 millions d'onces, de même que celle du métal recyclé, de 11%, à 1,72 million d'onces. Cette offre combinée est en baisse de 8%. « L'excédent que nous prévoyons pour 2022 doit être considéré dans le contexte des importations exceptionnellement fortes de platine en Chine, qui sont bien supérieures à la demande chinoise identifiée et qui ont été une fois de plus une caractéristique du 2ᵉ trimestre 2022 », précise Paul Wilson, PDG du World Platinum Investment Council, dans un communiqué. Autrement dit, le marché est plus sous tension que ne le laisse prévoir les projections actuelles.

Baisse du recyclage des pots catalytiques

Le principal débouché du platine est le secteur automobile. Il rentre dans la fabrication des pots catalytiques car il a la propriété (avec le palladium) de fixer les gaz à effet de serre (GES). Or, « le recyclage du platine provenant des catalyseurs automobiles usagés a connu une baisse notable de 20 % (-82 milliers d'onces) au 2ᵉ trimestre 2022 par rapport à la même période l'an dernier, le recyclage automobile devant baisser de 15 % (-210 milliers d'onces) en 2022», souligne le WPIC qui explique ce recul par « la pénurie persistante de puces à semi-conducteurs et à son impact sur la disponibilité de nouvelles voitures, ce qui oblige les consommateurs à faire rouler leurs véhicules existants plus longtemps, réduisant ainsi l'offre de catalyseurs automobiles destinés à la casse. »

Parallèlement, la demande est elle aussi en recul, de 7% à 6,54 millions d'onces, même si le secteur automobile fait mieux que résister, puisque la demande devrait progresser de 14% pour dépasser légèrement les 3 millions d'onces. « L'augmentation d'une année sur l'autre reflète la hausse des volumes de production de véhicules, l'augmentation des charges de platine sur les systèmes de post-traitement des véhicules lourds, en particulier en Chine, ainsi que l'utilisation accrue du platine à la place du palladium dans les véhicules légers à essence », souligne le WPIC.

-15% pour la demande industrielle sur 2022

Si les besoins de la joaillerie sont stables en 2022, en revanche, la demande industrielle baisse de 15%. Même si, au deuxième trimestre, elle est en hausse dans les secteurs pétrolier (+17 %), médical (+8 %) et des autres industries (+16 %) et devrait se poursuivre, « la croissance dans ces secteurs est masquée au sein de la prévision de la demande industrielle globale pour 2022 (-15 %), car les expansions de capacité observées en 2021 dans les secteurs du verre et des produits chimiques ne se répètent pas cette année », explique le Conseil.

En matière d'investissement, en tant que métal précieux comme l'or, « la demande mondiale de lingots et de pièces de monnaie (en platine) s'est renforcée d'un trimestre à l'autre pour atteindre 70.000 onces au 2ᵉ trimestre 2022, grâce à la demande nord-américaine qui devrait atteindre un nouveau sommet post-Covid en 2022, soit 292.000 onces. Toutefois, au Japon, les prix élevés du platine libellés en yens ont continué à encourager les prises de bénéfices parmi les investisseurs pour le deuxième trimestre consécutif - bien qu'à un niveau inférieur à celui du trimestre précédent. L'investissement total en lingots et en pièces de monnaie pour l'année entière devrait diminuer de 14 % (-47 milliers d'onces) », note le WPIC.

En ce qui concerne les fonds indiciels cotés intégrant du platine, entre risques de récession, hausse des taux d'intérêt et baisse des prix des matières premières, le platine, comme l'or et l'argent, a subi des ventes. « Les fonds indiciels cotés se sont contractés de 89.000 onces, bien que sensiblement moins qu'au trimestre précédent. Suivant cette tendance, les fonds indiciels cotés devraient continuer à diminuer en 2022, baissant de 550 milliers d'onces au total », souligne le Conseil.

Baisse des stocks

Cette réduction de l'excédent se reflète dans le niveau des stocks. Dans les entrepôts du NYMEX et du TOCOM, ils ont baissé de 123.000 onces au deuxième trimestre. « Cette réduction a permis de répondre au flux de métal physique des marchés occidentaux vers la Chine et de compenser la disponibilité réduite de lingots russes raffinés en raison de la perte du label Good Delivery de la LBMA par les principales raffineries russes, ce qui a empêché leur utilisation habituelle », explique le WPIC, en référence aux sanctions imposées à Moscou après sa décision d'envahir l'Ukraine le 24 février dernier.

Or la Russie est le deuxième producteur de platine de la planète, avec 646.000 onces prévus en 2022, soit quelque 11% de la production mondiale. Même si elle est loin derrière l'Afrique du Sud, et ses quelque 4,2 millions d'onces, elle reste un acteur incontournable d'autant qu'elle est la première productrice du palladium (37% de l'offre mondiale) l'autre métal précieux qui peut se substituer au platine, lorsque les cours sont élevés. De fait, début mars, quelques jours à peine après l'invasion de l'Ukraine, le platine a atteint son plus haut de l'année, à 1.154 dollars l'once, puis a reflué pour évoluer ce lundi autour de 846 dollars. De même, le palladium avait atteint 3.165 dollars l'once pour revenir ce lundi à 2.015 dollars. Ce reflux des cours s'explique par la poursuite partielle des livraisons russes et les risques de récession dans les prochains mois, synonyme de baisse de la demande. Toutefois, « cela pourrait changer lorsque les contrats devront être renouvelés », avertit le WPIC.

Demande à plus long terme grâce à la transition énergétique

Quant aux perspectives à plus long terme, elles restent prometteuses pour le métal précieux. « Le rôle du platine dans la contribution cruciale de l'hydrogène à l'atteinte des objectifs mondiaux de zéro émission nette est de plus en plus connu et offre une option aux investisseurs qui cherchent à donner une visibilité à ce secteur. La volonté de l'Europe de réduire les importations de gaz en provenance de Russie, ainsi que l'adoption récente de la loi américaine sur la réduction de l'inflation, mettent davantage l'accent sur la nécessité d'utiliser de l'hydrogène vert et incitent davantage à investir dans le secteur, ce qui profite directement au platine », explique Paul Wilson.

Un tel développement pourrait pousser la demande de platine - utilisé notamment dans les piles à combustibles - de 700.000 onces par an jusqu'à 2030, ce qui doublerait la demande actuelle pour la porter à 1,7 million d'onces pour ce seul segment, selon les experts de Bloomberg Intelligence. Les technologies recourant à l'hydrogène pourraient représenter plus de 9% de la demande totale, soit 650.000 onces de plus par an, jusqu'au début de la prochaine décennie, ce qui représenterait une hausse multipliée par 10. Difficile dans ces conditions de se passer de la production russe.

Robert Jules

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Commentaire 1
à écrit le 06/09/2022 à 9:21
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