Le piège de Kindleberger, ou comment précipiter le monde dans le chaos
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Kevin Lamarque
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« The Fed shouldn't try to save the world from Trump tariffs » (la Réserve fédérale ne devrait pas sauver le monde des taxes douanières de Trump) : dans le Financial Times, lundi 7 avril, le président de Rockefeller International, Ruchir Sharma, reprenait une antienne qui a un nom : le piège de Kindleberger.
Les États-Unis — et plus particulièrement la Réserve fédérale, qui n'est pas sous les ordres de Donald Trump — sont-ils toujours prêts à jouer leur rôle de stabilisateur financier mondial ? Ce concept, théorisé par Charles Kindleberger, prend évidemment tout son sens dans un contexte où les taxes douanières annoncées par le président américain ont largement déstabilisé les marchés mondiaux.
Théorisé par Charles Kindleberger, économiste et architecte intellectuel du Plan Marshall, le concept trouve ses racines dans l'analyse des années 1930. Kindleberger attribue la Grande Dépression à l'incapacité des États-Unis, alors plus grande puissance mondiale, à remplacer la Grande-Bretagne dans son rôle de fournisseur de biens publics mondiaux (stabilité financière, liberté des mers, etc.).
En 2017, un ancien secrétaire adjoint à la Défense américain sous Jimmy Carter, Graham Allison, avait formulé la théorie du « piège de Thucydide », selon lequel une puissance dominante (Sparte ou les États-Unis) concurrencée par une puissance émergente (Athènes ou la Chine) est nécessairement conduite à entrer en guerre contre elle. Reprise par le président chinois Xi Jinping, l'expression avait immédiatement connu un succès considérable.
La même année, le professeur à Harvard Joseph S. Nye, connu pour l'idée de « soft power », a détourné le syntagme à la mode pour prophétiser : « Trump devra aussi à se soucier du "piège de Kindleberger" : une Chine qui apparaîtrait comme plus faible, et non plus forte, qu'elle ne l'est vraiment. » En clair, dit-il, ce piège survient lorsque la puissance dominante manque de volonté ou de capacité pour stabiliser et sécuriser l'ordre mondial, tandis qu'une puissance montante profite du système sans y contribuer activement.
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De façon symptomatique, la Chine, qui n'est pas loin d'être la première économie mondiale, continue de se présenter comme pays en développement. En 2020, par exemple, les pays était le neuvième bénéficiaire de l'aide publique au développement (APD) française, devant des pays comme le Burkina Faso ou le Cameroun.
Kindleberger a mis en garde contre les conséquences d'un tel vide de leadership : sans une puissance dominante pour fournir les biens publics mondiaux, le chaos s'installe. Le concept est pourtant critiqué en ceci qu'il sous-estime la contribution des petits États et des organisations internationales dans la sécurité et la stabilité de l'ordre économique global.
Le piège de Kindleberger prend tout son sens dans le contexte actuel :
La Fed et le rôle du dollar : La Réserve fédérale joue un rôle crucial en fournissant des liquidités pour stabiliser les marchés mondiaux. Des doutes persistent sur sa volonté future d'assumer ce rôle, notamment après les politiques protectionnistes de Donald Trump.
La Chine comme puissance montante : Bien que la Chine ait accru son influence avec des initiatives comme la Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures (AIIB), elle reste réticente à assumer son rôle dans le maintien de la stabilité internationale.
Risques systémiques : L'absence d'un leadership clair pourrait exacerber les crises financières et accélérer les efforts pour réduire la dépendance au dollar, fragilisant davantage l'économie mondiale.
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Définition : Le piège de Kindleberger survient lorsqu'aucune puissance dominante ne fournit pas les biens publics nécessaires à la stabilité mondiale.
Contexte actuel : Les tensions sino-américaines et le retrait relatif des États-Unis fragilisent l'ordre économique global.
Conséquences potentielles : Instabilité financière accrue et remise en question du rôle du dollar comme monnaie refuge.
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