Le prix Nobel d'économie décerné à trois chercheurs pour leur travail sur les inégalités entre pays
latribune.fr
Créé par la Banque de Suède en 1969 - soit soixante ans après les cinq prix traditionnels (médecine, physique, chimie, littérature et paix) lui valant chez ses détracteurs le sobriquet de « faux Nobel » - ce prix prestigieux récompense un ou plusieurs...
Les économistes Daron Acemoglu, Simon Johnson et James A. Robinson ont reçu le prix pour leurs recherches sur la compréhension des différences de prospérité entre les nations. Ils succèdent à l'Américaine Claudia Goldin, lauréate de 2023.
[Article publié le lundi 14 octobre 2024 à 12h11, mis à jour à 16h18] Le prix d'économie de 2024 a été décerné à l'Américano-turc Daron Acemoglu et les Britanno-américains Simon Johnson et James A. Robinson « pour leurs études sur la façon dont les institutions sont formées et affectent la prospérité », a exposé le jury dans ses attendus, ce lundi.
Créé par la Banque de Suède en 1969 - soit soixante ans après les cinq prix traditionnels (médecine, physique, chimie, littérature et paix) lui valant chez ses détracteurs le sobriquet de « faux Nobel » - ce prix prestigieux récompense un ou plusieurs économistes chaque année. Les lauréats reçoivent un chèque de 11 millions de couronnes (920.000 euros), à partager en cas de multiples gagnants.
«C'est un véritable choc et une nouvelle extraordinaire. Je vous remercie», a réagi Daron Acemoglu, interrogé par le comité Nobel.
Ce spécialiste d'économie politique, de la croissance et du rôle des institutions dans les politiques de développement, notamment sur l'innovation et les inégalités, de 57 ans est titulaire d'un doctorat d'économie de la London School of Economics (LSE) et enseigne depuis 1993 au Massachusetts Institute of Technology (MIT) à Boston, dans l'est des Etats-Unis, où travaille également Simon Johnson, 61 ans. Le troisième lauréat James A. Robinson, 64 ans, est professeur à l'université de Chicago. En 2012, il a co-écrit avec Daron Acemoglu l'ouvrage « Prospérité, puissance et pauvreté : pourquoi certains pays réussissent mieux que d'autres »
Réduire les inégalités de revenus entre les pays
A l'origine du choix de cette année : « Réduire les énormes différences de revenus entre les pays est l'un des plus grands défis de notre époque. Les lauréats ont montré l'importance des institutions pour y parvenir », a justifié Jakob Svensson, président du comité du prix en sciences économiques, cité dans un communiqué.
«Les lauréats de cette année ont été les pionniers de nouvelles approches, à la fois empiriques et théoriques, qui ont fait progresser de manière significative notre compréhension des inégalités mondiales», a-t-il précisé devant la presse, ce lundi.
En examinant les différents systèmes politiques et économiques introduits par les colonisateurs européens, les trois économistes ont pu mettre en évidence un lien entre les institutions et la prospérité, indique le comité dans son communiqué.
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« Le modèle des lauréats pour expliquer les circonstances dans lesquelles les institutions politiques sont formées et modifiées comporte trois éléments. Le premier est un conflit sur la manière dont les ressources sont allouées et sur qui détient le pouvoir de décision dans une société (l'élite ou les masses). La seconde est que les masses ont parfois la possibilité d'exercer le pouvoir en mobilisant et en menaçant l'élite dirigeante ; le pouvoir dans une société va donc au-delà du pouvoir de prendre des décisions. Le troisième est le problème de l'engagement, ce qui signifie que la seule alternative est que l'élite cède le pouvoir de décision à la population », résume l'académie.
« Les sociétés où l'État de droit est médiocre et où les institutions exploitent la population ne génèrent pas de croissance ni de changements positifs », a insisté le jury. Et les régimes autoritaires « auront plus de mal à obtenir des résultats durables à long terme en matière d'innovation », a complété le lauréat Daron Acemoglu.
Pour Jan Teorell, professeur de sciences politiques et membre du comité Nobel, «Acemoglu, Johnson et Robinson ont montré qu'une grande partie de l'écart de revenus (entre pays riches et pauvres) est due à des différences dans les institutions économiques et politiques de la société».
Le jury reprend les travaux des lauréats sur la ville de Nogales, divisée entre les États-Unis et le Mexique, où les habitants du côté américain ont tendance à être mieux lotis, pour expliciter cette différence. Le système économique américain offre aux habitants au nord de la frontière plus de choix pour l'éducation et leur profession, et leur appartenance au système politique américain leur confère des droits politiques étendus.
En revanche, au sud de la frontière, les résidents vivent dans des conditions économiques plus difficiles et le système politique mexicain limite leur capacité à influencer l'évolution de la loi, est-il expliqué.
Claudia Goldin lauréate de 2023
Les trois économistes du MIT et de l'université de Chicago sont donc les successeurs de l'Américaine Claudia Goldin, primée en 2023 pour ses travaux sur l'évolution de la place des femmes sur le marché de l'emploi et de leurs revenus.
Récompensée pour avoir « fait progresser notre compréhension de la situation des femmes sur le marché du travail », elle est l'une des très rares femmes - trois sur 93 lauréats en 55 ans - à avoir été distinguée dans cette catégorie, après sa compatriote Elinor Ostrom (2009) et la Franco-Américaine Esther Duflo (2019).
La nomination de cette économiste portait aussi un fort message politique du jury Nobel sur la considération des femmes dans l'économie. « Les recherches de Claudia Goldin nous ont donné un aperçu nouveau et souvent surprenant du rôle historique et contemporain des femmes sur le marché du travail », avait alors précisé le jury, soulignant qu'« elle a mis en évidence les principaux facteurs de différences entre les hommes et les femmes » et comment ils ont évolué lors des deux derniers siècles au fur et à mesure de l'industrialisation, avec un déclin du travail des femmes au cours du XIXème siècle.
Cette année, en revanche, aucune femme n'a été lauréate des prix Nobel dédiés aux sciences.
L'intelligence artificielle (IA) permet de belles avancées lorsqu'elle est mise au service de la science. En témoignent les travaux des lauréats du prix Nobel de chimie mercredi dernier et de celui de physique la veille. Le premier a notamment été décerné à un tandem de chercheurs américano-britannique - Demis Hassabis et John Jumper - pour leurs travaux sur « la prédiction de la structure des protéines à partir des séquences d'acide aminé » grâce à l'IA.
Âgés respectivement de 48 et 39 ans, les deux chercheurs, qui dirigent Google DeepMind, entreprise du groupe éponyme spécialisée dans l'IA, ont mis au point en 2020 un modèle d'IA dénommé AlphaFold2 pour déterminer la structure des protéines.