"Le programme de Donald Trump pose des défis économiques à moyen terme"

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Christophe Barraud, économiste en chef chez Market Securities.
Christophe Barraud, économiste en chef chez Market Securities. (Crédits : DR)
Dans un entretien accordé à la Tribune, Christophe Barraud, stratégiste et chef économiste chez Market Securities, revient sur les conséquences économiques de l'élection de Donald Trump.

Quel sera l'impact de l'élection à la présidence des Etats-Unis de Donald Trump sur l'économie américaine ?

Le programme de Donald Trump est extrêmement flou sur de nombreux points. Celui d'Hillary Clinton était assez précis et chiffré, il était aisé d'en déduire les effets sur l'économie. Dans le cas de Donald Trump, c'est beaucoup plus délicat. Néanmoins, à court terme, son programme est théoriquement plutôt favorable compte tenu de la baisse de la fiscalité sur les entreprises dont le taux effectif devrait passer de 35 % à 15 % et qui est au cœur de son programme économique. Le soutien à l'industrie pétrolière est également un élément qui pourrait jouer positivement. D'autant qu'il entend utiliser les rentrées fiscales supplémentaires liées à cette mesure pour financer un programme d'infrastructures qui, néanmoins, est moins précis et chiffré que celui de la candidate démocrate.

Globalement, il faut avoir à l'esprit que la croissance américaine est sur une tendance globalement positive. L'accélération constatée au troisième trimestre devrait se poursuivre, notamment grâce à l'investissement, qui est toujours soumis à une certaine prudence avant les élections, mais qui devrait accélérer en 2017. Les mesures de Donald Trump pourraient soutenir ce mouvement.

C'est la raison pour laquelle les marchés ont réagi avec mesure ce mercredi ?

La principale raison est que le premier discours de Donald Trump est apparu comme celui d'un président plus responsable que ceux du candidat. Dès lors, les marchés se montrent relativement rassurés, même si l'élection américaine rajoute de l'incertitude, notamment d'ici à la formation du gouvernement et à l'investiture le 20 janvier. Le contexte est, en effet, déjà assez incertain avec le référendum italien du 4 décembre prochain, les discussions qui se poursuivent autour du Brexit et les élections françaises et allemandes de 2017 qui bloquent de facto toute décision importante. Dans ce contexte, il peut y avoir beaucoup de volatilité dans les mois qui viennent. Mais il faut aussi se souvenir que les marchés ne traduisent pas la réalité de l'économie, mais celle des entreprises les plus performantes.

Quels sont les principaux problèmes posés par le programme de Donald Trump ?

Ce sont des problèmes à moyen terme. D'abord celui de l'endettement. Le coût de la politique de baisse des impôts est considérable, il a été estimé à 5.300 milliards de dollars sur dix ans par une récente étude d'un institut non-partisan. Certes, il existe des éléments de financement, notamment le projet d'amnistie fiscale partielle pour les entreprises qui rapatrieraient leurs impôts aux Etats-Unis. Mais cela ne semble pas suffisant. La dette fédérale pourrait atteindre 105 % du PIB à cet horizon, contre 77 % aujourd'hui. Certes, la demande pour la dette des Etats-Unis demeure forte, mais à certains niveaux, il peut y avoir des tensions.

L'autre risque concerne le commerce international, c'est ce qui inquiète le plus les marchés financiers. Sur ce point, on ignore cependant ce que va réellement faire Donald Trump. Il a évoqué des droits de douanes de 45 % sur les produits chinois et de 35 % sur les produits mexicains, ainsi qu'une revue des accords en discussion, comme le traité transatlantique. Le fera-t-il ? Quelles seront les représailles chinoises ? Que dira l'OMC ? A ce point, on ignore tout. Il est possible qu'il mette un peu d'eau dans son vin...

Si Donald Trump souhaite réellement réduire l'immigration, ceci pourrait peser sur la croissance de la population active et, donc, sur la croissance potentielle à long terme. C'est un problème à terme pour une économie qui dépend beaucoup de la consommation des ménages. Enfin, il reste le flou complet sur les options géopolitiques du nouveau président.

La majorité au Congrès soutiendra-t-elle Donald Trump sur son programme économique ?

Ce n'est pas certain. Sur le déficit ou sur le protectionnisme, il n'est pas certain d'être suivi. Pas davantage que sur le démantèlement complet de l'Obamacare. Au final, je pense que l'on aura plutôt des compromis et que les engagements seront pris partiellement.

Malgré cette élection, la Fed va-t-elle remonter ses taux en décembre ?

Je le crois. Depuis plusieurs semaines, les responsables de la Fed insistent sur leur indépendance, ce qui devient une question de crédibilité. Ils ont là l'occasion de montrer qu'une élection ne doit pas modifier la politique monétaire. Du reste, les signaux venant du marché du travail, de la reprise de la croissance des salaires et de l'inflation plaident clairement pour une remontée des taux. La politique voulue par Donald Trump est d'ailleurs plutôt inflationniste. Je n'exclus pas que la Fed remonte encore deux fois ses taux en 2017, alors que le marché ne table que sur une seule hausse.

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Commentaires
a écrit le 10/11/2016 à 9:54 :
Bien sûr qu'il n'y aura pas de problème avec Trump, il fait partie de l'oligarchie lui aussi ya que ses électeurs et les médias qui ont cru le contraire...

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