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Trump va-t-il fermer les robinets aux compagnies du Golfe?

Photo de Fabrice Gliszczynski

Fabrice Gliszczynski

Publié le 09 novembre 2016 à 14:28 - Mis à jour le 09 novembre 2016 à 18:47

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Une mise en oeuvre dure du programme de Donald Trump pourrait avoir des conséquences sur la croissance du trafic aérien, notamment par la remise en cause des accords de ciel ouvert, mais aussi sur l'industrie aéronautique en raison des représailles à l'égard de Boeing que certaines mesures protectionnistes déclencheraient.

Quelles conséquences de la victoire de Donald Trump sur le transport aérien, un secteur qui pèse 8% du PIB mondial, largement dépendant de la mondialisation et de la libéralisation des marchés et par ricochet sur l'industrie aéronautique et le tourisme ? L'exercice est difficile puisqu'il dépendra évidemment du degré de mise en oeuvre du programme de Donald Trump.

La croissance du trafic est liée à celle de l'économie...

Une application dure de son programme pourrait entraîner une contraction dure du PIB américain de 1,9% en 2019 selon une étude  de Moody's Analytics en août. Avec de facto un impact sur l'économie mondiale et une multitude de secteurs d'activité comme le transport aérien, dont la croissance est étroitement liée à celle de l'économie mondiale avec une élasticité de 2,3.

...et à la libéralisation des marchés aériens

A ce lien avec l'économie s'ajoute aussi celui de l'élasticité du transport aérien au prix, laquelle dépend notamment du degré de concurrence, elle-même liée à la libéralisation du marché aérien. Or, les Etats-Unis ont toujours été le fer de lance de cette libéralisation au niveau mondial en multipliant des accords de ciel ouvert (Open skies) qui autorisent des services aériens illimités avec les compagnies des pays concernés, et donc le libre accès de la desserte des Etats-Unis.

Quelle attitude vis-à-vis des compagnies du Golfe...

Que fera le protectionniste Donald Trump ? Lui, qui a connu il y a près de 25 ans le transport aérien pour avoir dirigé  l'éphémère Trump Airlines (ou Trump Shuttle) entre 1989 et 1992, va-t-il, remettre en cause ces accords, et notamment ceux qui font polémiques depuis deux ans, avec les pays du Golfe persique. Les grosses compagnies aériennes américaines comme Delta, United et American demandent, en vain, depuis deux ans la remise en cause de l'accord de ciel ouvert avec le Qatar et les Emirats arabes unis au motif que la concurrence des compagnies de ces pays, Qatar Airways, Emirates, et Etihad Airways, est faussée par les subventions qu'elles reçoivent. Celles-ci se sont élevées à plus de 40 milliards de dollars au cours des 10 dernières années estiment-ils. Une menace pour l'emploi aux Etats-Unis ne cessent de dénoncer les syndicats.

...et de Boeing

Après réflexion, l'administration Obama n'a pas remis en cause cette politique de ciel ouvert. Donald Trump fera-t-il l'inverse ? Lui aussi devra en tout cas mettre aussi dans la balance les énormes commandes des compagnies du Golfe passées à Boeing et les emplois aux Etats-Unis qu'elles soutiennent. Car, en cas de remise en cause de la desserte des Etats-Unis, il y aurait forcément des représailles commerciales de la part des pays du Golfe qui n'hésiteraient pas à annuler leurs commandes américaines.

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Par ailleurs, une dénonciation de l'accord aérien entre les Etats-Unis et l'Europe, qui a libéralisé les services aériens transatlantiques en 2008 ne serait pas forcément une bonne nouvelle pour les compagnies américaines, aujourd'hui beaucoup plus puissantes que leurs consœurs européennes.

Elles seraient d'autant plus pénalisées qu'un retour au protectionnisme fragiliserait leur développement à l'international, au cœur de leur stratégie.

Enfin, une politique dure sur les visas de Washington serait également un facteur de baisse du trafic vers les Etats-Unis. Elle serait par conséquent défavorable au secteur du tourisme américain.

Moins de commandes

Un ralentissement de la croissance du trafic aérien aurait de facto des conséquences sur le niveau des commandes d'avions et sur toute la chaîne de l'industrie aéronautique. Avec une croissance moyenne de 5% par an, le trafic aérien mondial double tous les 15 ans.
Le protectionnisme de Trump pourrait avoir d'autres conséquences pour l'industrie aéronautique. S'il déclenche des batailles commerciales avec certains pays, comme la Chine maintes fois pointée du doigt, Airbus pourrait profiter d'éventuelles représailles à l'égard des produits américains, et notamment ceux de Boeing.

L'industrie aéronautique française fortement implantée au Mexique

A l'inverse, l'industrie aéronautique française fortement installée au Mexique (Safran, Latécoère...) pour profiter des bas coûts de ce pays et de sa proximité avec les Etats-Unis, risque de déchanter en cas de remise en cause de l'Alena,  la zone de libre-échange entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique. Reste à savoir si le président suivra à la lettre le programme du candidat.

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Fabrice Gliszczynski

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