« Promettez-vous aux Américains que vous n'abuserez jamais de votre pouvoir ? » La question a fait rire Donald Trump. Sur le plateau de la chaîne conservatrice Fox News, l'ancien président se gausse en répondant qu'il ne sera pas un dictateur s'il entame un second mandat... « À part le premier jour. » Applaudissements nourris du public.
La scène remonte au 5 décembre. Hasard du calendrier, c'est aussi la date à laquelle est publié Oath and Honor (« serment et honneur », non traduit). Signé par Liz Cheney, l'ex-numéro trois du Parti républicain au Congrès, ce livre est un témoignage à charge contre le milliardaire gouailleur, et ses bonnes feuilles font le tour des médias américains. L'ancienne élue du Wyoming, qui avait participé aux auditions de la commission d'enquête sur l'invasion du Capitole par les trumpistes radicaux, y tire la sonnette d'alarme : « L'Amérique avance tel un somnambule vers la dictature. »
Liz Cheney n'est pas la seule conservatrice à professer qu'un second mandat de Donald Trump bouleverserait l'État de droit. Plusieurs membres de l'ancien cabinet présidentiel clament haut et fort qu'une réélection de leur ex-patron endommagerait durablement les institutions. « Il semblerait que Trump soit en train d'aligner ses partisans sur un mouvement mondial d'extrême droite visant à détruire la démocratie », observe de son côté Heather Cox Richardson, historienne et professeure au Boston College. Comme elle, de nombreux commentateurs politiques pensent qu'un retour de l'ancien locataire de Washington à la tête du pays représenterait une menace existentielle pour l'Amérique. Car contrairement à 2016, où son élection avait pu constituer une surprise, il a désormais l'expérience du pouvoir. Vendredi 5 janvier, à la veille du troisième anniversaire de la tentative de putsch au Capitole, le président Biden a rejoint la chorale des cassandres : « La démocratie [sera] en jeu » lors du scrutin de novembre, a-t-il insisté lors d'une allocution de campagne en Pennsylvanie.