Il ne boit pas d'alcool, ne fume pas, se lève à 5 heures du matin et commence sa journée par quelques longueurs de piscines. Ses journées sont faites de longs trajets, de Greenwich (Connecticut) à Washington, de conférences de presse, réunions et d'inaugurations en tout genre. Au cours de la semaine dernière, il a assisté à une foire, un festival, rendu trois hommages, publié un rapport, rédigé quatre lettres officielles et donné une interview télévisée. En dépit de ce travail acharné, il ne prend qu'une seule semaine de vacances par an. Cette énergie si débordante prête même à rire. Selon une blague circulant dans son État du Connecticut, il suffirait qu'un électeur invite Richard Blumenthal à son anniversaire pour que ce dernier y assiste. En moyenne, ce sénateur démocrate est actif plus de treize heures par jour. Dans six mois, il fêtera ses 80 ans.
Longtemps, la vie de cet élu américain s'est écrite dans le sillage - dans l'ombre, pour les plus critiques - de son collègue, Joseph Lieberman, démocrate modéré et militant du travail parlementaire bipartisan. Ce dernier, également sénateur du Connecticut, s'est fait connaître du grand public lorsqu'il fut choisi, en 2000, pour être le vice-président du ticket présidentiel d'Al Gore. Avec seulement cinq ans d'écart et des parcours professionnels très proches, Blumenthal et Lieberman sont liés par une amitié de plus de 50 ans. Tous deux sont nés dans les années 1940, au sein de familles juives émigrées d'Europe de l'Est. Trajectoire politique classique : Yale pour étudier le droit, puis assistant d'élus démocrates, procureur du Connecticut et enfin sénateur. Le hasard, les intrigues et une bonne dose de jeu de chaises musicales leur auront évité de siéger en même temps dans la même instance. « Lorsque Joe a été élu sénateur des États-Unis, puis que j'ai été élu pour lui succéder, un de ses amis lui a dit que l'État du Connecticut avait désormais un meilleur sénateur et un meilleur procureur général », racontera Blumenthal après le décès de Lieberman, en mars 2024.