La crise énergétique européenne a permis aux Etats-Unis de devenir le premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL) devant le Qatar et l'Australie. Avec pour enjeu sur le long terme de réduire la dépendance de l'Europe à l'égard du gaz russe et d'accroître leur part de marché. C'est à la lumière de cette dépendance qui transforme le gaz naturel en arme géopolitique qu'il faut voir les mises en garde réitérées de Washington contre Berlin et le projet Nord Stream 2, un gazoduc acheminant directement du gaz de la Russie à l'Allemagne, et géré par le géant russe de l'énergie,...La crise énergétique en Europe montre son étroite dépendance aux importations de gaz naturel. Cela a fait les affaires des Etats-Unis qui, pour la première fois, sont devenus au mois de décembre le premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL) en supplantant le Qatar et l'Australie. Selon les données compilées par l'agence Bloomberg, 1.043 méthaniers ont exporté du GNL à partir des Etats-Unis en 2021, dont près de la moitié à destination des pays asiatiques, et un tiers vers les pays européens.
Et selon l'Administration fédérale d'information sur l'énergie (EIA), la tendance devrait se poursuivre, au regard des projets en cours qui devraient encore ajouter de nouvelles capacités en 2022 comme le terminal de Venture Global Calcasieu Pass, à Cameron Parish en Louisiane d'une capacité annuelle de 10 millions de tonnes. Ce sont en effet des milliards de dollars qui ont été investis dans la filière et les infrastructures depuis une quinzaine d'années pour transformer le gaz en liquide par refroidissement et le charger sur des méthaniers pour l'acheminer à travers le monde. Aujourd'hui, les deux principaux terminaux méthaniers aux Etats-Unis pour l'exportation sont celui de Sabine Pass, au Texas, au bord du golfe du Mexique, géré par la société Cheniere et celui de Freeport LNG sur l'île de Quintana au Texas.
L'exploitation du gaz de schiste
Ce développement est en ligne avec l'exploitation du gaz de schiste aux Etats-Unis, permise par une méthode controversée, celle du fracking (consistant à injecter d'importants volumes d'eau sous pression pour fracturer la roche et délivrer le gaz contenu dans les schistes). En Europe, cette méthode a été bannie dans la plupart des pays pour des raisons environnementales. Aux Etats-Unis, cette "révolution du gaz de schiste" a permis de faire passer la production de gaz naturel de 575,2 milliards de m3 en 2010 à 914,6 milliards en 2020 (en baisse par rapport à 2019, en raison de la crise sanitaire), soit une hausse de quelque 60%, selon le BP Statistical Review 2021.