Le nucléaire et le gaz, bénéfiques pour le climat sous certaines conditions ? C'est en tout cas la position désormais affichée par Bruxelles, qui a envoyé le 31 décembre aux Etats membres un projet de labellisation « verte » intégrant ces deux sources d'énergie, malgré l'opposition de nombreuses ONG environnementales et certains pays membres. Si le document d'une soixantaine de pages est encore provisoire, il met ainsi fin à un suspense long de plusieurs mois, rythmé par des tractations agitées en coulisses et plusieurs reports de la décision.
Il faut dire que, loin d'être cantonné à un débat technique, l'enjeu de ce label s'avère éminemment politique. Et a déchiré les Vingt-Sept, dans un contexte tendu de flambée historique des prix du gaz et du retour des controverses sur l'avenir de l'atome, entre fermeture des réacteurs en Allemagne et velléités de relance du nucléaire en France.
Mais de quoi parle-t-on exactement ? Baptisé taxonomie, ce mécanisme de classification entend en fait séparer les activités « durables » des autres, afin d'orienter les flux monétaires vers les premières. Autrement dit, mettre en place une grille d'analyse harmonisée à destination des investisseurs publics et privés européens, pour clarifier l'impact des fonds qu'ils placent auprès des entreprises, de plus en plus pris en compte par les agences de notation financière. Et ainsi faire basculer l'économie, encore fortement dépendante des énergies fossiles, vers l'objectif de neutralité carbone en 2050. Une sorte de boussole environnementale de l'Europe, censée accélérer sa transition sur le terrain en s'attaquant au nerf de la guerre : le financement concret de celle-ci.