Les Etats-Unis sont-ils oui ou non en récession ? Le débat monte
Clémentine Maligorne
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

L'économie américaine se contracte de nouveau, alimentant les craintes de récession.
LEAH MILLIS
Clémentine Maligorne
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

L'économie américaine se contracte de nouveau, alimentant les craintes de récession.
LEAH MILLIS
De part et d'autre de l'Atlantique, les grandes économies sont frappées depuis plusieurs mois par un ralentissement de l'activité économique, conséquence de la guerre en Ukraine qui fait grimper les prix. Alors que le PIB américain s'est contracté pour le deuxième trimestre consécutif, les Etats-Unis sont-ils oui ou non entrés en récession ? La Maison-Blanche et la Banque centrale américaine martèlent que non. Le président américain, Joe Biden, va jusqu'à marteler que l'économie américaine est « sur le bon chemin ». De ce côté-ci de l'Atlantique, les craintes de voir la zone euro entrer en récession s'accentuent également.
Qu'en est-il ? Les Etats-Unis sont-ils en récession ? A partir de quel moment une économie est en récession ? La Tribune fait le point.
Selon celle communément admise, la récession correspond à deux trimestres consécutifs de baisse du PIB réel (ajusté de l'inflation) d'un pays. Aux Etats-Unis, d'après une première estimation du département du Commerce publiée jeudi, le PIB a baissé de 0,9% en rythme annualisé sur la période avril-juin (ou 0,2% si l'on compare simplement au trimestre précédent), après une contraction de 1,6% au premier trimestre. Techniquement, on peut donc considérer que les Etats-Unis sont entrés en récession.
Mais ce n'est pas si simple, ni si mécanique qu'il n'y paraît. « L'estimation générale est plus complexe que cela », explique à La Tribune Laurent Ferrara, en charge du comité de datation des cycles économiques pour l'association française de Science économique (AFSE), l'équivalent français du Bureau national de la recherche économique (NBER) aux Etats-Unis, organisme habilité à déterminer officiellement les périodes de récession.
À lire également
Pour réellement considérer qu'un pays est en récession, « trois critères sont à prendre en compte », indique Laurent Ferrara. A savoir, « la durée du phénomène » : au moins deux trimestres consécutifs, soit plus de six mois. Ensuite « son amplitude » : il faut que la croissance chute de 3 ou 4%, pour considérer qu'une économie est en récession. Ce fut le cas en France en 2008 et dans les années 1970 à l'issue des chocs pétroliers. Tandis que la crise de la dette de 2012, qui avait fait chuter le PIB d'à peine un peu plus de 0 %, n'est pas considérée comme une récession. Troisième facteur à prendre en compte : la « diffusion au sein de l'ensemble de l'économie ». « Pour la France, par exemple, on regarde aussi le marché du travail, les investissements des entreprises, les heures travaillées qui renseignent sur l'activité économique », précise-t-il. « On regarde aussi si un choc affecte les différents secteurs de l'économie. On surveille notamment les services et l'industrie », ajoute l'économiste. Dans le jargon des analystes des cycles économiques, on appelle ça « la règle DAD pour "durée", "amplitude" et "diffusion"».
Clémentine Maligorne