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Mer Rouge : le Yémen demande l’aide des Etats-Unis et de l’Arabie saoudite pour « éliminer » la capacité d’attaque des Houthis

latribune.fr

Publié le 28 janvier 2024 à 12:06 - Mis à jour le 28 janvier 2024 à 14:07

Le Quotidien Numérique

30 juin 2026

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Les Etats-Unis demandent à la Chine d'utiliser son « influence » sur l'Iran pour « faire cesser » les attaques des Houthis du Yémen, soutenus par Téhéran, contre des navires en mer Rouge, a indiqué samedi une haute responsable de la Maison Blanche. De son côté, le chef du Conseil présidentiel du Yémen a demandé le soutien des Etats-Unis et de l'Arabie saoudite pour « éliminer » la capacité des rebelles Houthis à mener des attaques contre les navires au large du Yémen. Ce dimanche l'Iran a saisi un bateau étranger se livrant à de la contrebande de carburant dans le Golfe et arrêté 14 membres...

... équipage.

Article publié le 27 janvier à 19h37 et mis à jour le 28 janvier à 13h06

Alors que la tension en mer Rouge est encore d'un cran ce week-end avec l'incendie vendredi d'un pétrolier britannique touché de plein fouet par un missile tiré par les rebelles Houthis du Yémen puis les frappes américaines contre un site Houthi qui préparait une attaque contre un destroyer américain, les Etats-Unis ont demandé à la Chine d'user de son « influence » sur l'Iran pour « faire cesser » les attaques des Houthis soutenus par Téhéran, contre le transport maritime, a indiqué devant quelques journalistes une haute responsable américaine. Ceci alors que le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, Jake Sullivan, et le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, se sont rencontrés pendant deux jours à Bangkok pour discuter, entre autres, des sujets très sensibles comme les attaques des Houthis ou de Taïwan.

« Pékin nous dit qu'ils évoquent le sujet avec l'Iran mais nous regardons ce qui se passe dans les faits, et ces attaques semblent continuer », a ajouté la responsable américaine, en soulignant que Jake Sullivan avait fait part des attentes américaines à Bangkok.

Selon Téhéran, « l'axe de la résistance » agit indépendamment de l'Iran

Depuis le début du conflit à Gaza, déclenché par l'attaque sans précédent du Hamas sur le sol israélien le 7 octobre, Téhéran insiste sur le fait que les acteurs de « l'axe de la résistance », composé des alliés de Téhéran dans sa lutte contre Israël, agissent indépendamment de l'Iran, contrairement à ce qu'affirment notamment des responsables américains ou israéliens. Ce qui n'empêche par l'ayatollah Khamenei de saluer « ce qu'ont fait » les Houthis qui « n'ont pas eu peur » des « menaces » américaines, comme il l'a fait début janvier. Les Houthis disent viser les navires liés à Israël en « solidarité » avec les Palestiniens de la bande de Gaza.

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Pour les Etats-Unis et d'autres pays occidentaux, l'Iran est bel et bien derrière ces attaques. Ils en sont d'autant plus convaincus qu'il y a une deux semaines, l'armée américaine a d'ailleurs saisi des pièces de missiles de fabrication iranienne à destination des rebelles houthis sur un bateau en mer d'Arabie, la première saisie de ce type depuis le début des attaques des Houthis contre des navires commerciaux.

« Il s'agit de la première saisie d'armes conventionnelles avancées (ACW) létales fournies par l'Iran aux Houthis depuis le début des attaques des Houthis contre des navires marchands en novembre 2023 », avait déclaré l'état-major de l'armée américaine.

Les pièces de missiles ont été saisies à bord d'un boutre, un voilier traditionnel arabe, manoeuvré par un équipage de 14 personnes. L'embarcation a été jugée dangereuse et a été coulée, a fait savoir l'état-major de l'armée américaine.

Une arsenal de 200.000 missiles iraniens ?

Pour rappel, l'Iran dispose d'un vaste arsenal de missiles de différentes portées -courte (300 km), moyenne (300-1.000) et longue (jusqu'à 2.000), dont une importante proportion est produite ou assemblée localement grâce un secteur industriel et universitaire de haut niveau.  Comme souvent dans ce domaine, les stocks iraniens sont inconnus mais les experts les jugent pléthoriques, qu'ils soient aux mains de l'armée, du Corps des Gardiens de la révolution, ou des différents alliés de l'Iran dans la région, depuis le Hezbollah libanais jusqu'aux rebelles Houthis du Yémen.

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Eva Koulouriotis, une experte indépendante, a récemment indiqué à l'AFP que des sources arabes et occidentales « font état de quelque 60.000 missiles » mais estimait que « le chiffre est bien plus élevé et pourrait atteindre les 200.000 » unités.  Le programme balistique de la République islamique nourrit ses ambitions nucléaires, qui s'appuieraient sur des missiles de haute technologie si elle devait acquérir la bombe, ce que les Occidentaux l'accusent de vouloir faire.

Le gouvernement du Yémen demande l'aide des Etats-Unis et de l'Arabie saoudite

Dans ce contexte, le Conseil présidentiel du Yémen, l'entité soutenue par l'Arabie saoudite et qui représente le gouvernement internationalement reconnu que les Houthis ont chassé de la capitale Sanaa il y a près de dix ans, cherche à profiter de la situation pour reprendre la main. Ce samedi, son chef, Rashad al-Alimi, a en effet demandé le soutien des Etats-Unis et de l'Arabie saoudite pour « éliminer » la capacité des rebelles Houthis à mener des attaques contre les navires au large du Yémen.

« Les opérations défensives ne sont pas la solution », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse dans la capitale saoudienne Ryad, en référence aux frappes américano-britanniques contre ces rebelles yéménites. « La solution est d'éliminer les capacités militaires des Houthis », a-t-il ajouté. Le Conseil présidentiel du Yémen est basé dans la ville d'Aden, dans le sud du pays.

Rashad al-Alimi a affirmé soutenir le processus de paix, accusant les rebelles et l'Iran de ne pas vouloir la paix. Il a également déclaré qu'il souhaitait bénéficier du soutien des Etats-Unis et de l'Arabie saoudite pour les opérations terrestres contre les Houthis, estimant que les forces yéménites devraient être des « partenaires » dans ces opérations. « Nous exigeons (ce soutien) chaque jour, chaque mois, chaque année », a-t-il lancé.

Pour l'instant, les forces américaines, parfois conjointement avec le Royaume-Uni, ont mené des séries de frappes visant les Houthis dans le but de les dissuader de continuer à attaquer les navires de commerce, sans succès pour l'instant. Les frappes américaines ont visé en particulier les sites de lancement de missiles et de drones. Des analystes ont prévenu que les tensions croissantes dans la région pourraient faire dérailler les efforts en vue de parvenir à un cessez-le-feu entre les Houthis et la coalition militaire mise en place en 2015 et dirigée par l'Arabie saoudite pour appuyer le gouvernement.

Depuis 2014, la guerre au Yémen a fait des centaines de milliers de morts, déplacé des millions de personnes et plongé le pays dans l'une des pires crises humanitaires au monde, selon l'ONU.  Pays le plus pauvre de la péninsule arabique, le Yémen connaît toutefois une accalmie fragile depuis une trêve négociée par l'ONU en avril 2022. La trêve a expiré en octobre dernier mais reste globalement respectée.

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L'Iran a saisi un bateau étranger

Ces tensions au Yémen interviennent alors que ce dimanche l'Iran a saisi un bateau étranger se livrant à de la contrebande de carburant dans le Golfe et arrêté 14 membres d'équipage, selon l'agence de presse Tasnim.

« Les forces maritimes des Gardiens de la Révolution (armée idéologique du régime iranien, NDLR) ont saisi un navire battant pavillon d'un pays d'Océanie au large du port de Bouchehr (sud-ouest) qui transportait deux millions de litres de carburant diesel de contrebande », a annoncé le média.

Le prix du carburant en Iran est l'un des plus bas au monde, ce qui rend d'autant plus rentable le trafic vers d'autres pays.

« Quatorze membres de l'équipage de ce navire, qui sont ressortissants de deux pays asiatiques, ont été arrêtés », a ajouté l'agence, sans plus de précision.

Les forces iraniennes annoncent régulièrement l'arraisonnement de bateaux transportant illégalement du  carburant dans le Golfe. En septembre, l'Iran a saisi deux pétroliers battant pavillon du Panama et de la Tanzanie, qui transportaient plus de 1,5 million de litres de carburant iranien, et a arrêté 37 membres d'équipage, selon les médias d'Etat. Parallèlement, l'Iran a saisi le 12 janvier un pétrolier dans le golfe d'Oman, en représailles au « vol » par les Etats-Unis d'une importante cargaison de pétrole iranien sous sanction, transportée par ce même navire l'année dernière, sur fond de tensions régionales exacerbées.

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Cinq choses à savoir sur le Yémen

Le Yémen, d'où les rebelles Houthis mènent des attaques en mer Rouge en soutien aux Palestiniens de Gaza, est le pays le plus pauvre de la péninsule arabique, dévasté par près d'une décennie de conflit.

- Deux Yémens réunis

En 1918, après le démantèlement de l'empire ottoman, le nord du Yémen devient un royaume indépendant dirigé par des imams zaïdites. En 1962, un coup d'Etat mené par des officiers nationalistes renverse l'imam-roi, la République du Yémen du Nord est proclamée. Une guerre civile durera jusqu'en 1970. Au sud, le port d'Aden est depuis 1839 aux mains de la Grande-Bretagne, qui le proclame colonie royale en 1935 avant de faire de son arrière-pays un protectorat. En 1967, le Yémen du Sud devient indépendant après une révolte armée contre les Britanniques : naît la République démocratique et populaire du Yémen, seul Etat marxiste arabe. Le Nord nationaliste et le Sud communiste sont réunis en 1990.

- Près d'une décennie de guerre

Le pays est secoué à partir de juillet 2014 par un conflit opposant les Houthis, rebelles proches de l'Iran, aux forces progouvernementales, appuyées par une coalition dirigée par l'Arabie saoudite.

Les Houthis, s'estimant marginalisés, lancent alors une offensive depuis leur fief de Saada. Ils sont issus du zaïdisme, branche du chiisme majoritaire dans le nord du Yémen. Ils s'emparent progressivement de larges pans du pays, dont la capitale Sanaa, déclenchant l'intervention militaire d'une coalition menée par Ryad en soutien au gouvernement, réfugié à Aden (sud). Toutes les parties ont été accusées par des experts de l'ONU d'avoir commis des crimes de guerre. Une trêve négociée par l'ONU en avril 2022 a expiré au bout de six mois, mais la situation est restée depuis relativement calme. Mais depuis fin 2023 le pays est emporté dans le conflit Israël-Hamas: après avoir multiplié les attaques de navires en mer Rouge en « solidarité » avec les Palestiniens de Gaza, perturbant durement le trafic maritime, les Houthis sont visés dans la nuit du 11-12 janvier 2024 par des frappes américaines et britanniques.

- Risque de famine

Malgré la diminution significative des combats, plus de 4,3 millions de Yéménites restent déplacés, selon l'ONU. Le conflit a provoqué l'une des pires crises humanitaires mondiales. Selon un bilan de l'organisation fin 2021, il a fait près de 380.000 morts, la grande majorité due à des conséquences indirectes comme la faim. Plus de 21 des 34 millions d'habitants, soit plus des deux tiers, dépendent encore de l'aide humanitaire et plus de 450.000 enfants souffrent de malnutrition aiguë, indiquait l'ONU fin 2023.  Le Yémen a l'un des PIB par habitant les plus bas au monde, à 650 dollars (Banque mondiale en 2022).

- « Talibanisation »

Dans un pays déjà très conservateur, les Houthis ont limité les libertés des femmes dans les zones qu'ils contrôlent. Ils leur interdisent de se déplacer d'une ville à l'autre et à l'étranger sans un « mahram », un tuteur ou gardien masculin, une règle imposée par des régimes rigoristes comme celui des talibans en Afghanistan.  Dans leur fief de Saada et certaines petites villes, les femmes n'ont plus le droit de se déplacer seules après 18H00, y compris pour des urgences médicales, et n'ont plus librement accès à la contraception.  Le mariage des fillettes est une pratique courante au Yémen, où les violences faites aux femmes se sont accentuées avec la guerre.

- Patrimoine en péril

Le Yémen est le pays de la légendaire civilisation de Saba. Connu sous le nom d'Arabia Felix (Arabie heureuse), ancienne appellation datant de 400 avant J.C., il regorge de trésors architecturaux. Mais la vieille ville de Sanaa, inscrite depuis 1986 au patrimoine mondial de l'Unesco, est considérée en péril en raison du conflit. Édifiée dans une vallée au milieu des montagnes, Sanaa était aux VIIe et VIIIe siècles un important centre de propagation de l'islam, avec plus de 100 anciennes mosquées et 6.000 maisons, toutes construites avant le XIe siècle. L'ancienne ville de Shibam (est), appelée « Manhattan du désert » en raison de ses maisons-tours, et la ville historique de Zabid (ouest) sont aussi considérées comme en péril.

(AFP)

latribune.fr

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