Mythes et réalités du ralentissement chinois

Virginie Mangin

Virginie Mangin
Des exportations en berne, un indice du secteur manufacturier (PMI) au plus bas depuis six ans, une déflation latente et une production d'électricité en hausse d'à peine 1 % en août : les indices économiques, en dépit d'un effort de relance soutenu du gouvernement, ne montrent aucun répit.
Depuis plus d'un an maintenant, l'économie chinoise donne des signes d'un ralentissement, certes souhaité par le régime communiste, mais qui commence à inquiéter tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.
La deuxième économie mondiale est touchée par une ambiance mondiale morose et une demande intérieure stagnante. Elle est surtout engluée dans une surcapacité endémique qui touche l'ensemble de son industrie (ciment, acier, verre, immobilier) et une dette qui ne cesse de grimper pour atteindre 280% de son PIB. À titre d'exemple : le secteur de l'acier est en surcapacité de 300 millions de tonnes, soit presque trois fois la production annuelle de toute l'Union européenne...
Là-dessus s'est greffée une bulle boursière provoquée de toutes pièces par le gouvernement et qui a éclaté violemment cet été. Ainsi, la Bourse de Shanghai a-t-elle perdu 40% de sa valeur en deux mois. La communication calamiteuse du gouvernement, qui a cherché à tout prix à endiguer la baisse tout en pointant du doigt des boucs émissaires dans une mise en scène digne de son voisin nord-coréen, n'a rien fait pour rassurer les investisseurs. Sans parler de la fuite des capitaux : 130 milliards de dollars ont ainsi quitté la Chine en août.
Pourtant, un ralentissement de la croissance a été voulu et annoncé par le nouveau tandem Xi Jinping-Li Keqiang (le Président et son Premier ministre), dès leur arrivée au pouvoir, il y a trois ans. Le concept de « nouvelle norme » a été maintes fois martelé à la presse et lors de chaque visite officielle. Le message est clair : la Chine va se réformer. Elle ne sera plus l'usine du monde ; la croissance à deux chiffres, c'est fini ! Elle sera désormais tirée par l'innovation et la demande intérieure.
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En regardant de plus près les données économiques, il y a quelques bonnes nouvelles dans ce sens. Pour la première fois dans son histoire récente, l'industrie des services prédomine dans la composition du PIB. Si toute une partie de l'industrie traîne des pieds (ciment, acier, charbon), une autre (TIC, télécoms) résiste au ralentissement.
Effectivement, la Chine a pleinement intégré l'ère digitale et, dans ce domaine, elle n'a rien à envier à l'Europe et aux États-Unis.
Pour ce qui est de la consommation des ménages, cette dernière est de plus en plus tournée vers des produits de bien-être : loisirs, cosmétiques, masques pour le visage (en hausse de 29% en juin) ; signe que les mentalités ont bien changé. Si la demande commence à être saturée dans les grandes villes telles que Pékin ou Shanghai, elle reste encore forte dans les villes de deuxième ou troisième rang où toute une partie de la population doit encore accéder au statut de classe moyenne.
D'ailleurs, à Dalian, les hommes d'affaires et analystes font tous le même diagnostic : l'économie se restructure et pour l'instant le ralentissement indéniable n'est pas inquiétant outre mesure. Le pouvoir, quant à lui, défend son bilan économique sans sourciller. Officiellement, le gouvernement n'est pas inquiet, même s'il admet que les reformes sont difficiles à mettre en oeuvre.
Pour l'instant, le gouvernement a résisté à un grand plan de relance par les investissements comme en 2008-2009, source aujourd'hui d'une grande partie de ses maux. Il s'est contenté d'annoncer des investissements publics précis (chemin de fer, HLM) et de baisser les taux d'intérêt et ceux des réserves obligatoires des banques.
Alors, qu'en est-il vraiment ? Jusqu'à quel point le pouvoir communiste maîtrise-t-il le ralentissement économique ? En fait, rares sont ceux qui peuvent réellement répondre à cette question. Tout au plus savons-nous que la croissance réelle de la Chine n'a pas atteint 7% au deuxième trimestre, comme l'a affirmé le bureau national des statistiques en juin. Une surévaluation des chiffres qui a valu à la Chine une réprobation publique du FMI... Les économistes la situent plutôt autour de 6%.
Aujourd'hui, c'est cette incertitude qui plane sur ce qui a été l'un des moteurs de la croissance mondiale des dix dernières années, qui rend la communauté internationale si nerveuse. Personne ne sait vraiment comment les décisions sont prises. La gestion de la crise boursière suivie par l'annonce surprise d'une dévaluation de la monnaie, montre toute l'opacité du système.
Si une partie des réformes ont été appliquées, notamment dans le domaine financier, le plus dur, c'est-à-dire restructurer les entreprises d'État, peu compétitives et qui accaparent une grande partie des ressources, reste à faire.
Mi-septembre, le gouvernement a bien annoncé un plan sur le sujet. Mais, comme d'habitude, on peine à comprendre ce qui sera appliqué ou non, et dans quelles conditions. Un éditorial virulent le mois dernier dans un journal officiel contre ceux qui rechignent à se délester de leurs privilèges laisse entendre que le pouvoir se heurte à de fortes résistances. Rappelons que certains patrons d'entreprises d'État ont le rang de ministre.
Virginie Mangin