ENTRETIEN - Selon l’ancien lieutenant-colonel Guillaume Ancel, les opérations militaires de l’armée israélienne dans l’enclave palestinienne sont un échecAlors que la communauté internationale garde les yeux fixés sur Téhéran et Tel-Aviv, les opérations militaires de l'armée israélienne se poursuivent dans la bande de Gaza. L'écrivain et ancien officier d'artillerie Guillaume Ancel tient un blog, « Ne pas subir », où il analyse les conflits armés. L'auteur de Saint-Cyr, à l'école de la Grande Muette (Flammarion, 2024) estime que les opérations militaires israéliennes ne visent pas à éradiquer le Hamas ni à récupérer les otages.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Vous écrivez sur votre blog que la situation est hors de contrôle à Gaza. Que voulez-vous dire ?
GUILLAUME ANCEL - En termes militaires, contrôler une zone signifie que plus rien ne peut y bouger sans que votre armée ne le sache. L'armée israélienne pensait « nettoyer » le nord de la bande de Gaza, puis le centre, et terminer avec le sud. C'est un échec. Après six mois de bombardements et de combats intenses, l'armée ne contrôle aucune partie du territoire où le Hamas continue d'agir, même si l'organisation a été très abîmée.
Après six mois de bombardements et de combats intenses, l'armée ne contrôle aucune partie du territoire
Quelles opérations mènent les Israéliens depuis leur retrait il y a deux semaines de Khan Younès, dans le centre du territoire ?
L'armée a un petit peu réduit la densité et la fréquence des bombardements terrestres, absolument colossales les trois premiers mois, mais elles restent toujours très intenses. Dans le Nord, elle mène aussi des raids quand un groupe de miliciens du Hamas, ou présumés tels, a été repéré à un endroit. En fait, les tunnels sont extrêmement compliqués à détruire intégralement. Les Américains en ont fait l'amère expérience pendant la guerre du Vietnam, croyant pouvoir détruire les tunnels du Viêt-cong avec leurs bombardiers B-52.