Nexa Technologies mise en examen pour « complicité d'actes de torture » suite à la vente de son logiciel Cerebro en Egypte

PME française spécialisée dans les solutions de surveillance, Nexa Technologies fait l'objet d'une mise en examen à Paris pour son possible rôle dans les actions de repression du président égyptien Al-Sissi à l'encontre ses opposants politiques. Son logiciel d'écoute Cerebro est au cœur de l'enquête. La société fait aussi l'objet de soupçons pour une éventuelle implication en Lybie, auprès de l'Armée nationale libyenne du maréchal Haftar.

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La PME Nexa Technologies a été mise en examen par le parquet national antiterroriste (Pnat) pour déterminer le rôle de son logiciel Cerebro dans la répression des opposants en Egypte.
La PME Nexa Technologies a été mise en examen par le parquet national antiterroriste (Pnat) pour déterminer le rôle de son logiciel Cerebro dans la répression des opposants en Egypte. (Crédits : Eric Gaillard)

Nexa Technologies a été mise en examen le 12 octobre par le parquet national antiterroriste (Pnat) pour « complicité d'actes de torture et de disparitions forcées ». La PME française est accusée d'avoir vendu du matériel de cybersurveillance au régime du président Al-Sissi en Egypte, notamment un logiciel baptisé « Cerebro », qui aurait permis au régime de traquer des opposants.

Cette procédure à l'encontre de Nexa en tant que personne morale a été dévoilée par l'AFP le 28 novembre, à partir d'une source proche du dossier, confirmée par une source judiciaire. Elle fait suite aux mises en examen il y a quatre mois de quatre de ses dirigeants et cadres par le pôle de lutte contre les crimes contre l'humanité, crimes et délits de guerre du Pnat.

L'enquête doit ainsi notamment déterminer si un lien entre l'utilisation de la surveillance et la répression peut être démontré. Contacté par l'AFP, l'avocat de Nexa Technologies, Me François Zimeray, n'a pas souhaité faire de commentaires.

Une enquête débutée en 2017 sous la pression des ONG

Une information judiciaire avait été ouverte en 2017 après une plainte de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et de la Ligue des droits de l'Homme (LDH), déposée avec le soutien du Cairo Institute for Human Rights Studies. Elle faisait suite à une enquête du magazine Télérama révélant la vente en 2014 « d'un système d'écoute à 10 millions d'euros pour lutter - officiellement - contre les Frères musulmans », l'opposition islamiste en Égypte.

Ce système d'écoute appelé Cerebro permet de traquer en temps réel les communications électroniques d'une cible, à partir d'une adresse mail ou d'un numéro de téléphone par exemple. Les ONG accusent ce logiciel d'avoir servi la vague répressive contre les opposants d'Abdel Fatah al-Sissi.

La FIDH et la LDH ont par ailleurs réitéré leur appel à la constitution d'une commission d'enquête parlementaire pour « clarifier l'éventuelle compromission des services français avec la dictature d'Al-Sissi, ayant possiblement conduit à des actes de torture et d'exécutions extra-judiciaires ». Elles s'appuient notamment sur les enquêtes des médias Disclose et Télérama portant sur l'utilisation par l'Egypte de renseignements fournis par les services français dans le cadre de la lutte anti-terroriste, ainsi que sur la possible implication des plusieurs entreprises françaises ayant « vendu à l'Egypte des outils de surveillance individuelle, d'interception de masse ou de collecte des données ».

Une implication libyenne ?

Outre l'Egypte, l'AFP rapporte que Nexa Technologies fait aussi l'objet de soupçons pour une possible vente illicite en Libye selon une source proche du dossier, confirmant ainsi une information de Libération. Les enquêteurs de l'Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité (OCLCH) suspectent Nexa d'avoir voulu vendre un système tactique d'interception cellulaire baptisé « Alpha Max » au maréchal Haftar, homme fort de l'Est de la Libye et candidat à l'élection présidentielle du 24 décembre.

Dans un rapport de synthèse dont l'AFP a eu connaissance, les enquêteurs indiquent qu'un des dirigeants mis en examen dans le volet égyptien avait reconnu en audition « cette vente entre Nexa et l'Armée nationale libyenne du maréchal Haftar ». Celle-ci serait intervenue alors que la Libye est depuis 2011 sous le coup d'un embargo de l'ONU sur les armes et matériels assimilés, et l'Armée nationale libyenne n'est pas reconnue par la communauté internationale. Pour les enquêteurs de l'OCLCH, ces faits pourraient relever de « l'association de malfaiteurs en vue de commettre des tortures ou des actes de barbarie ».

Pour l'instant, selon une source proche du dossier, le Pnat n'a pas élargi l'information judiciaire à ces faits. Il a expliqué à l'AFP qu'il se positionnerait « par rapport à ces infractions au regard des investigations qui sont en cours ».

Nexa dément toute vente

Dans un communiqué, Nexa Technologies a démenti avoir « contracté, de quelque façon que ce soit, avec la Libye ». Elle a expliqué que c'était Advanced Systems, « société sœur de Nexa Technologies de droit émirati », qui avait signé en septembre 2020 « un contrat d'intermédiation avec plusieurs fabricants européens - sous condition suspensive de l'obtention de toutes les autorisations d'exportation (européennes, américaines et émiraties) - et avec une autre société émiratie pour le ministère des télécommunications et de l'information de l'Est de la Libye ».

Nexa Technologies a ajouté que pour ce contrat, la « finalité était "l'antiterrorisme et la lutte contre la criminalité organisée", dans le strict respect des droits de l'Homme », mais qu'il n'avait pas pris effet « les autorisations d'exportation n'ayant pas été délivrées ». Elle a assurée que « l'ensemble des documents confirmant ces éléments » seraient communiqués à la justice. Des documents contractuels entre Advanced Middle East System et le ministère libyen des communications et de l'information technologique de Benghazi ont été saisis en perquisition.

Nexa est dirigée par d'anciens responsables d'Amesys, visée par une autre information judiciaire depuis 2013 pour avoir vendu au régime de Mouammar Kadhafi entre 2007 et 2011 un logiciel appelé à l'époque « Eagle » - ancêtre de « Cerebro » - et qui aurait servi à arrêter des opposants libyens. Dans cette enquête, Amesys et Philippe Vannier, qui en fut le président jusqu'en 2010, ont aussi été mis en examen en juin.

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