France/Egypte : retour à la realpolitik ?
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Après une brouille de près de deux ans, le président égyptien, le maréchal Abdel Fattah al-Sissi, est de retour à Paris
Philippe Wojazer
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Après une brouille de près de deux ans, le président égyptien, le maréchal Abdel Fattah al-Sissi, est de retour à Paris
Philippe Wojazer
France/Égypte, retour à la realpolitik. Le président égyptien, le maréchal Abdel Fattah al-Sissi, doit venir le 8 décembre en France pour rencontrer Emmanuel Macron, selon des sources concordantes. Si cette visite se confirmait, elle mettrait fin à près de deux ans de bouderies entre les deux chefs d'État. Surtout Paris et le Caire ont compris qu'ils ne pouvaient faire l'un sans l'autre sur le plan géopolitique, notamment en Méditerranée orientale et en Afrique (Libye, Soudan...). Cette rencontre doit beaucoup au ministre des Affaire étrangères Jean-Yves le Drian, qui a beaucoup œuvré pour réchauffer les relations entre les deux pays. Le 8 novembre, il était au Caire où il a rencontré le président égyptien avec qui les relations dans un climat de confiance sont excellentes, et le ministre des Affaires étrangères Sameh Shoukry. Cette visite a été effectuée au moment des tensions entre Paris et le monde musulman autour de la publication de caricatures du prophète Mahomet.
Le relations s'étaient dégradées entre Paris et Le Caire après la conférence de presse du 28 janvier 2019, quand Emmanuel Macron, sous la pression des ONG, s'était autorisé, sans concertation avec son homologue, à faire une leçon de morale sur la société civile et les droits de l'homme au président égyptien le maréchal Abdel Fattah Sissi. "On ne donne pas la leçon au Pharaon chez lui sans le prévenir", nous avait expliqué un industriel à l'époque. Une erreur fatale dans les relations entre la France et l'Égypte, qui a fait payer à Paris pour cette affront le prix fort en arrêtant la plupart des discussions avec les industriels français, notamment dans la défense. Le Caire avait ainsi entamé une nouvelle phase de diversification de ses sources d'approvisionnement avec l'Italie et l'Allemagne, où les Verts au centre des prochaines élections exigent un embargo sur les ventes d'armes à destination du Caire.
À lire également
La maladresse d'Emmanuel Macron a donc coûté quelques milliards à la France (Rafale, hélicoptères, corvettes Gowind...) alors que Al-Sissi avait très clairement choisi en 2015 l'industrie d'armement française en Europe. L'Italie et l'Allemagne ont été les grands bénéficiaires de cette brouille entre la France et l'Égypte. l'Italie a vendu des frégates FREMM et des hélicoptères aux forces armées égyptiennes. Ainsi, la frégate FREMM n°9 initialement destinée à la marine italienne, la Spartaco Schergat a été débaptisée et renommée Al Galala. L'équipage égyptien s'entraîne actuellement sur cette frégate, qui devrait être livrée courant décembre. La n°10, en attente d'un nouveau nom, doit être remise à la marine égyptienne au printemps prochain. La transaction de ce contrat entre l'Italie et l'Égypte a été réalisée le 7 août dernier pour 1,2 milliard d'euros. Leonardo a également vendu 32 hélicoptères (24 AW149 et 8 AW189) pour un montant de 870 millions d'euros.