Automobile : les exportations chinoises d'aimants en terres rares chutent en mai
Julien Gouesmat

La mine américaine de Moutain Path, une des rares alternatives à la Chine, mais insuffisante.
Reuters
Julien Gouesmat

La mine américaine de Moutain Path, une des rares alternatives à la Chine, mais insuffisante.
Reuters
[Article publié le 5 juin 2025, mis à jour le 20 juin 2025]
En mai, le montant des exportations d'aimants en terres rares depuis la Chine s'est effondré de 70 % par rapport à l'an dernier, après un premier ralentissement en avril, selon les données publiées vendredi 20 juin par les douanes chinoises. Passé sous la barre des 60 millions de dollars, il atteint son niveau le plus bas depuis 2015, hors période de pandémie, selon des calculs de l'agence Bloomberg.
Après des négociations au début du mois à Londres entre Washington et Pékin, la Chine avait annoncé avoir délivré un « certain nombre » de licences d'exportation de terres rares. Pékin a également proposé au début du mois d'instaurer un « canal vert » pour faciliter les exportations de terres rares vers l'Union européenne. En mai, les exportations chinoises d'aimants en terres rares vers les pays membres de l'UE ont chuté de 81 % par rapport à l'an passé, selon les données des douanes chinoises.
L'Association européenne des fournisseurs automobiles (Clepa) a annoncé, au début du mois, que des usines ont déjà arrêté certaines productions sur le sol européen. Le 4 juin, c'est BMW qui a annoncé que certains de ses fournisseurs étaient affectés par les problèmes de matières premières.
L'origine du problème est à chercher en Chine, premier exportateur mondial de terres rares. Début avril, Pékin a exigé des entreprises chinoises qu'elles détiennent une licence d'exportation afin de pouvoir commercialiser leurs matières premières à l'étranger. Problème : ces précieux sésames semblent être distribués au compte-goutte, le système d'obtention est particulièrement complexe et nécessite que les clients étrangers justifient leur demande.
« Les procédures semblent varier en fonction des provinces et dans plusieurs cas, des informations sensibles sur la propriété intellectuelle ont été requises », explique la Clepa. Selon cette même association européenne, sur les centaines de demandes de licence d'exportation déposées depuis début avril par les équipementiers, un quart seulement a été accordé. Cette restriction aurait dû être infléchie en raison du cycle de négociation commerciale sino-américain entamé à Genève début mai, mais Pékin n'a pas tenu sa promesse. En fin de semaine dernière, Donald Trump a accusé la Chine de violer l'accord.
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À Chicago, Ford a interrompu la production de son SUV Explorer pendant une semaine en mai, en raison du manque de terres rares. Si les entreprises américaines ont été les premières touchées et les premières à réagir le 9 mai dans une lettre à l'administration Trump, la tension est montée d'un cran ces derniers jours en Europe.
L'inquiétude a obligé de nombreuses entreprises à rassurer les investisseurs sur leurs chaînes d'approvisionnement. Ainsi, l'allemand Thyssenkrup assurait hier avoir « pris très tôt des mesures pour diversifier [ses] chaînes d'approvisionnement et renforcer la sécurité d'approvisionnement pour ces matières premières spéciales ». Les licences étant distribuées au compte-goutte et les alternatives à la Chine étant rares, les entreprises se livrent une bataille pour l'approvisionnement, afin d'éviter la pénurie.
Hier, le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, a déclaré qu'il faisait pression sur le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao. Selon le Financial Times, des négociations sont en cours et les entreprises européennes, constituées en lobby, demandent à Pékin d'ouvrir un canal spécial afin de pouvoir continuer à importer. La proposition a été faite « lors d'une réunion entre des entreprises européennes et des responsables du ministère chinois du Commerce », rapporte le média britannique qui indique également que le canal spécial comporterait une liste blanche d'entreprises européennes auxquelles la Chine accepterait de vendre des terres rares. Ces dernières n'auraient pas à demander de licence en amont des transactions.
Si certains envisagent de délocaliser leur production en Chine afin de se rapprocher de la matière première et éviter le verrou de Pékin, d'autres cherchent à sourcer la matière première ailleurs. Ainsi, l'Australien Lynas Rare Earths, plus grand producteur de terres rares en dehors de la Chine, a vu son action en bourse grimper de près de 12 % hier. L'entreprise exploite la mine de Mount Weld (Australie) depuis 2011, et a signé il y a trois jours un accord avec la Malaisie pour exploiter les ressources du pays. Lynas y a déjà une usine de traitement, approvisionnée par les terres rares de Mount Weld.
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Le traitement des terres rares est un procédé particulièrement complexe dans lequel le savoir-faire chinois est en avance. Pour preuve, la Chine est le seul pays au monde qui contrôle l'ensemble d'une chaîne de conception : extraction, traitement, séparation des terres rares, raffinage et création d'aimants permanents. En 2019, le pays assurait 92 % de la production mondiale de ces aimants.
Julien Gouesmat