Le partage des tâches est connu. Washington domine l'innovation et le secteur des produits technologiques à haute valeur ajoutée (Cloud, IA, IT), alors que Pékin contrôle la chaîne d'approvisionnement plus en amont : l'extraction des minerais critiques, terres rares et le raffinage de ces deux dernières.
L'ordre du monde aurait pu s'en tenir là si, ces dix dernières années, les deux géants n'avaient pas autant démontré leur interdépendance que leur volonté d'arsenaliser leurs avantages compétitifs. Ainsi, régulièrement, les États-Unis interdisent l'exportation de puces, poussant la Chine à riposter par des limitations sur la vente de certains métaux et terres rares, « sans, pour l'instant, provoquer une escalade de restrictions », nuance Elvire Fabry, chercheur à l'Institut Jacques Delors.
Dernier fait marquant, au mois d'août : Pékin a annoncé un contrôle accru de ses exportations d'antimoine, un minerai critique, utilisé dans le photovoltaïque ainsi que pour des usages militaires, y compris par les Etats-Unis. Désormais, les entreprises chinoises devront obtenir une licence du gouvernement pour exporter le précieux minéral, « assurant, pour Pékin, une traçabilité des usages du métal », explique Vincent Donnen, analyste financier et consultant en métaux critiques. Des contrôles similaires ont été appliqués auparavant sur le gallium, le germanium et le graphite. Le 1er octobre dernier, la Chine a également annoncé augmenter sa participation dans les entreprises d'extraction et de raffinage.