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Europe : Emmanuel Macron émet des doutes sur la nomination de l'Américaine Fiona Scott Morton à Bruxelles

latribune.fr

Publié le 18 juillet 2023 à 15:51 - Mis à jour le 18 juillet 2023 à 15:52

La nomination de Fiona Scott Morton survient au moment où l'UE doit mettre en œuvre de nouvelles législations ambitieuses pour réguler le secteur de la tech.

La nomination de Fiona Scott Morton survient au moment où l'UE doit mettre en œuvre de nouvelles législations ambitieuses pour réguler le secteur de la tech.

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La nomination d'une Américaine à un poste clé de la Commission européenne lié à la régulation des géants américains de la tech suscite une levée de boucliers depuis une semaine. Plusieurs élus européens, dont une grande partie de Français, s'inquiètent de possibles conflits d'intérêts et d'un risque d'ingérence de Washington dans des décisions de l'UE du fait de ses anciennes fonctions de cadre de l'administration Obama et d'ex-consultante pour des grands groupes de la tech. Afin de les rassurer, la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, devait être auditionnée ce...

... our expliquer les raisons de ce choix.

[Article publié le mardi 18 juillet à 08H32 et mis à jour à 17H50] C'est une annonce qui fait polémique depuis une semaine. Mardi dernier, la Commission européenne a indiqué que Fiona Scott Morton, professeur d'économie à l'université de Yale, avait été choisie comme nouvelle économiste en chef à la Direction générale de la concurrence. Ce service est chargé de veiller au bon fonctionnement de la concurrence dans l'UE et d'enquêter notamment sur les abus des géants du numérique qui ont donné lieu à des amendes record ces dernières années.

Lire aussiAffaire Fiona Scott Morton : la Commission européenne, à la botte de... Washington

Une nouvelle qui a suscité l'indignation 

des élus européens, en particulier ceux français qui ont notamment épinglé ses anciennes fonctions de responsable de l'analyse économique à la division antitrust du ministère américain de la Justice, entre mai 2011 et décembre 2012, ou de consultante pour des grands groupes de la tech comme Amazon, Apple et Microsoft. Ils dénoncent ainsi de possibles conflits d'intérêts et le risque d'une ingérence de Washington dans des décisions de l'UE.

Au sein du gouvernement, cette nomination a également fait réagir.

 

Fait rarissime, celui-ci a même réclamé jeudi à la Commission européenne de « 

réexaminer son choix

 » par la voix du ministre en charge du Numérique Jean-Noël Barrot. « 

À l'heure où l'Europe s'engage dans la régulation numérique la plus ambitieuse du monde, la récente nomination de l'économiste en chef de la DG Concurrence n'est pas sans soulever des interrogations légitimes

 », a ainsi pointé le ministre dans un tweet.

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«Pas forcément la décision la plus cohérente» pour Emmanuel Macron

De son côté, Emmanuel Macron s'est montré moins virulent ce mardi se disant « dubitatif » sur cette nomination. « Si nous n'avons aucun chercheur (européen) de ce niveau pour être recruté par la Commission, ça veut dire que nous avons un très grand problème avec tous les systèmes académiques européens », a-t-il répliqué, interrogé par des journalistes. Il a par ailleurs souligné l'absence de « réciprocité » de la part des Etats-Unis et de la Chine pour nommer des Européens qui seraient « au coeur de (leurs) décisions ». Emmanuel Macron a souligné avoir « beaucoup de respect » pour l'experte américaine. Mais « elle a été embauchée par beaucoup d'entreprises et devrait se porter en retrait de ces situations ce qui rend assez inopérant ce pour quoi on l'embauche », a-t-il estimé. Et d'ajouter : « Je pense que les Européens ont besoin de développer des compétences européennes, d'avoir une autonomie stratégique (...), il faut avoir une autonomie de pensée » et le recrutement de Fiona Scott Morton « n'est pas forcément la décision la plus cohérente à cet égard ».

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Enfin, le chef de l'Etat a dit attendre des réponses de la Commission européenne. Car, si un retour en arrière est exclu par Bruxelles -- « La décision a été prise. Nous ne voyons pas de raison de la reconsidérer », a affirmé vendredi la porte-parole de la Commission, Dana Spinant -- la Commission européenne veut toutefois jouer la carte de l'apaisement.

Opportunité de dialogue

La déclaration du président français, faite à Bruxelles en marge d'un sommet avec les pays d'Amérique latine et des Caraïbes, intervient, en effet, juste avant une audition de la vice-présidente de l'exécutif européen, Margrethe Vestager, devant les députés du Parlement européen en fin d'après-midi. L'objectif : expliquer les raisons de cette nomination. Cette audition sera ouverte à tous les députés européens et devrait être retransmise en direct sur le site du Parlement.

« Nous attendons des réponses claires à des questions précises concernant ce choix inédit »,a déclaré à l'AFP l'eurodéputée Stéphanie Yon-Courtin (Renew, centristes et libéraux), à l'initiative de cette audition.

La commissaire à la Concurrence « apprécie » de son côté cette opportunité de dialogue. « C'est une bonne occasion de pouvoir défendre cette décision prise par le collège des commissaires », a expliqué à l'AFP un responsable de l'exécutif européen, sous couvert de l'anonymat. « Nous avons surtout vu des réactions françaises », a-t-il souligné.

Si la classe politique française, tous partis confondus, a été la première à dénoncer cette décision, ces élus ont néanmoins rapidement été rejoints par les chefs des groupes PPE (droite), S&D (sociaux-démocrates), Renew (centristes et libéraux) et Verts du Parlement européen. Ce dernier a toutefois depuis changé d'avis et soutient finalement la nomination après avoir pu échanger avec Fiona Scott Morton. Sollicitée par l'AFP, celle-ci n'a pas souhaité faire de commentaires.

Fonction de conseiller pas de décisionnaire

La nomination de Fiona Scott Morton survient au moment où l'UE doit mettre en œuvre de nouvelles législations ambitieuses pour réguler le secteur de la tech. Elle nourrit les critiques contre Margrethe Vestager et Ursula von der Leyen, considérées comme très atlantistes.

La Commission relativise toutefois les responsabilités qui seront assumées par Fiona Scott Morton, assurant qu'il ne s'agit pas d'un poste décisionnaire, mais seulement d'une fonction de conseiller auprès de Margrethe Vestager. Bruxelles écarte aussi tout risque de conflit d'intérêts. L'économiste en chef ne sera pas impliquée dans des dossiers sur lesquels elle a travaillé ou dont elle a eu connaissance dans son emploi précédent, a-t-on expliqué.

Lire aussiLa régulation, joker de l'Europe dans le nouvel ordre technologique mondial

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Cette nomination n'a toutefois pas suscité que des levées de bouclier. Fiona Scott Morton a reçu lundi le soutien d'une quarantaine d'économistes de renom, dont les Français Philippe Aghion et Olivier Blanchard.

« Nous, Européens, avons beaucoup de chance d'avoir attiré quelqu'un de son calibre »,ont-il estimé dans une tribune commune, estimant qu'elle avait« œuvré sans relâche pour convaincre les législateurs américains de moderniser la régulation des grandes entreprises technologiques ».

(Avec AFP)

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