Pour l'ONU, la COP28 de Dubaï doit s'engager clairement sur la « sortie des énergies fossiles »

La COP28 qui commence ce jeudi doit s'engager à une véritable « sortie » des énergies fossiles, plaide le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres dénonçant le manque de « volonté politique » pour éviter la « catastrophe » climatique. Cela passe déjà par un triplement des énergies renouvelables d'ici 2030 qui permettrait d'éviter 7 milliards de tonnes de CO2 en cumul de 2023 à 2030
Pour le chef de l'ONU, une simple promesse de réduction des énergies fossiles, principales responsables du réchauffement de la planète, ne serait pas suffisante.
Pour le chef de l'ONU, une simple promesse de réduction des énergies fossiles, principales responsables du réchauffement de la planète, ne serait pas suffisante. (Crédits : JONATHAN ERNST)

C'est parti pour la grand-messe climatique annuelle. La COP28 débute ce jeudi à Dubaï pour s'achever le 12 décembre, avec, comme ambition, tenir l'objectif de l'accord de Paris, soit un réchauffement limité à 1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle.

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Antonio Guterres, chef de l'ONU, pèsera de tout son poids pour qu'un consensus soit trouvé. « Evidemment, je suis fortement en faveur d'un texte qui inclut la sortie des énergies fossiles), même avec un calendrier progressif », a-t-il déclaré à l'AFP avant de s'envoler pour Dubaï.

Que la COP28 appelle explicitement à réduire les énergies fossiles

Face à l'action mondiale très insuffisante pour respecter l'objectif de l'accord de Paris, certains pays veulent en effet que le document final de la COP28 appelle explicitement à réduire les énergies fossiles. Un défi alors qu'aucune COP n'a jamais jusqu'ici réussi à le faire, celle de Glasgow en 2021 mentionnant seulement le charbon.

Mais pour Antonio Guterres, très engagé dans le combat climatique, une simple promesse de réduction des énergies fossiles, principales responsables du réchauffement de la planète, ne serait pas suffisante.

« Je pense que ce serait dommage si nous en restons à une 'réduction', vague et évasive, dont le véritable sens n'est clair pour personne », a insisté le secrétaire général de l'ONU. Une réduction, ça peut être n'importe quoi, on ne sait jamais ce que ça veut dire. 'Sortie' veut dire qu'à un certain moment on arrête. Même si on ne peut pas arrêter demain », a-t-il ajouté, appelant à ce que cette sortie totale se fasse « de façon organisée », dans un calendrier « crédible » et en accord avec l'objectif des 1,5°C.

Par ailleurs, au moment où le président émirati de la COP28, Sultan Al Jaber, également patron de la compagnie pétrolière nationale Adnoc, est empêtré dans des accusations de conflits d'intérêt, Antonio Guterres estime « qu'il est dans une meilleure position pour dire ça à ses collègues de l'industrie des énergies fossiles que s'il était membre d'une ONG avec un bilan pro-climat solide ». Il explique : « cela lui donne l'opportunité de donner tort à tous ceux qui l'accusent, et cette opportunité est d'être en première ligne des efforts pour créer les conditions d'un calendrier adéquat pour la sortie des énergies fossile » jugeant « inconcevable » que le responsable émirati ait utilisé sa fonction de président de la COP28 pour promouvoir des projets pétroliers et énergétiques de son pays.

 Commencer par tripler la production d'énergies renouvelables

L'urgence est là. Alors que les tempêtes, inondations, incendies ou sécheresses se multiplient déjà, le monde est aujourd'hui sur la voie d'un réchauffement allant de 2,5°C à 2,9°C au cours de ce siècle. Mais face à cette perspective de « catastrophe » totale sur laquelle il ne cesse d'alerter, le chef de l'ONU ne veut pas abandonner l'espoir de limiter le réchauffement à 1,5°C. « Nous avons le potentiel, les technologies, les capacités, et l'argent - l'argent est là, c'est juste une question de l'orienter dans la bonne direction », a-t-il assuré. « La seule chose qui manque toujours, c'est la volonté politique. Et c'est pour ça que la COP est importante, pour que les gens comprennent que nous allons toujours dans la mauvaise direction ». L'Agence internationale de l'énergie (AIE) avait mis les pieds dans le plat avant la réunion en estimant que s'en remettre à la captation de carbone était une « illusion » et que le secteur des énergies fossiles devait choisir entre l'aggravation de la crise climatique et le basculement vers le renouvelable.

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Premier défi : tripler les énergies renouvelables d'ici 2030. Cet objectif est soutenu par de nombreux pays dont ceux du G20 (80% des émissions mondiales de gaz à effet de serre), qui en septembre pour la première fois s'est engagé à « encourager les efforts » à cette fin, tout en restant silencieux sur la réduction des énergies fossiles. Si le monde veut rester sous 1,5°C de réchauffement par rapport à la période pré-industrielle, c'est « le levier le plus important », pour remplacer charbon, gaz et pétrole, souligne l'AIE. « Tripler, c'est éviter 7 milliards de tonnes de CO2 en cumul de 2023 à 2030, une économie notable par rapport aux 37 milliards de tonnes rejetées par l'énergie en 2022. »

Réduire de moitié le volume d'électricité issue du charbon

Cela permettrait de couvrir la croissance de la demande d'électricité liée aux transports, au chauffage ou au boom attendu des climatiseurs. On pourrait ainsi réduire de moitié le volume d'électricité issue du charbon, source numéro une du CO2. Concrètement, selon Dave Jones, expert du groupe de réflexion Ember, « il faudrait passer de 3.600 gigawatts (GW) issus des renouvelables à fin 2022 à 11.000 GW en 2030 ».

Alors que le monde a installé 300 GW de capacités nouvelles en 2022 et en espère jusqu'à 500 supplémentaires en 2023, il faudrait atteindre rapidement 1.500 GW par an d'ici 2030, essentiellement avec des éoliennes et des panneaux solaires. Des progrès sont déjà là. De 2015 à 2022, les installations renouvelables ont crû en moyenne de 11% chaque année. Et sur fond de flambée des prix pétrogaziers et d'insécurité énergétique liée à la guerre en Ukraine, l'AIE attend en 2023 une croissance inédite (+30% environ).

Dans le photovoltaïque, la Chine pourrait atteindre son objectif 2030 de 1.200 GW dès 2025. L'offre de composants dépasse désormais la demande et devrait atteindre 1.000 GW par an en 2024 en Chine mais aussi via des projets aux Etats-Unis, en Europe ou en Inde. L'éolien en revanche connaît des difficultés, face au renchérissement des coûts et des taux d'intérêt. Tous les pays n'auront pas les mêmes efforts à fournir, souligne Ember dans une analyse qui juge la cible « atteignable » : certains sont déjà sur une trajectoire de doublement. D'autres, gros émetteurs (Australie, Japon, Corée du Sud, Emirats arabes unis...), ont des marges de progrès. L'an dernier, 1.000 GW de capacités éoliennes et solaires sont restés dans les cartons à travers le monde, faute de réseaux électriques adéquats et d'autorisations, souligne le réseau d'étude Ren21. « On a besoin de 4.000 milliards de dollars par an et on en est loin ! » déplore Rana Adib, directrice de Ren21, qui appelle à des engagements concrets. « On sait que la transition énergétique, c'est aussi l'arrêt des nouveaux investissements dans les énergies fossiles ».

(Avec agences)

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Commentaires 8
à écrit le 30/11/2023 à 14:30
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Est-ce que Mr Guterres peut se passer de l’avion pour porter sa parole aux quatres coins du monde?Est - ce que Mr Guterres se passe de limousine climatisée ,de résidences de luxe où il prêche.Est-ce que Mr Guterres prend un vélo pour joindre son lie...

à écrit le 30/11/2023 à 13:20
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Bonjour, bon a l'ONU ils y a vraiment des comiques... Le monde ne baissera pas sa consommation d'énergie fossile... Que se soit du charbon ou du pétrole... Sûr que les chinois et les indiens sont de gros consommateurs de charbons et qu'ils seront ...

à écrit le 30/11/2023 à 8:47
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La crédibilité de l’ONU est tombée bien bas, et pire, son Président ne s’en est même pas aperçu..

le 30/11/2023 à 9:14
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"son Président ne s’en est même pas aperçu" Ben disons qu'à 250000 dollars par an plus tous les avantages on le comprend ! ^^ Et pour valbel sache que le salaire du président de greenpeace France est à 14000 balles brut par mois. Forcément ça ainsi p...

à écrit le 30/11/2023 à 7:30
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L'ONU me fait penser à Greenpeace, autrefois c'étaient les casques bleus que l'on voyait intervenir sur les conflits armés afin d'orienter les belligérants vers la paix maintenant ce ne sont plus que des déclarations. Greenpeace c'est pareil autrefoi...

le 30/11/2023 à 8:36
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@Dossier 51 - Il existe des Paradis où il n'y a pas d'ONG, en Russie, en Chine. Heureux pays où il fait bon vivre à l'ombre des dictateurs et de leur régime repressif.

le 30/11/2023 à 9:10
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Donc pour toi un outil qui ne fonctionne pas est bon parce que n'existant pas ailleurs ça ne fonctionne pas non plus ? Intéressant... lol !

le 30/11/2023 à 9:21
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Ah non pas le crucifix de valbel pitié ! LOL ! Prends du recul de temps en temps tu ne tomberas pas promis.

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