La défaite de Kamala Harris, nouvel échec symbolique pour les femmes
Julien Gouesmat

Kamala Harris n'est pas devenue la première femme présidente des Etats-Unis d'Amérique. (Photo d'illustration)
Jonathan Drake
Julien Gouesmat

Kamala Harris n'est pas devenue la première femme présidente des Etats-Unis d'Amérique. (Photo d'illustration)
Jonathan Drake
L'heure des femmes n'est pas encore venue. Après Hillary Clinton en 2016, c'est au tour de Kamala Harris d'être sèchement battue par Donald Trump dans la course à la Maison-Blanche. Propulsée candidate démocrate après le retrait d'un Joe Biden vieillissant, elle n'a pas réussi à rallier l'électorat des femmes et des minorités pour faire barrage au populiste. Contre toute attente, les femmes blanches et les latinos semblent avoir été beaucoup moins nombreux que prévu à soutenir la démocrate, malgré les propos outranciers de Donald Trump ou de ses soutiens sur les Portoricains (des « ordures ») et ses positions radicales sur l'avortement. « Les femmes noires espéraient que leur temps était venu, que l'une d'entre elles pouvait enfin gagner... qu'elles pourraient respirer pour la première fois », s'est lamenté le militant des droits civils Van Jones sur CNN mercredi matin.
Le mouvement masculiniste semble, lui, avoir pleinement joué dans l'élection de Donald Trump. Mardi soir, l'entrepreneur Elon Musk, l'un de ses plus fervents soutiens, tweetait : « La cavalerie arrive. Les hommes votent en masse. Ils réalisent enfin ce qui est en jeu ».
La défaite de Kamala Harris sonne ainsi comme un camouflet pour de nombreuses femmes. Il faut dire qu'elle n'a suivi aucun des schémas tracés par ses prédécesseurs. Elle n'a pas été biberonnée au pouvoir, comme un John F. Kennedy. Elle n'a pas présidé de grandes entreprises, comme Donald Trump. Elle n'a jamais été élue gouverneure, comme George W. Bush, Bill Clinton ou Ronald Reagan. « Et elle n'est d'aucun clan », ajoute Olivier Piton, auteur de la biographie Kamala Harris, la pionnière de l'Amérique (Plon).
Les esprits les plus chagrins estiment que sa candidature à la Maison-Blanche n'était qu'une suite de coups de chance : la sénatrice d'origine afro-indo-américaine a été choisie comme vice-présidente en réaction aux émeutes raciales qui avaient suivi la mort de George Floyd, et n'est devenue candidate à l'investiture qu'après le désistement du président. « Mais Kamala Harris est bien plus que cela », insiste Jean-Eric Branaa, auteur de Kamala Harris : l'Amérique du futur (éditions Nouveaux Mondes).
La justice a été au cœur de sa vie comme de son programme électoral. Elle est née à Oakland en 1964, dans la baie de San Francisco, où ses parents, militants des droits civiques issus de la classe moyenne lui ont inculqué le partage et l'égalité. À 28 ans, sortie de l'université Howard, considérée comme le Harvard pour Afro-Américains, avec une licence de sciences politiques, et de l'école de droit de San Francisco avec un master de droit, elle intègre le barreau californien.
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C'est là qu'elle rencontre Willie Brown, futur maire de la ville au Golden Gate, puissant politicien, et déjà mentor de Nancy Pelosi (future speaker à la Chambre des Représentants), Diane Feinstein (sénatrice), et Gavin Newson (futur gouverneur de Californie).
Après une décennie d'ascension dans l'appareil judiciaire californien, Harris devient procureure du district de San Francisco, puis, en 2011, procureure générale de Californie. Elle s'illustre, à chaque campagne, par son dynamisme, et à chaque nouvelle fonction par sa poigne. Au point de traîner la même réputation d'avoir été une procureure générale intransigeante et répressive. Olivier Piton précise :
Le biographe, avocat dans la ville de Washington, nuance : « C'est une juriste, elle vient du droit. Si elle sort des sujets sociaux, elle reste floue. » Les 107 derniers jours n'auront pas répondu à toutes ces questions.
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