Présidentielle au Brésil : les Brésiliens aux urnes pour un second tour sous très haute tension

Quelque 120 millions d'électeurs brésiliens sont appelés aux urnes dimanche pour un second tour de l'élection présidentielle sous très haute tension, qui voit s'opposer le président sortant d'extrême droite, Jair Bolsonaro, et le candidat de gauche et ancien président Luiz Inacio Lula da Silva.
Laurent Lequien
(Crédits : DR)

Le scrutin s'annonce serré, les deux candidats pouvant prétendre à un nouveau mandat de quatre ans. Les sondages donnent à l'ancien président brésilien, "Lula", une légère avance sur son adversaire d'extrême droite. La dernière enquête d'opinion en date, réalisée entre le 26 et le 28 octobre par l'institut MDA auprès de 2.002 électeurs inscrits, crédite Lula de 51,1% des intentions de vote contre 48,9% pour Bolsonaro, un écart toutefois compris dans la marge d'erreur.

Mais de nombreux observateurs estiment que le résultat s'annonce totalement indécis, rappelant que Jair Bolsonaro avait réalisé un score supérieur aux prédictions des instituts de sondage lors du premier tour le 2 octobre. S'il a quitté le pouvoir il y a 12 ans avec une popularité record, Lula est désormais détesté par de nombreux Brésiliens après avoir été condamné pour corruption. Sa peine de prison, qu'il purgeait lors de la précédente élection présidentielle en 2018, a par la suite été annulée par la Cour suprême, lui permettant de se porter candidat cette année.

Déjà des contestations sur le mode électoral à la "Trump"

Les électeurs voteront grâce à des machines de vote électroniques, un système introduit en 1996 et généralisé au début des années 2000, sans fraude attestée jusqu'à présent, mais critiqué par Jair Bolsonaro qui met en doute, sans preuve à l'appui, son intégrité. Ces déclarations font craindre qu'il puisse contester les résultats en cas de défaite, à l'image de Donald Trump face à Joe Biden en novembre 2020 aux États-Unis. L'ancien président américain lui a manifesté publiquement son soutien à plusieurs reprises.

Les propos de Jair Bolsonaro ont contribué à une polarisation sans précédent de la vie politique brésilienne depuis la fin de la dictature militaire en 1985, combattue à l'époque par Lula, âgé de 77 ans, lorsqu'il était dirigeant syndical, et que le président sortant, qui a 67 ans, invoque avec nostalgie.

Arrivé en tête du premier tour avec 48,3% des suffrages exprimés contre 43,2% pour Bolsonaro, sur un total de 11 candidats, Lula conserve un léger avantage dans les sondages, mais l'écart s'est resserré dans la dernière semaine de campagne et de nombreux analystes estiment que l'un comme l'autre peut l'emporter, d'autant que les enquêtes d'opinion avaient sous-estimé le score de Jair Bolsonaro le 2 octobre.

Une campagne présidentielle violente

Le président sortant n'a de cesse depuis un an de questionner la fiabilité du vote électronique, au point que nombre de ses partisans doutent désormais de la crédibilité du processus électoral.

À l'issue d'une campagne marquée par les invectives, et des confrontations armées impliquant des alliés de premier plan de Jair Bolsonaro ces dernières semaines, le Tribunal supérieur électoral, dirigé par des juges de la Cour suprême, a mis en place des mesures de sécurité pour protéger son personnel et son bâtiment en prévision d'éventuelles manifestations. Les alliés de Jair Bolsonaro ont déjà prévu d'organiser dimanche une "fête de la victoire" sur l'esplanade centrale de Brasilia, la capitale fédérale, pendant le comptage des voix.

Le chef de l'État sortant a également demandé à ses partisans de se poster devant les bureaux de vote jusqu'à leur fermeture à 17h (21h heure française), une initiative dénoncée par ses détracteurs qui estiment que cela pourrait peser sur le choix des électeurs et conduire à des affrontements. De son côté, Lula a appelé ses électeurs à défendre la démocratie face au "néofascisme" de Bolsonaro.

Échanges tendus entre Lula et Bolsonaro lors du dernier débat d'entre-deux-tours

Les deux candidats se sont affrontés avec violence vendredi lors du dernier débat télévisé avant le second tour de l'élection présidentielle de dimanche au Brésil, s'accusant mutuellement de mensonges.

Les attaques ont fusé de toutes parts lors du débat de vendredi, les deux candidats critiquant mutuellement leurs bilans et leurs personnalités, s'accusant de mentir et refusant fréquemment de répondre aux questions posées par leur adversaire.

Les deux candidats sont maintes fois revenus sur les deux mandats de Lula, au pouvoir de 2003 à 2010, lorsque les prix élevés des matières premières avaient permis de relancer l'économie et de lutter contre la pauvreté. L'ancien président brésilien a promis un retour à cette ère de prospérité. Jair Bolsonaro a de son côté estimé que les programmes sociaux existant à l'heure actuelle étaient plus efficaces.

Deux visions diamétralement opposées pour le Brésil

Lors de la campagne, Lula a promis de rétablir une politique économique et sociale étatiste qui avait permis, lors de sa présidence, de sortir des millions de Brésiliens de la pauvreté dans un contexte d'envolée du prix des matières premières. Il a également juré de lutter contre la déforestation en Amazonie, qui se poursuit à un rythme sans précédent depuis quinze ans.

Jair Bolsonaro, quant à lui, s'est engagé à poursuivre la politique ultra-conservatrice qu'il a mise en oeuvre au cours d'un premier mandat bousculé par la crise sanitaire provoquée par la pandémie de Covid-19. Lula promet de se montrer plus responsable sur les plans social et environnemental que son adversaire et d'améliorer la situation des Brésiliens les plus pauvres et de la classe moyenne. Il rappelle les années de prospérité que le pays a connues lors de son double mandat, entre 2003 et 2010, avant que des scandales de corruption n'entachent sa popularité et celle de son Parti des travailleurs.

Laurent Lequien

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Commentaires 2
à écrit le 30/10/2022 à 17:47
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Vivement que le vieux retrouve sa résidence pénitentiaire...

à écrit le 30/10/2022 à 15:46
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Nos médias de masse s'offusquent bruyamment, dégoulinants de cette morale abjecte de ceux qui savent tout, du fait que bolsonaro n'aie rien fait contre la pandémie de covid. Les riches ont pu se soigner et les pauvres sont morts un peu plus nombreux ...

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