Sanctions : l'économie russe "paralysée" selon l'université américaine Yale

La faculté américaine de Yale se penche sur la réalité de l'économie russe après six mois de sanctions qui ont coupé les relations économiques avec l'Occident, à l'exception des hydrocarbures. Son rapport explique que "les départs des entreprises et les sanctions paralysent l'économie russe, à court et à long terme". Une hémorragie que le Kremlin tente de compenser par un discours officiel optimiste et des dépenses budgétaires massives.
Selon l'étude de Yale, une école de management très proche des cercles du pouvoir américains, l'économie russe subit une hémorragie de capitaux et de technologies occidentales.
Selon l'étude de Yale, une école de management très proche des cercles du pouvoir américains, l'économie russe subit une hémorragie de capitaux et de technologies occidentales. (Crédits : EVGENIA NOVOZHENINA)

À quel point les sanctions occidentales décrétées contre la Russie pénalisent-elles son économie ? La question occupe de nombreux responsables politiques et économistes occidentaux.  L'université américaine de Yale tente d'y apporter une réponse. Cette fac prestigieuse de la côte Est dévoile une étude qui affirme que les conséquences sur l'économie russe sont bien plus lourdes que ce que déclarent les chiffres officiels.

Les auteurs de l'étude, issus du département de management de Yale, considèrent que dans le discours officiel russe "un récit commun a émergé". Selon ce récit, la consommation et l'appareil productif russe résisteraient de façon robuste aux sanctions, tandis qu'« une guerre d'usure économique (...) fait des ravages à l'Ouest, étant donné la supposée résilience voire prospérité de l'économie russe ».

"C'est tout simplement faux", affirment les professeurs de l'École de management de Yale. D'après eux, le président Poutine et son administration ne publient que des "statistiques sélectionnées".

Discours officiel et stimulus budgétaire

Dans les faits, "les départs des entreprises et les sanctions paralysent l'économie russe, à court et à long terme" d'après Yale, qui a mené au préalable un travail minutieux de recensement des départs, ou maintiens, d'entreprises étrangères du marché russe, pays par pays, groupe par groupe.

Sous la pression politique de leur gouvernement, de nombreuses grandes entreprises ont gelé ou bradé leurs actifs en Russie, comme le français Renault pour qui ce marché était stratégique. Conséquence directe de ces retraits massifs de capitaux, de salariés et d'usines étrangères, l'approvisionnement du pays en marchandises et en matières premières devient difficile, jusqu'à manquer de certaines technologies cruciales comme des turbines pour ses gazoducs.

Yale dresse ainsi un tableau très sombre. "Malgré les illusions d'autosuffisance et de substitution des importations (...), la production intérieure russe s'est complètement arrêtée et n'a pas la capacité de remplacer les entreprises, les produits et les talents perdus", souligne le rapport qui évalue la part de ces entreprises parties à "environ 40% du PIB, annulant la quasi-totalité des trois décennies d'investissements étrangers".

L'étude se penche sur les stratégies de riposte mise en place par Moscou pour éviter un chaos économique. Le Kremlin procède notamment "à une intervention budgétaire et monétaire insoutenable" à long-terme pour des finances publiques "dans une situation bien plus désespérée que ce qui est admis".

L'improbable pivot vers la Chine

Se pose aussi la question du "pivot vers la Chine" brandi par Vladimir Poutine pour compenser la perte des liens avec l'Occident. Poutine s'est ostensiblement rapproché de Xi Jinping avant l'invasion de l'Ukraine. Cette option d'une bascule de la Russie vers l'économie chinoise relève d' "hypothèses optimistes irréalistes" à en croire l'étude de Yale, tant les relations économiques avec le colosse chinois sont déséquilibrées.

"La Russie représente un partenaire commercial mineur pour la Chine, (...) et la plupart des entreprises chinoises ne peuvent pas risquer d'enfreindre les sanctions américaines", précisent les auteurs, qui jugent aussi que les groupes chinois "manquent en amont de nombreuses technologies nécessaires pour maintenir et entretenir l'approvisionnement pétrolier et gazier russe".

L'enquête de Yale tente ainsi de percer à jour la situation économique russe, dont les rares échos en dehors des médias russes viennent d'institutions internationales. Le Fonds monétaire international (FMI) anticipe que la Russie s'en sorte mieux que prévu avec un recul du PIB de 6% en 2022, alors qu'il misait sur un plongeon de 8,5% en avril.

Aussi exhaustif et argumenté soit-il, il convient de noter que le travail de Yale sur l'économie russe provient d'une grande université de la côté Est, très proche des cercles de pouvoir américains dont une grande partie ont étudié sur ses bancs.

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Commentaires 21
à écrit le 03/08/2022 à 8:49
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Juin: Lada Granta sans airbags, sans ABS, EBD, BAS (systèmes de freinage auxiliaire), sans antivol, sans système d’alerte d’urgence ERA-GLONASS, sans sièges avant chauffants, sans climatisation et sans système audio. Chacune des grosses banques va a...

le 03/08/2022 à 10:02
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@Alain ne pas confondre vos desirs avec la realite... Pour le moment c'est tout le contraire, vous ne racontewz que des anneries. PLus de la moitie de la Terre ne condamne pas la Russie, il n'y a qu'a voir le deplacement de Macron en Afrique ! Bref...

le 03/08/2022 à 14:16
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@ Réponse de AL02 Votre "Nos dirigeants sont fabuleux" laisse à penser que vous êtes russe. Rassurez vous, sur La Tribune, vous pouvez vous exprimer, sans risquer 5 ans de prison.

à écrit le 02/08/2022 à 22:18
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Méthode Coué ?

à écrit le 02/08/2022 à 19:29
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Yale la réserve d'affairistes de MCKINSEY ? Bientôt un bilan sur l'Europe ? Chez nous les journalistes sont à fond sur l'expulsion de l'imam et des pains aux chocolats ..on avance ,on avance ..

à écrit le 02/08/2022 à 17:52
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Des faits, que comment chacun sait depuis (Lénine sont têtus): - Depuis la guerre, les importations russes ont été divisées par 2. - Depuis la guerre, les 500 avions civils qui volent à l'intérieur de la Russie n'ont plus de pièces de rechange. ...

le 02/08/2022 à 18:23
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Qu'on me pardonne toutes les fautes d'orthographe et de grammaire, le français (la langue au monde la plus complexe, la plus élaborée, la plus parfaite) n'étant pas ma langue maternelle.

à écrit le 02/08/2022 à 16:08
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J'ai un très bon ami russe vivant à Moscou, ses grand parents maternels sont ukrainiens et il a des cousins en Ukraine. Nous avons beaucoup discuté de politique au printemps 2020 tous deux coincés au Vietnam pour cause de Covid. Il m'a toujours déc...

à écrit le 02/08/2022 à 15:59
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Si c'est Yale qui le dit, alors c'est vrai...

à écrit le 02/08/2022 à 14:39
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La Russie va couper le gaz à l'Europe dans l'objectif d'affaiblir l'Allemagne, la principale économie de la région. La Chine même s'il n'est pas en mesure d’acheter le surplus de gaz russe soutiendra financièrement ce pays qui deviendra en quelque so...

le 02/08/2022 à 16:00
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Lorsque la Russie sera assez affaiblie, la Chine ne lui fera pas de cadeau.

à écrit le 02/08/2022 à 14:38
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Il est vraisemblable que l'activité économique russe connait ou connaitra un coup d'arrêt de la même façon que l'URSS lors de sa compétition avec les USA; certes, elle a eu des succès dans le domaine spatial, notamment, mais un GORBATCHEF a eu le cou...

à écrit le 02/08/2022 à 14:16
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SVP faites preuve de nuances dans les articles de La Tribune. Personne ne croît que l'économie russe est "paralysée", ce n'est pas sérieux un titre comme celui-ci. En difficultés ou sous perfusion, c'est possible, comme d'ailleurs beaucoup de pays, m...

à écrit le 02/08/2022 à 13:38
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De toute façon, les sanctions économiques mettront du temps à produire leur plein effet. D'ici-là il sera toujours possible de faire des évaluations dans un sens ou un autre. Ce qui est certain, c'est que les Russes comptaient sur leurs relais en Occ...

le 02/08/2022 à 15:58
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Oui Georges, les sanctions économiques mettront du temps à produire leur plein effet...en Europe.

le 02/08/2022 à 15:58
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Oui Georges, les sanctions économiques mettront du temps à produire leur plein effet...en Europe.

à écrit le 02/08/2022 à 13:29
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Les USA essayent la méthode COUE. Ce n'est pas la première fois ... C'est très courant dans les pays anglo-saxons.... D'ailleurs, au bout d'1 semaine de guerre ils avaient annoncé 10 000 morts russes...Et aujourd'hui, ils en sont à 15 000 morts (27...

le 02/08/2022 à 16:18
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A supposer que vos chiffres soient authentifiés, cela ne vous interpelle pas qu'en... 28 semaines, le "géant russe", n'ait "conquis que 20% d'un nain militaire ? Adolf Poutine (70 balais) devrait se dépêcher, avant de disparaître...

le 03/08/2022 à 9:41
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@PM Ça ne vaut pas Biden 79 balais. "28 semaines, le "géant russe", n'ait "conquis que 20% d'un nain militaire ?" Les russes ont attaqués l’Ukraine avec seulement 170.000 hommes ce qui est peu puisque en face Zelensky annonçait avoir un mil...

à écrit le 02/08/2022 à 13:15
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Les Russes feront comme nous, ils s'adapteront. Ils pourront toujours aussi essayer de manger leur super hypersoniques missiles et leur stock de bombes nucléaires.

à écrit le 02/08/2022 à 11:51
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Déjà une rengaine.

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