Le grand bond en arrière de la Russie : les sanctions occidentales font perdre 15 ans de progrès à l'économie

La Russie est en train de perdre 15 ans de progrès économique et 30 ans d'intégration avec l'Europe. Et ce, en raison des sanctions qui lui sont imposées par les Occidentaux en représailles de sa guerre menée en Ukraine. Parmi les secteurs particulièrement touchés, celui de l'automobile, dont les ventes de voitures neuves ne cessent de dégringoler depuis mars. L'inflation est toujours très élevée dans le pays, à plus de 17%, bien qu'elle ait légèrement reculé par rapport à avril.
Les auteurs du rapport de l'Institut de la Finance internationale notent que « certaines des conséquences les plus significatives doivent encore se faire sentir ».
Les auteurs du rapport de l'Institut de la Finance internationale notent que « certaines des conséquences les plus significatives doivent encore se faire sentir ». (Crédits : DADO RUVIC)

C'est un bond en arrière pour la Russie. D'après un rapport de l'Institut de la finance internationale (IIF pour Institute of International Finance) publié mercredi 8 juin, les sanctions imposées à Moscou à la suite de l'invasion de l'Ukraine sont en train d'effacer une quinzaine d'années de progrès économique et trois décennies d'intégration avec l'Occident.

Les sanctions financières - notamment la réduction de la capacité de Moscou à rembourser sa dette extérieure -, la hausse des prix et la sortie des entreprises étrangères du pays ralentissent la demande intérieure, « assombrissant ainsi les perspectives économiques à court, moyen et long terme ».

Les auteurs du rapport notent que « certaines des conséquences les plus significatives doivent encore se faire sentir ». Dans sa dernière analyse, l'IIF prévoit notamment que l'économie russe se contractera de 15% cette année et de 3% supplémentaires en 2023.

Néanmoins, l'impact des sanctions reste difficile à prévoir tant elles sont mouvantes avec, d'un côté, de potentielles nouvelles sanctions et, de l'autre côté, une possible riposte de la Russie, notamment dans le secteur de l'énergie.

Elina Ribakova, économiste de l'IIF, a aussi relevé que les sanctions bouleversent les chaînes de valeur mondiales. Elle y voit une « désintégration de 30 ans d'investissements et de connexions avec l'Europe ».

Selon le vice-président exécutif de l'IIF, Clay Lowery, l'évaluation de l'efficacité des sanctions imposées à la Russie dépend de ce que les gouvernements tentent d'accomplir. « Si par succès, on entend nuire à l'économie (...), alors ces sanctions ont certainement un impact », et cela devrait augmenter, a-t-il déclaré. Pour autant, par le passé, les sanctions n'ont pas fait la preuve de leur efficacité pour faire changer les politiques de cap, a-t-il ajouté.

Le secteur automobile particulièrement impacté

La production automobile fait partie des secteurs industriels russes souffrant le plus de l'impact des sanctions occidentales. Cela se ressent sur les ventes de voitures neuves : 24.268 véhicules légers neufs ont été vendus au mois de mai, selon les chiffres publiés par l'Association of European Businesses (AEB). Soit 52% de moins par rapport à avril et même 83,5% de moins sur un an. L'effondrement des ventes a commencé en mars, suite à l'imposition par les pays occidentaux de lourdes sanctions pour ce secteur, bannissant notamment les exportations de pièces détachées vers la Russie.

Le retrait du pays de nombre de marques étrangères et l'arrêt des livraisons de pièces détachées ont également de lourdes conséquences, forçant de nombreuses usines locales à s'arrêter. En avril, la production de voitures avait ainsi baissé de 85,4% sur un an.

Depuis l'entrée, le 24 février, des troupes russes en Ukraine, de nombreux producteurs ont annoncé en outre l'arrêt de la vente de composants ou de voitures à la Russie ou l'arrêt de la production en territoire russe. L'inflation et l'instabilité du rouble ont également réduit les possibilités pour les Russes d'acheter des produits importés, a fortiori des voitures.

L'inflation en recul en Russie, mais toujours très haute

Les sanctions occidentales envers la Russie lors de l'entrée de ses troupes en Ukraine fin février ont fait s'envoler l'inflation. Après avoir atteint un record en avril, à 17,8%, elle a légèrement reculé en mai, à 17,1%, selon les données de Rosstat, le service de statistiques de l'Etat russe, publiées ce mercredi.

L'augmentation des prix des produits alimentaires a, elle, continué d'accélérer, avec une flambée de 21,5% en mai sur un an, notamment pour les produits de base, comme le sucre (+61,4%), les céréales (+36,3%), les pâtes (+29,2%) les fruits et légumes (+26,3%).

Sur l'ensemble de l'année 2022, la Banque centrale prévoyait que l'inflation annuelle pourrait atteindre 23%, avant de ralentir l'année prochaine et de revenir à l'objectif de 4% en 2024. Elle avait toutefois fait état d'un ralentissement plus rapide que prévu en mai.

Fin mai, le président Vladimir Poutine avait, lui, assuré que l'inflation ne dépasserait pas 15% d'ici la fin 2022, tout en annonçant une hausse des retraites et des minima sociaux. La hausse des prix a déjà considérablement miné le pouvoir d'achat des Russes, qui ont peu d'épargne, et fait fondre de près de 10% leur consommation en avril sur un an.

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ZOOM

LA RUSSIE ALLONGE SA LISTE D'AMÉRICAINS INTERDITS D'ENTRÉE

En représailles aux sanctions prises par Washington, la diplomatie russe a allongé lundi sa liste de citoyens américains interdits d'entrée en Russie, y incluant notamment la secrétaire au Trésor Janet Yellen.

Fin mai, Moscou avait rendu publique une liste de 963 personnalités interdites de séjour sur le sol russe, incluant notamment le président américain Joe Biden, le fondateur de Facebook Mark Zuckerberg et l'acteur Morgan Freeman.

La nouvelle liste comprend 61 noms, essentiellement ceux de responsables gouvernementaux et politiques mais aussi de plusieurs patrons de grandes entreprises, essentiellement dans les secteurs de la défense et de l'énergie.

Outre Janet Yellen, la ministre de l'Energie Jennifer Granholm ou le PDG de l'opérateur de satellites OneWeb, Neil Masterson, ont été sanctionnés. Les PDG d'Universal Pictures et de l'agence de notation Fitch sont aussi ajoutés sur la liste.

(Avec AFP)

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Commentaires 13
à écrit le 12/06/2022 à 17:58
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Je ne partage pas votre analyse. Ces sanctions serons, à terme, bénéfiques pour la Russie. Elle fera comme l'Angleterre que les sanctions Napoléoniennes ont poussé à développer sa marine pour trouver de nouveaux clients et c'est cette même marine pos...

à écrit le 10/06/2022 à 15:01
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Bof entre la pandémie qui a fait 620 000 victimes en Russie avec un vaccin qui ne vaut rien,l'alcoolisme chronique des Russes et les élites qui émigreront face à l'absence de perspective ce pays s'écroulera bien avant les USA. Personnellement je n'...

le 11/06/2022 à 16:47
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Effectivement, les USA, c'est que du rêve... La Russie, c'est aussi corrompu que les USA, mais sans les paillettes !

à écrit le 10/06/2022 à 8:39
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Si je comprends bien, l'occident veut faire reculer la Russie suffisamment pour retrouver l'URSS. C'est progressiste ça ?

à écrit le 10/06/2022 à 0:41
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Fallait faire comme moi .. anticiper et être à l écoute du monde et prévoyant ou j ai tout organisé pour être autonome depuis 2-3 ans : je fais pousser les fruits et légumes, confectionne mes confitures et bocaux de légumes produit mon électricité...

à écrit le 09/06/2022 à 20:47
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Quelle coïncidence, cela correspond au niveau actuel des pays européens donc, pas de jaloux!

à écrit le 09/06/2022 à 17:00
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Si la Russie ne rembourse plus sa dette extérieure, c'est qu'elle en est empêchée par ses ennemis (Etats occidentaux), et ceux qui subissent finalement ce défaut artificiel, ce sont ses créanciers qui n'en peuvent mais, et pas elle-même.

le 10/06/2022 à 0:31
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La Russie mettra une génération ou deux pour redevenir fréquentable … et pour les populations occidentales est un pays pas fiable ne respectant pas sa signature d état et agressif

à écrit le 09/06/2022 à 11:38
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Me fait doucement rigoler cet article, les Russes détiennent les matières premières indispensables à l'occident donc pour construire nos airbus à qui allons nous acheter les matières premières sans gaz Russe l'Europe est distancée quand au blé ils on...

le 09/06/2022 à 12:13
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La gaz de schiste americain est subitement devenu ecolo selon les europeens, son prix est 4-5 fois superieur au gaz russe. En europe, l'hiver 2022 va etre drole. Entre les factures d'essence pour aller bosser avec un litre a 2.5 euros et un gaz 5 foi...

le 09/06/2022 à 12:17
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C'est vachement marrant effectivement!!! Pour info l'Angola, deuxième producteur de pétrole d'Afrique à plus de la moitié de sa population qui vie avec 3 USD par jour; les autres, Congo, Nigeria, etc c'est pas plus glorieux, leNigeria est en pénurie ...

le 09/06/2022 à 13:50
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faire payer aux americains le manque a gagner c'est leur responsabilite

le 09/06/2022 à 16:22
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sauf que l'ukraine coulera bien avant ainsi que les pays europeens surendettes comme la france. Deja en 2021 le salaire moyen par habitant etait inferieur a celui de 1991. Avant de faire couler la russie, d'autres pays couleront et verront le sang. e...

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