Sanctions : la Chine prépare ses arrières, CNOOC, le géant de l'énergie chinois, solde tous ses actifs en Amérique du Nord

Le premier producteur de pétrole et de gaz chinois se désengage du Canada, des Etats-Unis et du Royaume Uni, après avoir dû se retirer de la Bourse de New York. Il va redéployer son portefeuille vers l'Amérique du sud et l'Afrique. Ce changement intervient alors que les Etats-Unis menacent la Chine si elle achète le pétrole russe sous sanctions.
Robert Jules

4 mn

(Crédits : Reuters)

Mieux vaut prévenir que guérir! Pékin va réduire sa dépendance à l'Occident, comme l'illustre la démarche de CNOOC, le géant pétrolier et gazier chinois, qui va céder toutes ses participations en Grande-Bretagne, au Canada et aux États-Unis, révèle l'agence Reuters. Menacée à son tour de sanctions pour son soutien à la Russie, elle-même soumise à un embargo occidental depuis son invasion militaire en Ukraine, Pékin veut éviter que certains de ses actifs ne fassent l'objet d'une confiscation à l'étranger.

Non seulement la Chine a refusé de condamner l'opération russe mais entend entretenir des bonnes relations avec la Russie, dont les hydrocarbures et autres matières premières l'intéressent pour assurer son approvisionnement.

En acquérant le producteur canadien Nexen en 2012 pour 15,1 milliards de dollars, CNOOC, qui a le statut d'une entreprise d'Etat, s'était hissé parmi les grands producteurs mondiaux d'hydrocarbures.

220.000 barils équivalent pétrole par jour

Les actifs de l'ex-Nexen - le nom a disparu en 2019 pour être intégré à la marque CNOOC - comptent des participations dans des champs off shore en mer du Nord, dans le gaz de schiste du nord-est de la Colombie-Britannique, dans l'exploration d'hydrocarbures de schiste au large de Terre-Neuve-et-Labrador ou encore dans le parc éolien de Soderglen dans le sud de l'Alberta, au Canada. Aux États-Unis, CNOOC possède des actifs dans les bassins onshore Eagle Ford et Rockies shale, ainsi que des participations dans deux grands champs offshore dans le Golfe du Mexique, Appomattox et Stampede. La production cumulée s'affiche à environ 220.000 barils équivalent pétrole par jour (boed), selon les calculs de Reuters. En dehors de la Chine, CNOOC est présent dans une vingtaine de pays.

En mars, Reuters avait déjà indiqué que le géant chinois avait donné mandat à Bank of America pour préparer la vente de ses actifs en mer du Nord, qui comprennent une participation dans l'un des plus grands champs du bassin.

En octobre dernier, son retrait de la Bourse de New-York avait été finalisé. CNOOC comptait parmi les entreprises chinoises que l'administration Trump avait ciblées en 2020, car contrôlées par l'armée chinoise. Elle devrait être cotée à la bourse de Shanghai ce mois-ci, pour pouvoir continuer à se financer.

Pour autant, CNOOC ne renonce pas à se développer à l'international. La major chinoise va chercher à acquérir de nouveaux actifs en Amérique latine et en Afrique, et va donner la priorité au développement de nouveaux projets offshore au Brésil (où elle coopère avec Petrobras et Shell), en Guyane (avec Exxon et Hess) et en Ouganda et Tanzanie (avec TotalEnergies), selon les sources citées par Reuters.

Une nouvelle configuration de la mondialisation

CNOOC compte parmi les cinq plus importantes compagnies pétrolières du pays, avec CNPC, Sinopec, Yang Chang Petroleum et Sinochem Group, avec des actifs détenus hors du pays.

La rivalité avec les Etats-Unis, qui a pris une nouvelle dimension avec les sanctions occidentales contre la Russie, pourrait aboutir à une nouvelle configuration de la mondialisation tant sur le plan diplomatique que commercial. Cette perspective pousse la Chine à sécuriser son approvisionnement vital pour son développement économique.

Ainsi, le pays consomme de plus en plus de pétrole. Après 13,1 millions de barils par jour (mbj) en 2021, elle devrait brûler 15,7 mbj en 2022 (+ 9,1%), selon le dernier rapport mensuel de l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Et même si elle a augmenté sa production locale (voir graphique), celle-ci reste largement insuffisante pour couvrir les besoins, notamment de produits  pétroliers.

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production chinoise de pétrole

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C'est l'une des raisons qui va pousser la Chine, mais aussi l'Inde et d'autres pays asiatiques, à développer les achats de pétrole russe, d'autant que ceux-ci sont vendus avec une décote.

Urgence de trouver un débouché pour la Russie

Pour le moment un tel mouvement d'ampleur ne s'est pas encore concrétisé, note l'AIE au regard des données de février et mars. "Il reste à voir si les acheteurs asiatiques pourront absorber le brut russe et les produits pétroliers qui étaient achetés par l'Europe et sont interdits aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Canada et en Australie. Sans une réallocation complète, la Russie pourrait devoir arrêter une production de pétrole supplémentaire avec des conséquences potentielles à plus long terme pour l'approvisionnement mondial", explique l'AIE, qui anticipe une baisse de 1,5 mb/j en avril puis près de 3 mb/j en mai de la production russe.

De fait, l'urgence à trouver un débouché  à ses importations d'hydrocarbures s'impose d'abord à la Russie plus qu'à ses clients asiatiques. La Chine, elle, qui est sous la pression de Washington, est en train de tirer les premières leçons du conflit ukrainien et commence à se préparer, au cas où.

Robert Jules

4 mn

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Commentaires 14
à écrit le 17/04/2022 à 11:53
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Si la Chine vous intéresse, ne manquez pas de lire "Un siècle chinois" de Jean Tuan (C.L.C. Éditions), publié en avril 2022. Préfacé par Marie Holzman, sinologue de renom, ce récit évoque le parcours du père de l'auteur venu en France en 1929 depuis ...

à écrit le 16/04/2022 à 16:03
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vous avez remarque comme la gauche, toujours prmpte a t'en donner de la lecon de morale a gogo quand il s'agit de total ou bp, est particulierement silencieuse sur les profits et la pollution des entreprises chinoises ou venezueliennes du petrole.......

à écrit le 15/04/2022 à 13:52
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Réponse à Bernez. Hollande n'a rien vendu, c'est Sarkozy qui dans une fine analyse avait décidé et acté de la vente. Hollande, lui, a annulé cette vente scandaleuse. Quant aux Ukrainiens, c'est effectivement deux missiles Neptune qui ont frappé ...

le 17/04/2022 à 9:26
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"l'équipage est sain et sauf et a pu évacuer le navire" Il est d 'ailleurs étonnant que deux missiles ne fassent aucun mort avec "des explosions en cascade de munitions" comme tu écris ,non ?.

à écrit le 15/04/2022 à 8:35
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C'est super on est en train de créer un rideau de fer avec ces sanctions qui ne sanctionne que les peuples occidentaux.

à écrit le 15/04/2022 à 1:06
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L'Ukraine dit avoir envoyé au fond de la mer Noire le croiseur Moskva grâce à un missile de fabrication ukrainienne. Aucun spécialiste militaire ne peut croire à une telle fable, car l'Ukraine est incapable de fabriquer de tels missiles. En revanch...

le 15/04/2022 à 3:18
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Vous êtes donc un de ces "spécialistes militaires" qui sait tout ? C'est un tir de missiles Neptune qui a touché le Moskva. Vous n'êtes sûrement pas sans savoir que l'armée Ukrainienne a déjà coulé un navire russe ? C'était un navire de débarquement ...

le 15/04/2022 à 11:06
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@reponse de Bernez Snowden est un grossier "agent de l'étranger" à la solde de la Russie. Il utilise tous les codes de la propagande Poutinienne. Ses commentaires n'ont aucun intérêt, ce ne sont que mensonges.

à écrit le 14/04/2022 à 23:13
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La chine- dictature montre son vrai visage .. on sait ce qu il reste à faire en tant que consommateur…

à écrit le 14/04/2022 à 19:20
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L'avenir est à la Chine communiste alliée à la Russie redevenue soviétique! Vive le communisme! LE PEN=MACRON=MELENCHON=ULTRALIBERALISME HYPERATLANTISTE!

à écrit le 14/04/2022 à 19:15
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Surtout que les sanctions font des dégâts collatéraux et que la vieille Europe va exploser . Espérons que le prochain président remettra le gaz ,le pétrole et l'électricité à un prix honnête ,le temps d'éviter la casse sociale et permettre de faire ...

le 14/04/2022 à 23:10
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Vous rêvez quelle immaturité … comme si c était dans le pouvoir du ou de la présidente de décider du prix des hydrocarbures et de ´le électricité …la France a signé des accords … si on ne les respecte boycotte général de tout ce qui sera français :...

à écrit le 14/04/2022 à 18:19
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Il faut être larbins sous tutelle des usa pour suivre leurs politiques de "sanctions" tous azimuts, la Chine et le reste du monde font un bras d' honneur aux usa.

le 14/04/2022 à 23:11
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Et alors c est l exemple démocratique à suivre voulez vous une dictature en france comme le promet Le Pen ??

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