Surprise totale au Royaume-Uni : le ministre des Finances de Boris Johnson claque la porte

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Sajid Javid, ministre britannique des Finances et poids lourds de l'équipe de Boris Johnson, a claqué la porte du gouvernement jeudi à l'occasion du premier remaniement depuis le Brexit.
Sajid Javid, ministre britannique des Finances et poids lourds de l'équipe de Boris Johnson, a claqué la porte du gouvernement jeudi à l'occasion du premier remaniement depuis le Brexit. (Crédits : Reuters)
Sajid Javid était vu comme un contre-poids aux velléités ultra-dépensières de Boris Johnson, qui n'a de cesse de promettre des milliards dans la santé, l'éducation ou les infrastructures. Après cette annonce, la livre s'est nettement inscrite à la hausse. Les analystes y voient un boulevard pour un vaste plan d'investissements publics:

À la surprise générale, le ministre britannique des Finances Sajid Javid, l'un des poids lourds de l'équipe de Boris Johnson, a claqué la porte du gouvernement jeudi à l'occasion du premier remaniement depuis le Brexit.

Il est remplacé par le secrétaire en chef du Trésor Rishi Sunak, 39 ans, qui a fait carrière dans la finance et va devoir piloter ce ministère-clé au moment où l'économie britannique tourne au ralenti.

Cette démission constitue une surprise de taille dans un remaniement qui s'annonçait sans bouleversement majeur.

Elle intervient peu avant la présentation du premier budget depuis que le Royaume-Uni a quitté l'Union européenne le 31 janvier. Le porte-parole du Premier ministre Boris Johnson n'a toutefois pas confirmé la date du 11 mars avancée jusqu'ici, soulignant seulement que les "préparatifs" se poursuivraient "à un rythme soutenu".

Refus de se séparer de ses conseillers spéciaux

Le départ de Sajid Javid est dû à son refus de se séparer de tous ses conseillers comme le réclamait Boris Johnson. Le Premier ministre a en effet créé et mis sous son autorité une nouvelle équipe de conseillers spéciaux qui sera partagée avec le ministère des Finances, a précisé un porte-parole de Downing Street.

"Je ne pouvais pas accepter ces conditions. Je pense que tout ministre qui se respecte n'accepterait pas de telles conditions", a expliqué l'ex-ministre de 50 ans sur la BBC, qui a dès lors estimé n'avoir "d'autre choix que de démissionner".

Un boulevard pour les vélléités ultradépensières de Boris Johnson

Après cette annonce, la livre s'est nettement inscrite à la hausse. Les analystes y voient un boulevard pour un vaste plan d'investissements publics: M. Sajid Javid était vu comme un contre-poids aux velléités ultra-dépensières de Boris Johnson, qui n'a de cesse de promettre des milliards dans la santé, l'éducation ou les infrastructures.

"Le marché parie sur le fait que (ce remaniement) signifie plus de dépenses, moins d'austérité et plus de croissance", a estimé Neil Wilson, analyste pour Markets.com.

"Étant donné le relatif manque d'autorité et la rapide ascension politique du nouveau chancelier, le prochain budget sera probablement davantage celui du Premier ministre", souligne Tom McPhail de la société d'investissement Hargreaves Lansdown.

Ex-banquier qui s'est tourné vers la politique et fils d'un chauffeur de bus pakistanais, Sajid Javid avait occupé le poste de ministre de l'Intérieur avant d'être nommé aux Finances en juillet, quand Boris Johnson a pris la tête du gouvernement.

Son départ survient alors que le Royaume-Uni entame à partir du début du mois prochain de délicates négociations pour définir ses relations futures avec l'UE.

Après son écrasante victoire aux élections législatives du 12 décembre, le chef du gouvernement conservateur avait préféré attendre que le Royaume-Uni quitte l'UE avant de mener un remaniement.

COP26: le remplaçant de Claire Perry O'Neil nommé

Les autres piliers du gouvernement ont été reconduits: Dominic Raab aux Affaires étrangères, Priti Patel à l'Intérieur ou encore Michael Gove, qui était chargé de préparer le Brexit avant de devenir en quelque sorte l'adjoint de Boris Johnson.

Alok Sharma, nommé ministre des Entreprises, de l'Energie et de la croissance propre, prend aussi la tête de la COP26 sur le climat prévue en novembre à Glasgow (Ecosse), après que sa présidente Claire Perry O'Neil a été congédiée. Cette dernière avait alors violemment attaqué le bilan de Boris Johnson en matière de lutte contre la crise climatique et dénoncé un "énorme manque de leadership".

Quant à l'ex-ministre chargé du Brexit, Steve Barclay, il a été nommé secrétaire en chef du Trésor.

Le secrétaire d'Etat chargé de l'Irlande du Nord remercié

En revanche, le secrétaire d'Etat chargé de l'Irlande du Nord Julian Smith a été remercié, remplacé par l'ex-secrétaire d'Etat à la Sécurité Brandon Lewis.

M. Smith a pourtant réussi à remettre en ordre de marche les institutions politiques nord-irlandaises après trois ans de blocage entre les deux principaux partis, unionistes du DUP et républicains du Sinn Fein, qui s'y partagent le pouvoir.

Selon le Times, Boris Johnson lui reproche un manque de transparence dans ces négociations qui comprennent une enquête sur les crimes reprochés aux soldats britanniques pendant les trois décennies sanglantes des "troubles" entre républicains (majoritairement catholiques) et unionistes (surtout protestants).

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a écrit le 14/02/2020 à 10:59 :
Le mécanisme de sécession de l'Irlande du nord et en marche, d'autant plus que le sinn fein a le vent en poupe dans la république d'Irlande et va pousser à la roue pour un réferendum d'auto-determination, lequel est légal puisque prévu par les accords du vendredi saint.

On sait ce qu'il en est de l'Ecosse, qui prend le même chemin, avec ou sans bénédiction de moumoute 2.

L'Ecosse + l'Irlande du Nord ce sont les 2/3 des zones de pêches en eau froide et plus de la moitié des réserves en hydrocarbures (une raison de plus pour les accueillir dans la nouvelle europe).

Le RU aurait quelques petites marges d'endettement (dette 85% du PIB, 2% déficit) mais les ménages anglais eux même sont dejà trop endettés et réduite au seul pays anglais, les marchés sanctionneront lourdement un endettement plus élevé.

Johnson se prend pour trump mais la GBP n'est pas le dollar et il ne pourra pas faire de la relance par la dette très longtemps
a écrit le 14/02/2020 à 10:41 :
Super ! BoJo va enfin pouvoir acheter plein des camions canons à eau d'occasion à 200 000 €, camions qui n'ont jamais servis...comme il a fait en étant maire de Londres....
L'essentiel c'est d'avoir une grande gueule :-)
a écrit le 14/02/2020 à 10:37 :
Un ministre cela se tait ou cela démissionne, mais dans l'UE cela se remplit les poches c'est pour cela que l'on ne comprend pas!
a écrit le 14/02/2020 à 8:51 :
"vélléités ultradépensières"

On croit rêver... -_-

"Encore un siècle de journalisme et tous les mots pueront." Nietzsche (1844-1900)
a écrit le 13/02/2020 à 22:48 :
Comme le brexit a été vendu aux électeurs britanniques par les milliards de £ d'argent public qui, économisés sur la cotisation britannique au budget de l'UE, allaient pouvoir se déverser sur l'investissement public et la dépense sociale. Pure fiction,
-d'abord parce que cette cotisation nette ne représentait pas une somme énorme et que de toutes façons s'il souhaite accéder au marché unique le Royaume-Uni devra quand même participer au financement de l'UE comme la Norvège le fait.
-ensuite parce qu'en l'absence d'un accord de libre échange global avec l'UE il devra rétablir une coûteuse administration douanière même s'il réoriente son commerce extérieur (au demeurant lourdement déficitaire dans beaucoup de secteurs) vers des échanges hors UE.
Bref, augmenter la dépense publique et sociale donc les déficits et la dette est une manière de faire durer encore un peu la fiction à la base du brexit. La dette préexistante du Royaume-Uni (83% du PIB) montre largement les limites de l'exercice. On ne peut durablement soutenir l'économie par une dépense publique excessive (y'a qu'à regarder la France...), tout ça se terminera par le retour du FMI comme dans les années 70...

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