Esther Duflo est titulaire de la chaire Pauvreté et politiques publiques au Collège de France. Elle tient un colloque ce jeudi 20 juin consacré à l'éducation.
GRAND ENTRETIEN - En pleine campagne des législatives, l'économiste star et prix Nobel, Esther Duflo, plaide pour une taxation mondiale des milliardaires, portée par le Français Gabriel Zucman mardi prochain au Brésil. Sollicitée pour le forum international des 20 pays les plus riches (G20), elle défend également une hausse de la taxe minimum des multinationales à 21%, contre 15% actuellement. Objectif affiché, compenser les pertes en vies humaines dans les pays les plus pauvres provoquées par les émissions de CO2 des pays développés. Une proposition qui risque de mettre le feu aux poudres.
LA TRIBUNE- Après le raz-de-marée de l'extrême droite aux élections européennes et l'annonce de la dissolution de l'Assemblée nationale par le chef de l'État Emmanuel Macron, quel regard portez-vous sur la campagne des élections législatives ?
ESTHER DUFLO- Je pense qu'une union de la gauche au sens large et des écologistes, avec des candidatures uniques, et un front républicain au deuxième tour avec des désistements réciproques avec les candidats non RN, paraît la seule manière d'éviter au pire une victoire du RN, et au mieux une chambre parlementaire introuvable. Je pense que ni l'une, ni l'autre des issues ne seraient favorables à la France.
Les six derniers mois ont été les plus chauds jamais enregistrés sur la planète. Désormais, le réchauffement climatique est une réalité du quotidien. Plusieurs travaux ont montré la responsabilité des pays riches sur le réchauffement climatique et les émissions de CO2. Que proposez-vous pour les pays les plus pauvres en première ligne face au péril climatique ?
Je propose un fonds pour véritablement dédommager les pays les plus pauvres, car ce n'est pas le cas actuellement. Un fonds a été voté à la COP 28, mais il repose sur la volonté des États. Le principe est acté, mais il n'y a quasiment pas d'argent. Les pays riches refusent d'avoir des obligations en fonction de leurs émissions carbones.
Cela pourrait représenter d'importantes sommes d'argent à l'avenir. Le principe du volontariat rend les négociations difficiles sur l'enveloppe nécessaire. Cette dernièrepeut se définir par rapport aux besoins ou à la responsabilité morale.
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