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ÉconomieInternational

Tollé international contre le décret Trump, la justice américaine s'en mêle

Photo de Philippe Mabille

latribune.fr

Publié le 29 janvier 2017 à 12:59 - Mis à jour le 29 janvier 2017 à 18:03

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La signature par Donald Trump d'un décret interdisant l'entrée aux Etats-Unis pour les ressortissants de sept pays à majorité musulmane indigne la communauté internationale. Deux juges ont suspendu l'application de l'ordre présidentiel pour les titulaires de visas en règle. Le point sur les réactions des compagnies aériennes.

La mobilisation se poursuivait dimanche aux Etats-Unis face à l'interdiction d'entrée sur le territoire édictée par Donald Trump contre les réfugiés et contre les ressortissants de sept pays musulmans, malgré une victoire partielle obtenue samedi. Le décret signé par Donald Trump vendredi interdit l'entrée à tous les réfugiés, quelle que soit leur origine, pendant 120 jours (de façon indéfinie pour les réfugiés syriens), ainsi qu'à tous les ressortissants de sept pays à majorité musulmane et considérés comme des viviers terroristes par l'administration américaine, pendant 90 jours: Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen.

Alors qu'initialement les détenteurs de cartes vertes - des permis de résident permanent - étaient également visés, le secrétaire général de la Maison Blanche, Reince Priebus, a indiqué dimanche sur NBC qu'ils n'étaient pas "affectés", mais qu'ils pourraient être questionnés de façon approfondie à leur arrivée aux Etats-Unis. Cette clarification n'a pas rassuré les nombreux Iraniens vivant aux Etats-Unis mais en ce moment à l'extérieur du pays. "D'une heure à l'autre, l'administration se contredit", dit à l'AFP Trita Parsi, président du National Iranian American Council. "Il faut que ce soit mis par écrit pour que l'on soit absolument certain".

Selon l'administration, il restait dimanche matin une vingtaine de personnes en détention sur les 109 stoppées depuis vendredi.

Confusion dans les aéroports

La confusion règne dans les aéroports américains depuis vendredi, les agents d'immigration manquant apparemment de consignes claires. Des centaines de manifestants ont assiégé les aéroports à New York, San Francisco, Dallas ou Seattle.

Samedi soir, une juge fédérale de New York, saisie par des défenseurs des droits civiques pour le compte de deux Irakiens bloqués à l'aéroport John F. Kennedy, a interdit l'expulsion des personnes en règle retenues dans tous les aéroports américains. Mais le décret reste en vigueur et dans le reste du monde, les compagnies aériennes refusaient d'embarquer des ressortissants des sept pays concernés, malgré la validité de leurs visas.

L'Iran était particulièrement concerné, étant donné les dizaines de milliers d'Iraniens détenteurs de visas de travail ou étudiants. Téhéran a immédiatement instauré la réciprocité contre les citoyens américains, et dimanche, des voix s'élevaient en Irak à prendre des mesures similaires. La vague d'indignation traverse le monde musulman, la Ligue arabe dénonçant dimanche des "restrictions injustifiées".

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En Europe, le président François Hollande et la chancelière Angela Merkel se sont joints aux condamnations. Selon un porte-parole, Mme Merkel a expliqué au président Trump les obligations de la Convention de Genève concernant l'accueil de réfugiés lors de leur entretien téléphonique de samedi. Londres et Berlin s'inquiètent notamment du sort de leurs ressortissants ayant la double nationalité avec l'un des sept pays de la liste noire, également concernés.

Discrimination religieuse ?

Aux Etats-Unis, des manifestations auront lieu dimanche notamment devant la Maison Blanche à Washington et à New York. L'opposition démocrate a appelé au retrait du décret anti-réfugiés, qui "ne fera que galvaniser ceux qui cherchent à nous faire du mal", a déclaré le chef des démocrates du Sénat, Chuck Schumer. Une poignée d'élus républicains ont aussi condamné tout ou partie du décret.

Pour l'élu du Michigan Justin Amash, le décret semblait être plus motivé par des questions politiques que sécuritaires. "Si on s'inquiète du radicalisme/terrorisme, pourquoi pas l'Arabie saoudite, le Pakistan et d'autres?" a-t-il écrit sur Twitter. "Les tribunaux jugeront s'il est allé trop loin", a prudemment déclaré dimanche Mitch McConnell, chef de la majorité sénatoriale, sur ABC.

C'est en effet devant la justice que le sort du décret devrait se décider. La décision en urgence de la juge de Brooklyn s'ajoute à trois autres bloquant les expulsions, mais aucune ne tranche sur le fond. "Cela finira probablement devant la Cour suprême", a prédit Anthony Romero, directeur de l'ONG ACLU, sur CNN.

La Maison Blanche a cependant défendu un acte nécessaire pour ne "pas laisser s'infiltrer quelqu'un qui cherche à nous nuire", a martelé Sean Spicer, porte-parole de la Maison Blanche. L'exécutif se défendait d'une volonté de discrimination religieuse. A la fin de la période de 120 jours, le décret stipule en effet que la priorité sera donnée aux réfugiés persécutés en raison de leur religion, une phrase désignant implicitement les chrétiens de Syrie et d'Irak. Le président républicain n'a lui-même laissé aucun doute quant à cette préférence. "Les chrétiens du Moyen-Orient sont exécutés en grand nombre. Nous ne pouvons laisser cette horreur se perpétuer!", a-t-il écrit sur Twitter dimanche.

Le monde entier contre Trump

Theresa May, qui a été la première dirigeante à avoir été reçu par le nouveau président américain, a dit ne pas être d'accord avec ce type d'approche."Si elle a un impact sur les citoyens du Royaume-Uni, nous interviendrons auprès du gouvernement américain", a dit un porte-parole du 10 Downing Street. François Hollande, a prévenu Donald Trump que « face à un monde instable et incertain, le repli sur soi est une réponse sans issue » après son entretien téléphonique avec le président américain qui a eu lieu avant même la publication du décret. Le président français l'a appelé "au respect du principe de l'accueil des réfugiés". Angela Merkel, la chancelière allemande qui ne juge pas "justifiées" les restrictions à l'immigration aux Etats-Unis de ressortissants de sept pays musulmans décidées par Donald Trump. "Elle est convaincue que même dans le cadre de la lutte indispensable contre le terrorisme il n'est pas justifié de placer sous une suspicion généralisée des gens en fonction de leur origine ou croyance", a dit le porte-parole cité par l'agence de presse DPA. "La chancelière regrette l'interdiction d'entrée (aux Etats-Unis) imposée par le gouvernement américain contre les réfugiés et les ressortissants de certains pays", a ajouté Steffen Seibert dans un communiqué. Le gouvernement allemand "va maintenant examiner les conséquences" de cette interdiction pour les citoyens allemands ayant une double nationalité et qui sont touchés par les mesures américaines, a-t-il précisé. "La Convention de Genève sur les réfugiés appelle la communauté internationale à accueillir les personnes fuyant la guerre sur une base humanitaire", et "la chancelière a fait valoir" cela lors de son entretien téléphonique avec Donald Trump, a précisé le porte-parole.

De l'autre côté de l'Atlantique, le Canada s'est, par la voie du Premier ministre Justin Trudeau, déclaré prêt à accueillir les réfugiés "indépendamment de leur foi". "La diversité est notre force #BienvenueAuCanada", a-t-il publié sur les réseaux sociaux.

La justice s'en mêle

Alors que les manifestations se multiplie aux Etats-Unis contre cette décision unilatérale, l'ordre présidentiel avait été attaqué en justice par plusieurs avocats et organisations de défense des droits, dont l'American Civil Liberties Union (ACLU), après que près de 200 passagers en provenance des pays concernés, titulaires de visas ou d'autorisations de séjour, avaient été arrêtés à l'atterrissage de leur avion. La confusion s'est prolongée samedi, certains étant libérés au cas par cas. Des manifestants ont occupé une partie de l'aéroport JFK à New York pour soutenir les réfugiés.
La juge Ann Donnelly, nommée par Barack Obama à la cour fédérale de Brooklyn, a ordonné la suspension des arrestations et du renvoi des étrangers refoulés en estimant que la mesure leur causerait « un dommage irréparable». Elle a considéré qu'ils avaient simplement eu « la mauvaise fortune » de se trouver dans l'avion au moment de l'entrée en vigueur du décret présidentiel. Mais elle ne s'est pas prononcée sur la légalité de la mesure, contestée par les plaignants. Elle a encouragé les avocats à se présenter à nouveau devant elle si leurs clients n'étaient pas relâchés.

Le décret Trump a des effets en chaîne à travers le monde, où des passagers se sont vu interdire d'embarquer par les compagnies aériennes. En Autriche, au moins trois Iraniens ont été interdits d'embarquer samedi pour les Etats-Unis à l'aéroport de Vienne, a indiqué un porte-parole d'Austrian Airlines. Les trois passagers, un couple âgé et une jeune femme étaient tous en possession de visas pour les Etats-Unis, a déclaré Peter Thier à l'agence de presse autrichienne (APA). Le couple est toujours à Vienne, tandis que la jeune femme est retournée en Iran, selon lui.

Au Caire, un couple irakien et ses deux enfants qui avaient réservé des billets sur un vol d'EgyptAir et disposaient de visas pour les Etats-Unis n'ont pu embarquer, ont indiqué samedi à l'AFP des responsables de l'aéroport. Selon un responsable d'EgyptAir, la compagnie n'avait pas été officiellement informée des nouvelles régulations et son site ne donnait aucune précision sur les nouvelles règles en vigueur pour les voyages aux Etats-Unis.

Aux Etats-Unis, des dizaines de passagers - entre 100 et 200 selon le quotidien New York Times - ont été interpellés à leur arrivée dans les aéroports américains et menacés d'expulsion. En particulier, dès la promulgation du décret vendredi soir, deux Irakiens pourtant détenteurs de visas ont été interpellés à l'aéroport JF Kennedy de New York. Alors que les défenseurs des droits civiques se mobilisaient pour manifester leur soutien aux passagers bloqués, les associations de défense des droits de l'homme ont obtenu le blocage partiel des expulsions par une juge.

En Iran, des responsables de deux agences de voyage ont affirmé avoir reçu des instructions de la part des compagnies Emirates, Turkish Airlines et Etihad Airways, de ne plus vendre de billet à des Iraniens ayant un visa américain car ces dernières refusent de les embarquer. Maryam, une Iranienne de 44 ans qui avait obtenu sa "carte verte" (permis de résidence) en octobre après 14 ans d'attente a indiqué à l'AFP avoir été empêchée samedi soir de prendre l'avion pour les Etats-Unis. Elle avait vendu sa maison et voulait partir définitivement dans ce pays. Une Iranienne, étudiante en gestion en Californie qui devait retourner le 4 février aux Etats-Unis a déclaré à l'AFP sous couvert de l'anonymat: "j'avais un billet sur Turkish (Airlines) le 4 février prochain, mais il a été annulé". L'Iran a dénoncé la décision "insultante" des Etats-Unis et annoncé le principe de réciprocité pour les voyageurs américains.

Aux Pays-Bas, la compagnie néerlandaise KLM a refusé d'embarquer sept personnes pour les Etats-Unis. "Nous aurions bien aimé les faire voyager avec nous mais cela n'a pas beaucoup de sens, l'entrée du pays leur aurait été refusée", a affirmé à l'AFP une porte-parole de KLM. La compagnie Swiss applique "dès à présent" le décret Trump, elle n'a "pas le choix", a affirmé samedi son directeur général pour la Suisse romande. "Nous avons l'obligation légale d'appliquer ce décret", a ajouté Lorenzo Stoll sur la Radio télévision suisse (RTS), précisant néanmois qu'il y a "très peu" de ressortissants des sept pays concernés qui transitent par Zurich et Genève sur des vols de Swiss.
Air France a indiqué dimanche avoir refusé d'embarquer une quinzaine de personnes vers les Etats-Unis depuis la signature du décret Trump. Ces passagers sont des ressortissants des sept pays mentionnés dans le décret "mais cela ne veut pas dire qu'ils venaient forcément de ces pays", a précisé un porte-parole. "Personne n'est bloqué à Paris, on a pris les dispositions nécessaires pour réacheminer ces personnes à leur point d'origine", a-t-il indiqué. Air France a prévu de prévenir les passagers par courriel ou SMS des nouvelles règles.

La Silicon Valley inquiète

Les entreprises de la Silicon Valley, qui emploie des milliers d'immigrés, dénoncent à l'unisson le décret controversé restreignant l'immigration aux Etats-Unis et creusant encore un peu plus le fossé avec le président Donald Trump. « Apple n'existerait pas sans l'immigration », fustige samedi le PDG Tim Cook, dans un document interne obtenu par l'AFP. Steve Jobs, le charismatique fondateur de la marque à la pomme, était fils d'un immigré syrien.

A l'image de Tim Cook ou de Mark Zuckerberg (Facebook), inquiet, la plupart des grands patrons de la "high tech" sont sortis de leur silence depuis la victoire de M. Trump pour critiquer des mesures qui risquent de leur priver d'un énorme réservoir de talents. « Les mesures de (Donald) Trump affectent les employés de Netflix à travers le monde », écrit sur Facebook Reed Hastings, le PDG de Netflix. « Il est temps de joindre les mains pour protéger les valeurs américaines de liberté et d'opportunité ». Environ 187 employés de Google sont directement concernés par les nouvelles restrictions, indique dans un courriel interne Sundar Pichai, le PDG. « Nous sommes inquiets de l'impact de ce décret et de toute proposition qui pourrait imposer des restrictions sur les employés de Google et de leurs familles et qui pourrait créer des barrières pour importer de grands talents aux Etats-Unis », déclare le géant de l'internet, qui a fait revenir en urgence un salarié de Nouvelle-Zélande.

"Les gens qui sont ici ne devraient pas quitter le territoire et ceux qui sont à l'étranger risquent de ne pas pouvoir embarquer dans les avions", conseille l'avocate Ava Benach, spécialiste du droit des immigrés. Mme Benach, submergée par des appels téléphoniques de clients, dit à l'AFP craindre que les détenteurs de la carte verte, qui donne droit au statut de résident, actuellement hors des frontières américaines se voient interdits d'entrée, voire n'en soient dépossédés. De nombreux voyageurs se sont trouvés stoppés samedi à leur entrée aux Etats-Unis, ou interdits de prendre leur vol à destination de l'Amérique.

"En tant qu'immigré et PDG, j'ai conscience de l'impact positif que l'immigration a sur notre entreprise, sur le pays et sur le globe", défend Satya Nadella, PDG d'origine indienne de Microsoft. "Les compagnies internet prospèrent aux Etats-Unis parce que les meilleurs et les plus brillants ont la possibilité d'y venir pour créer des produits et des services", déclare Michael Beckerman, le président du lobby du secteur. Microsoft a prévenu jeudi, dans un document boursier, que les restrictions à l'immigration pourraient affecter sa capacité à pourvoir tous les postes dans ses équipes de recherche et développement (R&D), ce qui serait négatif pour l'innovation. La Silicon Valley a beaucoup profité de la mondialisation et emploie ainsi un grand nombre d'ingénieurs étrangers. Les positions dures de Donald Trump sur l'immigration sont une des principales causes de son impopularité dans la baie de San Francisco où vivent environ 250.000 musulmans, selon le centre des relations américano-islamiques.
Le nouveau président avait tendu la main au secteur mi-décembre, en recevant dans son quartier général new-yorkais une dizaine de patrons de la Silicon Valley. Aucune annonce n'avait suivi ce sommet. A court terme, les compagnies high tech essaient de parer à l'urgence: la plupart ont mis en place des cellules juridiques et d'assistance pour aider leurs salariés.

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"Nous sommes en train de déterminer l'impact sur nos effectifs et de voir la meilleure façon de les protéger eux et leurs familles", indique Facebook à l'AFP. Chris Sacca, un des grands financiers du secteur, a promis samedi de doubler au moins la somme que lèverait l'organisation de défense des droits American Civil Liberties Union (ACLU), qui a attaqué devant la justice américaine ces restrictions à l'immigration. Travis Kalanick, le patron d'Uber, s'est engagé à soulever la question lors d'une réunion prévue vendredi à Washington d'un cénacle de grands patrons américains mis en place par Donald Trump pour le conseiller sur sa politique économique.

(Avec AFP)

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