Récolte de blé près du village de Suvorovskaya dans la région de Stavropol en juillet 2021. Avec l'Ukraine, la Russie est l'un des plus gros exportateurs de blé.
La guerre menée par la Russie en Ukraine et les sanctions économiques imposées par le camp occidental à Moscou pèsent sur l'économie mondiale. Ces conséquences s'ajoutent aux perturbations des chaînes d'approvisionnement provoquées par la forte reprise de l'économie mondiale après plus d'un d'arrêt de l'activité en raison des confinements imposés par la propagation du virus Covid-19. Résultat, nombre de matières premières ont vu leurs prix battre des records historiques et alimenter une inflation qui atteint des niveaux que l'on n'avait pas vu depuis des décennies.
Gaz naturel, pétrole, essence, blé, maïs, palladium, nickel... Les prix des matières premières pour un bon nombre d'entre elles ont récemment atteint des niveaux records. En témoigne l'indice CRB (qui suit l'évolution de 19 matières premières, réparties à 39% sur l'énergie, 41% sur l'agriculture, 7% sur les métaux précieux et 13% sur les métaux de base) qui a bondi sur un an de 50%. Celui du S&P GSCI (24 matières premières) a lui gagné 56%.
Plus spécifiquement, l'indice des produits alimentaires de la FAO (suit les cours internationaux d'un panier de produits alimentaires de base) qui a progressé de 17% en un an pour atteindre un pic historique battant le précédent plus haut établi en février 2011. L'indice du LME (6 métaux non-ferreux) a progressé de 38%. De même pour acheminer tous ses produits, le fret maritime s'est trouvé lui-même en sous-capacité. Ainsi, l'indice Baltic Dry a progressé de 38% depuis un an.
Contrairement au cycle haussier précédent débuté au début des années 2000 qui s'expliquait pour une large part par l'appétit gargantuesque de la Chine pour tout ce qui était produit de base qu'elle transformait pour les exporter - c'était l'époque où elle était l'"atelier du monde" - mais aussi les utilisait pour développer ses infrastructures et son urbanisme nécessaires pour moderniser son économie. Depuis, elle a créé un important marché de consommateurs de classe moyenne au sein de sa population de 1,7 milliard d'individus.
Suspension des productions durant la pandémie
Mais cette fois-ci, les causes de la hausse sont différentes. Il s'agit en partie du ralentissement sinon de l'arrêt des activités de production de matières premières - mais aussi de transformation, d'acheminement, de stockage - durant les périodes de confinements entraînés par la pandémie du Covid-19. Or, la vigoureuse reprise économique mondiale durant le deuxième semestre 2021 a créé une demande élevée à travers le monde face à laquelle les chaînes d'approvisionnement n'ont pas été en mesure de répondre dans un laps de temps réduit, créant des goulots d'étranglement et la raréfaction des produits sur le marché, et donc la hausse des cours. Avec des marchés déjà en tension, le conflit russo-ukrainien est venu amplifier fin février le phénomène, notamment pour le pétrole, le gaz naturel, le nickel, le titane, le palladium, le blé, l'aluminium.